Dans le Manifeste du Parti Communiste, Karl Max exhorte : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »
Au Congo, les peuples ayant tout perdu, n’ont plus rien à perdre. La révolte est la seule alternative. La dictature leur a maintenu la tête sous l’eau depuis des lustres.
L’incident de frontière qui a eu lieu sur le fleuve entre les 2 Congo, ce mois d’août 2026, est une opportunité. Le prolétariat flottant gagnerait de s’unir au lieu de se laisser instrumentaliser par des pouvoirs centraux qui leur font boire la tasse alors que le pays nage dans des productions pétrolières. On croirait la situation à Makotimpoko le reflet d’un long fleuve tranquille. C’était oublier que là où il y a oppression, il y a révolte.
Au 19ème siècle, « un spectre menace l’Europe » écrivent les rédacteurs du Manifeste. Il s’agit de la masse de prolétaires au bord de la révolution. Les tyrans la regarde la peur au ventre. De même, au 21ème siècle africain, avec la crise extrême qui frappe les populations (salaires impayés, absence d’hôpitaux, pénurie d’eau, point d’électricité, tombereaux de morts au CHU, dépenses faramineuses dans des noces des membres du clan d’Oyo …) la révolte hante la sous région, voire toute l’Afrique. En dépit de la crise structurelle et systémique, la dictature exercée par des Présidents auto-proclamés laisse paradoxalement la population sans réaction. Pays extrêmement riches en minerais, en bois et en ressources humaines, leurs populations (des deux rives ) croulent sous la misère atroce tandis que les tyrans font bombance avec arrogance.
Les localités de Makotimpoko et de Yumbi sont logées à la même enseigne et, ce qui s’y passe en ce mois d’aout renseigne sur un vieux passif colonial de l’Afrique générant la misère depuis les années pré et postcoloniales. Les deux Congo souffrent d’une féroce exploitation émanant de leurs Présidents autoproclamés. La tyrannie laisse sur le carreau une masse immense de désœuvrés que charrie dans les eaux troubles de la misère une ignominieuse exploitation de l’homme par l’homme. La nomenklatura de Brazzaville et Kinshasa est unie, entre autres liens matérialistes, par des échanges matrimoniaux où des rivières de champagne coulent à flot tandis que le peuple se noie dans une misère océanique. Les mariages inter-claniques au sein de l’élite des deux pays ne sont pas sans rappeler l’endogamie des Maisons d’Europe par le passé (la duchesse d’Autriche épousant en justes noces le prince de Versailles).
Il ne se passe pas un jour sans que, sourires aux lèvres, les clans du Gabon, du Congo-B et de la RDC ne se retrouvent dans des cérémonies de mariage, unis comme les doigts de la mains tandis que, dans le même temps, pêcheurs de Makotimpoko, de Yumbi, de Mossaka et de Kwamountou s’entredéchirent pour de futiles querelles domestiques.
Mme la ministre des Affaires Etrangères de la RDC était en villégiature chez le Premier Ministre Collinet Makosso dans le Kouilou pendant que Makotimpoko et Yumbi s’étripaient comme des hordes primitives. Allez savoir si Collinet Makosso n’a pas pour deuxième fouame (dirait Gustavie Mbemba) la plantureuse ministre rdécéenne.
« Forniquez, mais vous ne niquerez pas les peuples à vie ! » dit La Bible des chagrins de l’Homme Noir.
Sous-prolétariat
Pour Marx, la bourgeoisie a souvent recours au lumpenprolétariat ( prolétariat en haillons) comme forces répressives pour suppléer sa domination qu’elle serait personnellement incapable d’exercer sans le secours de ceux que pourtant elle brime. Ce retournement stigmatique, l’auteur du Capital l’appelle, comme Freud, « aliénation » (devenir étranger à soi-même). Les Congolais des deux rives sont devenus étrangers à leur propre destin, trouvant normales les richesses faramineuses de ceux qui les dirigent de force en accumulant des biens mal acquis.
Grâce à leurs appareils de répression (ARE, appareil de répression d’Etat de Louis Althusser), les dictatures des deux rives emploient avec succès leurs forces armées nationales afin de tenir en respect les populations. C’est ce rôle que joue la DGSP de Sassou via le tristement célèbre Serge Oboa alias le Boucher.
Guerre des réseaux sociaux
A cette aliénation s’intègrent également les lobbysmes de part et d’autres du fleuve. Ce chauvinisme primaire sur les réseaux sociaux est un indicateur d’un nationalisme féroce et cruel caressé dans le sens du poil par les gouvernements respectifs. On sait qu’en temps de guerre, le marché enrichit l’élite politique tandis que l’effort de guerre appauvrit horriblement les peuples.
Anthropologie du fleuve
Dans la région de Makotimpoko/Yumbi les populations riveraines vivent en bonne intelligence, mutuellement. Elles se marient par exogamie, ont des parents de part et d’autre du fleuve. Dans leurs profondeurs, elles cultivent une amitié entre les peuples telle que l’intérêt qu’elles ont de s’affronter est inférieur à celui qu’ils ont de ne pas s’affronter. Une coexistence pacifique a toujours régné tant que les forces armées ne s’en mêlent pas. Elle parlent les mêmes langues (likouba, moyi, mongo …) Ce sont des Bangala, peuple des bords du fleuve (mongala). De leurs langues a été tiré le Lingala, idiome pratiqué désormais sur les territoires de la RDC et de la RC.
