(42e partie)
Les lundi 9 et mardi 10 mars 2026, se poursuivait l’enregistrement des partis, comme le RDNP du feu professeur Leslie F. Manigat, l’un des plus connus, et des mouvances comme REKLAM, PIN, FREN de Joaséus Nader qui mettait en question la volonté du Premier ministre à organiser les élections en déclarant : « Nous souhaitons un vrai consensus national avec des hommes crédibles qui viendront organiser des élections honnêtes et démocratiques où tout le monde pourra normalement y prendre part » ; sans oublier le parti DEHFI dont le Coordonnateur est le Dr Martial Benèche, qui lui préfère croire au Père Noël en refusant de prendre le gouvernement pour cible quand il déclarait : « Nous, au sein du DEHFI, croyons que l’essentiel c’est l’organisation de bonnes élections.
Nous évitons de pointer du doigt le gouvernement. Le personnel politique du pays doit être renouvelé, la population doit pouvoir choisir ceux qui doivent la représenter », d’autres activités se mettaient en place par les autorités électorales. Ainsi, les Bureaux électoraux départementaux (BED) et communaux (BEC) ouvraient une séquence de formation pour leurs membres dans chacun des dix départements du pays. Cette séance de formation décidée et conduite par l’organisme central depuis Port-au-Prince visait à renforcer la compréhension du système électoral haïtien à tous les membres des bureaux décentralisés. Plusieurs thèmes clés, notamment l’apprentissage de la rédaction des rapports administratifs, étaient au programme. Cette formation mettait aussi en avant la question de genre, un thème très défendu par le Ministère à la Condition féminine et du droit des Femmes dans le processus électoral.
Le mardi 10 mars, dans un communiqué rendu à la presse, on apprenait qu’un nouveau cycle de recrutement était ouvert au CEP. Cette vague devait permettre à l’institution de constituer, selon la Direction de la formation électorale, un vivier de Grands Formateurs Électoraux (GFE) appelant à intervenir partout sur le territoire national. Un calendrier avait été publié comprenant lieux, dates, critères pour pouvoir candidater. Chaque département disposait de sa propre date de recrutement allant du 16 au 23 mars 2026. « Les dossiers complets devront être soumis dans les délais ci-dessus. Les intéressés correspondant au profil recherché sont invités à soumettre leur dossier de candidature selon les périodes de réception ci-dessus à l’adresse électronique : recrutementgrandsformateurs@cephaïti.ht ou les déposer aux différents Bureaux Électoraux Départementaux (BED) mentionnant en objet : candidature au poste de Grand formateur-CEP » avaient indiqué les dirigeants de l’institution.
Ce même 10 mars, sur les ondes de radio Magik9, le Président du CEP, Jacques Desrosiers, faisait le point sur le déroulement du processus et donnait quelques détails sur l’enregistrement des partis au sein de son institution. D’après lui, à cette date, 80 partis ou groupements politiques étaient inscrits à 48 heures de la fin des inscriptions. C’était pour lui un bon signe de l’intérêt que portaient les citoyens pour les élections. Il précisait que, pour qu’un parti puisse être enregistré, il faut qu’il soit reconnu par le ministère de la Justice et de la Sécurité publique, pas seulement enregistré audit Ministère. « Un parti politique peut être enregistré au ministère, mais s’il n’est pas reconnu par ce dernier, il ne pourra pas participer aux élections.

