Un atelier de restitution organisé hier au Centre de santé de Mbour a révélé les conclusions d’un audit social mené auprès des populations et des acteurs locaux. Le diagnostic est sans appel : stigmates sociaux, manque d’espaces adaptés et coûts dissuasifs freinent massivement la fréquentation des structures sanitaires par la jeunesse.
Par Alioune Badara CISS – L’accès des jeunes aux services de Santé sexuelle et reproductive (Ssr) dans le District sanitaire de Mbour demeure un véritable parcours du combattant. C’est le principal enseignement tiré de l’atelier de restitution des audits sociaux du projet «Jeunes VJ2», qui s’est tenu hier au Centre de santé de Mbour. Conduit sur le terrain par 25 jeunes auditeurs, cet état des lieux s’appuie sur une série d’enquêtes approfondies menées auprès des adolescents, des prestataires de soins, des autorités territoriales (Préfec-ture, Cca, Aemo) et des acteurs communautaires, notamment les Badienou gox et les relais locaux. Les résultats présentés mettent le curseur sur de nombreux freins socioculturels et organisationnels. La peur du jugement social arrive en tête des obstacles, particulièrement chez les jeunes filles. «Ce qu’il en est ressorti, c’est que, de manière générale, les jeunes ont un accès très limité aux services de santé. Cela est lié au fait que des jugements sont parfois portés par la population lorsqu’on voit, par exemple, une jeune fille qui se rend chez la sage-femme», explique Alice Marie Nèni Badji, chargée de programme à Jeunesse environnement et développement de Mbour.
Le manque de confidentialité dans les salles d’attente accentue cette réticence. La crainte de croiser des proches ou des connaissances de la famille dissuade les adolescents de franchir la porte des consultations. Par ailleurs, la sensibilisation reste insuffisante : selon les données collectées, 4 jeunes sur 10 fréquentent les centres de leur localité sans savoir réellement quels types de prestations y sont proposés. L’audit note également un désintérêt marqué chez les garçons, qui se sentent nettement moins concernés par les questions de santé reproductive que leurs homologues féminines.
Outre les facteurs d’ordre culturel, l’inadaptation des infrastructures et des tarifs pratiqués constitue un autre frein majeur. L’enquête révèle que l’accueil et le premier contact jouent un rôle déterminant dans le renoncement aux soins. «La formation du personnel non médical s’impose, car il a également été souligné dans les enquêtes que ce sont parfois les gardiens ou le personnel non médical qui entravent l’accès des jeunes à ces structures», souligne la chargée de programme. Face à ces constatations, les auditeurs préconisent une série de mesures urgentes, à savoir la révision des tarifs pour les rendre accessibles à la bourse des jeunes, la création d’espaces d’écoute dédiés et confidentiels, ainsi que le renforcement des capacités de l’ensemble des agents intervenant dans les structures sanitaires.
La présentation de ce rapport marque le point de départ d’un plan d’actions destiné à réformer l’offre de soins locale pour la rendre plus inclusive. «La prochaine étape est d’abord la formation des prestataires, puis la création d’un cadre de dialogue entre prestataires et auditeurs afin de trouver ensemble une solution à l’accès des jeunes aux structures de santé», précise Alice Marie Nèni Badji.
L’équipe du projet entend également travailler à la co-construction de dispositifs de prise en charge au niveau communautaire, afin d’offrir aux adolescents du District de Mbour un cadre sécurisant et adapté à leurs besoins.
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