
Le 28 juillet 1915 est une date maudite, une date de honte pour tous les Haïtiens consciencieux ; elle ne doit jamais être oubliée. C’est ce jour-là que les Marines américains ont débarqué en Haïti et se sont emparés de ce qui ne leur appartenait pas. Ils ne sont pas venus apporter la démocratie, comme ils le prétendaient. Ils ne sont pas venus garantir la sécurité de la population sous prétexte d’une guerre civile entre factions rivales des classes dirigeantes haïtiennes pour le contrôle du pouvoir. Ce n’est pas l’assassinat du président en exercice, Vilbrun Guillaume Sam, qui a conduit le pays à cette situation.
Il s’agissait d’une stratégie planifiée par le Département d’État américain dans le contexte de l’expansionnisme et des ambitions territoriales originelles des États-Unis, depuis la déclaration du président Wilson Monroe « L’Amérique aux Américains », adressée au Congrès le 2 décembre 1823.
N’est-il pas important de se souvenir que, bien avant l’invasion de notre territoire, le 17 décembre 1914, ces terroristes ou pirates débarquèrent du navire « Machias » et se dirigèrent jusqu’à la Banque nationale d’Haïti, où ils s’emparèrent du contenu du coffre-fort, dérobant au total 500 000 dollars qu’ils transportèrent à la National City Bank aux États-Unis ?

Il est clair que ce débarquement visait précisément à leur permettre de prendre le contrôle de l’économie du pays – ce qui impliquait également la prise du pouvoir politique – afin de perpétuer l’exploitation des masses paysannes pauvres et le pillage systématique des ressources naturelles du pays ? L’impérialisme américain a débarqué avec une mission et un objectif clairs : placer le pays sous sa domination. Il s’agissait, en réalité, de la manifestation concrète de la doctrine Monroe en Haïti. Il est toutefois important de souligner qu’il a trouvé un soutien solide au sein d’une certaine classe de la population, notamment un noyau de la classe politique et de la bourgeoisie antinationale.
Ils ont pris le contrôle de toutes les institutions du pays : banques, armée, douanes, éducation… Franklin Delano Roosevelt, avant même d’être élu président des États-Unis, a osé rédiger une nouvelle Constitution pour l’État haïtien…
Ce sont les descendants de ces mêmes personnes qui détiennent le pouvoir dans le pays aujourd’hui. Ils sont en place depuis l’assassinat de l’empereur Dessalines ; l’occupation n’a fait que renforcer leur pouvoir et leur influence sur les masses populaires. Parallèlement, de nombreux compatriotes se dressent contre eux, luttant pied à pied pour combattre l’occupation impérialiste américaine.

C’est depuis le 28 juillet 1915 que l’impérialisme américain s’est imposé comme le bourreau des masses populaires haitiennes. Il n’est pas surprenant que la situation que nous vivons aujourd’hui dans le pays trouve son origine dans cette date maudite. L’occupation a pris fin le 21 août 1934 — ils ont physiquement passé 19 ans le pied sur notre nuque — mais la domination américaine perdure, plus forte que jamais.
Elle dure depuis cent onze ans (111 ans). Ce qui est encore plus difficile, encore plus grave, c’est que ce sont des nationaux — les enfants du pays — qui travaillent pour eux sur tout le territoire. Autrefois, nous pouvions combattre l’armée américaine, comme l’ont fait des Haïtiens authentiques tels que Pierre Sully, Charlemagne Péralte, Benoît Batraville, etc. ; mais aujourd’hui, la situation est plus complexe et plus difficile, car ce sont les dirigeants Haïtiens eux-mêmes à la solde de l’impérialisme américain qui agissent à l’encontre du pays et de la population.
Il fut un temps où l’on pouvait dire que Washington manipulait les mulâtres ; aujourd’hui, la situation est claire : il ne s’agit pas seulement d’une question de couleur, car les agents les plus influents sont issus de toutes les couches sociales.
Après la fin de l’occupation en 1934, le pays a hérité d’une gendarmerie d’occupation ainsi que d’institutions éducatives, financières et administratives qui perpétuent les intérêts de l’ancien occupant, avec l’aval de gouvernements soumis, dociles qu’ils ont imposé dans le pays.

Si le peuple parvient à porter un nationaliste au pouvoir, ils n’hésiteront pas à fomenter un coup d’État contre lui ou à l’assassiner. Ce qu’ils veulent nous faire accepter, ce sont les charognards qui servent leurs intérêts. Tout le monde a remarqué les manœuvres militaires qui ont eu lieu au large des côtes du pays pour nous imposer Alix-Didier Fils-Aimé au mois de février dernier.
Ce que nous vivons aujourd’hui est le résultat de cette occupation, qui s’est transformée en une domination de l’impérialisme américain sur Haïti. 111 ans plus tard, ce sont toujours eux qui se présentent en bienfaiteurs et feignent de nous aider, alors qu’en réalité, ils ne font que renforcer notre dépendance à leur égard. 111 ans de domination, d’exploitation, d’humiliation, c’est trop ! Il est temps de riposter et de mettre fin à cette hémorragie politique.