La polémique est virulente et virale entre Me Maurice Massengo-Tiassé et Roland Lévy Nitou. La démarche effectuée par Roland l’Indigné, à la Cour Pénal, au bord du Lac Léman est militante. Elle n’a pas été du gout de l’avocat international Tiassé, ancien directeur de l’hebdomadaire Le Forum, la voix des sans voix. Pour Tiassé, Roland Levy Nitou usurpait une fonction car dans sa vision intellectuelle le Droit est un métier où on ne rentre pas comme dans une auberge espagnole. Piqué dans son amour propre, Nitou, président de l’association anti-Sassou Les Indignés du 242 a retourné sa colère contre Tiassé, accusé selon lui, d’avoir eu une attitude franchement collaborationniste à Bacongo/Makélékélé pendant la guerre civile du 5 juin 1997.
Lieux du crime
Les faits se seraient déroulés pendant la guerre civile de 1997 opposant les milices Cobras de Sassou Nguesso à des civils désarmés d’ethnie Kongo-Lari. On parlerait davantage de massacre que de bataille rangée, de corps à corps.
« Où étiez-vous à l’heure du crime ? » disent en principe les criminologues.
« A l’heure du crime, j’étais sur les lieux du crime » a supputé Me Massengo Tiassé. Cet argument à charge est celui dont se servent précisément ses adversaires. L’avocat a beau nuancer que c’était effectivement pour arrêter les crimes, ça ne semble pas le disculper aux yeux de ses accusateurs.
Un témoin, Moboukou Louamba, se souvient pourtant d’un bras de fer entre le général Adoua (+) et l’avocat Tiassé à Simou-Djoué. Sous les injonctions de Tiassé, Adoua et son écurie rebroussèrent chemin alors qu’ils avaient l’intention d’aller faire du gra buge à Nganga-Lingolo (en clair, tuer du Lari).
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La part des choses
Combien de fidèles Corbeaux l’honorable Massengo Tiassé aurait, de ses mains ou sous ses ordres, expédiés dans l’au-delà ? De cette accusation, personne n’avance de chiffres palpables.
Qui aurait vu de ses yeux, le député Maurice Massengo Tiassé, équipé d’une arme à feu, zigouiller des civils dans les quartiers sud Bacongo/Makélékélé ? Personne en dehors des rumeurs colportées, des « ont dit ». Non-dit ? Dit-on ?
Quels sont les témoins de ses exactions ? Aucun, sauf un matsouaniste, Tata Diawa, aujourd’hui décédé, qui étale son récit sur ses coreligionnaires, pris dans un étau, tués à bout portant par des Cobras.
Diawa, ne dut son salut qu’à la fuite.
Tiassé était-il armé ? « Non. Mais on le voyait parlementer avec des Cobras, donc il était complice » dénoncent la main sur le cœur ses accusateurs.
Au procès de la conscience, dans son intime conviction, le procureur parlerait de non-lieu.
Grand Séminaire
En revanche, au Séminaire de Kisoundi où avaient trouvé refuge des rescapés des zones sud, des témoins ont vu Massengo-Tiassé rassurer tout le monde dans le cadre d’une assistance à personne en danger.
Armé de caméra, l’avocat s’était employé de filmer les exactions des Cobras, leur Shoa : dépouilles jonchant les rues, chiens perdus sans collier dévorant des cadavres, maisons brûlées. Waterloo à Nganga Lingolo, Oradour sur Glane à Matour, Guernica à Moukoundi-Ngouaka, chagrin au bord du ravin de Mpissa…
Correspondant de guerre ?
Au total la désolation à Total. « J’ai filmé pour la mémoire, pour la postérité » dira pour sa défense Me Tiassé, idéal bouc-émissaire des Indignés.
En dépit du corpus qu’il dispatche épisodiquement sur les réseaux (Radio Forum Liberté), rien ne semble le dédouaner. Ce ne sont pas les faits qui sont têtues mais les idées. L’affaire lui colle au doigt comme le sparadrap du capitaine Haddock.
Bernard l’ermite
Si Bernard Kolélas n’avait pas retourné la veste après avoir signé avec Sassou, nombre de ses partisans ne se seraient pas éparpillés de part et d’autre entre Lissoubistes et Sassouistes.
Face aux incohérences du Président du MCDDI, Me Massengo Tiassé bascula du côté de Sassou à Oyo peu avant la guerre du 5 juin 1997. D’avoir traité Lissouba de psychopathe, l’avocat des Droits de l’Homme fut l’objet d’une haine viscérale du professeur en sciences et technologie. Massengo (l’inconscient) ne dût son salut qu’en passant chez l’ennemi à Edou-Penda où Sassou l’affubla de la veste de conseiller juridique.
Un tantinet prophétique, Tiassé publia chez un imprimeur parisien le calendrier de l’année 1997 en hommage au Cardinal Emile Biayenda. Curieusement la date du 5 Juin ne parut jamais à l’impression. Du jamais vu en matière de reproduction typographique. Cette date inimprimable, c’était précisément celle où commença la guerre dite du 5 juin. Vous parlez d’une logique mystique, d’une aventure mystérieuse !
Tiassé a intérêt de beaucoup prier Emile Biayenda afin que le Saint homme intercède pour ôter l’opprobre des Indignés sur sa personne de suspect. Le Prélat au moins sait si, lui Tiassé, a enfreint le sixième commandement abrahamique « Tu ne tueras point. »
Puis vint la guerre
Arrière-petit-fils matsouaniste, notre défenseur des Droits de l’Homme a une empathie pour le Pool et les quartiers sud où il avait sa résidence. Dans les représentations iconographiques, Maurice Massengo Tiassé n’a jamais douté qu’il ressemblait comme deux gouttes d’eau à André Grenard Matsoua en personne. Tiassé sosie de l’insoumission ? Inconditionnel de Falanka Tatu ? C’est ignoble de l’accuser de traître !
Décidé d’en découdre avec Bacongo-Makélékélé, Sassou cerna le Sud de Brazzaville. Tiassé infiltra le subconscient de Sassou, s’employa de stopper le bras armé des miliciens Cobras résolus d’effectuer un nettoyage ethnique selon le plan Mouébara.
La désobéissance de Tiassé au plan Mouébara ne fait l’ombre d’aucun doute.
Juste parmi les Laris
L’affaire Maurice Massengo Tiassé n’est pas sans rappeler le film de Steven Spielberg La liste de Schindler (1993) où un nazi sauve des milliers de déportés pendant la guerre.
A la fin, Oskar Schindler fut déclaré Juste parmi les Nations par la communauté.
Maurice Massengo Tiassé traître ou Schindler congolais ?
Thierry Oko