Les officiers de la paix aiment la guerre
Mais le système capitaliste qui dépèce avec effroi les économies locales ne l’entend pas de cette oreille. Héritée de la colonisation, cette effrayante extorsion du capital qui fait rage depuis les Indépendance a de qui tenir. L’exploitation sauvage et sans vergogne de l’espace équatorial possède une histoire.
L’historienne Catherine Coquery-Vidovitch a réalisé des travaux sur l’introduction du mode de production capitaliste dans une région jadis précoloniale (fin du 18è siècle) puis sujette à une mainmise des compagnies concessionnaires dans le Nord du Moyen-Congo par la France et dans la propriété personnelle du Roi Léopold II par la Belgique. CFHBC, Paris-Sangha, CSKN, CCSO sont ces instruments de production au service de l’impérialisme dont, disait Lénine, le stade suprême est de s’exporter afin de ne pas s’auto-dynamiter.
Dans les deux colonies issues de la Conférence de Berlin en 1884, selon Catherine Coquery-Vidovitch, le mode de production colonial installe deux chemins de fer parallèles qui longent le fleuve dans sa partie non navigable pour déboucher sur la mer : à Pointe-Noire pour la France et à Matadi pour La Belgique.
L’objet de ce corridor est d’évacuer la richesse brute tirée du sous-sol et du sur-sol de la sous-région équatoriale vers l’Europe où elle revitalise l’industrialisation occidentale à bout de souffle. Bois, ivoire, or, peaux de bêtes sont transportés par voie fluviale, narguant au passage la pauvreté des localités riveraines telles Impfondo, Bétou, Mossaka, Makotimpoko sans les arroser ne serait-ce avec des miettes. Telle Mgr Augouard découvrit Makotimpoko au 19ème siècle, telle la localité est restée : égale à son propre dénuement. La pirogue continue de servir d’instrument de production. Même l’armée censée sécuriser les lieux a vu ses pirogues tenues en échec par les zodiacs des marins-militaires de monsieur Tshisékédi.
Cuivre, or, bois sont ramassés entre Mindouli, Dolisie et le Mayombe par voie ferrée construite entre 1921 et 1934 sous l’appellation de CFCO où les travaux pénibles ont emporté les forçats dans un fleuve de sang, à leurs corps défendant. L’antenne Mbinda-Moanda destinée à la Comilog a introduit le salariat et destructuré des sociétés lignagères soumises à une rude exploitation. Emmanuel Terray et Pierre Philippe Rey, deux anthropologues, ont analysé cette aliénation, dont la région ne s’est jamais relevée. Des opportunistes comme Pierre Mabiala, Claudine Munari, Thierry Moungala, en ont fait leur chasse gardée. Car c’est eux les nouveaux colons du 21ème siècle.
Les aspects diaboliques de la colonisation
Après la décolonisation, l’administration blanche embauche en intérim une élite noire qui poursuit la coupe sombre de l’Afrique. De Gaulle donna les Indépendances à contrecœur. Irrité par le fait de laisser aux Noirs ce qu’il considéra comme aspects positifs de la colonisation mais désarticulé par l’indépendance, L’Homme du 18 juin le fit payer cher aux colonisés en créant un outil de remboursement de la dette appelé Franc CFA.
La démocratie, « un luxe pour l’Afrique » (Jacques Chirac), n’a jamais fonctionné dans nos pays indépendants. Et pour cause ! On n’a jamais été aussi dépendants que depuis la fin de la colonisation. Soixante six-ans après, une dictature féroce portée par Sassou et Antoine Tshisékédi tyrannise les congolais des deux rives ; deux tyrannies de surcroit unies et s’entendant comme larrons en foire. Les deux présidences, rive gauche et rive droite, sont riches comme Crésus et, les populations sous la clef-boa desquelles elles étouffent sont chaque saison appauvries, tuées, forcées à l’exil alors que, devenues des migrants malgré elles, l’Extrême-droite les attend en Occident de pied ferme, toutes griffes dehors pour les rejeter à « la mer de la haine de l’autre. »
Thérèse Kayikwamba Wagner de la RDC et Anatole Collinet-Makosso
Que Anatole Collinet Makosso prenne garde : ce ne sont pas quatre tondus et trois pelés (gendarmes, marins militaires) dont il faille se réjouir de la libération ces vendredi et samedi 29 aout 2026 et transférés à l’hôpital militaire où de toute façon les structures médicales sont obsolètes ou inexistantes. C’est le peuple tout entier qui a besoin de se désaliéner, de recouvrer sa Liberté. Les peuples des deux rives doivent s’unir et chasser les tenants actuels du Pouvoir des deux pays. Le Pont sur le fleuve sera construit en béton armé appelé LIBERTE.
Fusion
Inutile de vous cacher que les deux pays doivent fusionner. C’est inéluctable, compulsif, indubitable. Dans ce combat, Makotimpoko est un po- ker gagnant. Il tombe à pic.
Pêcheurs du fleuve, de Luozi-Manianga à Ubangui-Equateur unissez-vous ! Jetez vos tyrans à la mer !
Lambert Ekirangandzon