Le processus se fait en deux étapes. Dans un premier temps, le ministère remet au parti politique un document d’enregistrement qui lui permet de remplir d’autres formalités. Dans un second temps, le parti doit retourner au ministère afin d’obtenir le document de reconnaissance » précisait Jacques Desrosiers lors de cette interview. D’autre part, celui-ci a apporté des précisions sur un sujet portant à confusion pour certains et non des moindres. C’est la question de la carte électorale et celle dite Dermalog qui est une carte d’identité. Pour le Président du CEP, il faut se faire une raison, seule la carte électorale permet de voter. Ceux qui pensent le contraire ou s’obstinent à rester dans l’erreur se trompent. « La carte Dermalog n’est pas une carte électorale. C’est une carte d’identité nationale avec laquelle le détenteur est inscrit dans une base de données comme citoyen. Être en possession de cette carte ne signifie pas qu’on est automatiquement un électeur. Pour pouvoir voter, le citoyen doit se rendre dans un Centre de vote afin de se faire enregistrer dans le registre électoral. L’électeur doit s’inscrire durant la période indiquée par le CEP, sinon il ne pourra pas participer aux élections. » Sur radio Magik9, ce mardi 10 mars 2026, Jacques Dersrosiers n’avait pas oublié les haïtiens de l’extérieur. Il avait annoncé qu’une équipe du CEP travaille et réfléchit afin de rendre possible le vote dans la diaspora, principalement au Brésil, aux États-Unis, en France, au Canada, au Chili. Seuls les nerfs de la guerre à ce moment n’étaient pas clarifiés dans la mesure où le gouvernement n’avait pas encore répondu aux demandes des Conseillers du CEP. Le budget pour les élections était soumis depuis le mois de décembre 2025, sous l’administration du Conseil Présidentiel de Transition (CPT) mais au mois de mars 2026, le CEP n’avait toujours pas de réponse.
Une attitude qui poussait son Président à faire cette réflexion : « Organiser des élections en Haïti implique de gérer simultanément de multiples urgences qui requièrent des actions rapides dans toutes les régions du pays. L’accès à des moyens financiers au quotidien augmente l’efficacité du CEP dans la conduite du processus électoral. Le respect des délais convenus dans le calendrier nécessite la connaissance et l’allègement des procédures de décaissement. » Le mardi 10 mars, les observateurs politiques et plusieurs journalistes s’étaient rendus, comme depuis l’instauration de ce rendez-vous devenu incontournable à la Villa d’Accueil, à savoir les « Mardis de la Nation », pour s’informer sur le processus électoral et d’autres décisions du gouvernement. S’il y avait plusieurs intervenants, c’est le ministre chargé des affaires électorales et de la Constitution auprès du Premier ministre, Joseph André Gracien Jean, qui était le plus sollicité par les observateurs. Aussi étonnant que cela puisse paraitre, ce 10 mars 2026, le ministre était apparu d’un calme olympien et plus que rassurant dans ses déclarations à l’intention de ses interlocuteurs.
Selon lui, malgré les doutes et le scepticisme de beaucoup, le gouvernement n’a qu’un objectif : les élections. « Le chantier ultime est d’organiser les élections pour doter le pays de nouveaux dirigeants. Cela fait longtemps que le pays n’est pas dirigé par des dirigeants élus. En ce sens, une mise à jour du registre électoral est prévue, et ce, afin que les élections soient : transparentes, crédibles, non contestables et porteuses de stabilité politique et de progrès socio-économiques » disait le ministre tout en refusant de s’aventurer sur le terrain de l’insécurité. Puisque, quand on lui demanda quid de l’insécurité paralysant différents départements du pays alors que le CEP parle de décentralisation du processus des Centres de tabulation, Joseph André Gracien Jean botta en touche. « J’ai une fonction très technique dans ce gouvernement. Les politiques auront à répondre à cette question, vu qu’ils ont signé un accord. Moi, je n’étais ni dans la mise en œuvre ni signataire de l’accord. Des efforts sont en train d’être réalisés en ce sens du côté de la police, des Forces armées d’Haïti et de la MMAS, qui sera bientôt transformée en Force de répression des gangs » disait-il.
C’était une façon de dire : allez voir auprès de ceux qui ont en charge la sécurité du pays. Entretemps, le débat entre des signataires du Pacte national pour la stabilité, partisans d’un remaniement du CEP, le Premier ministre lui-même favorable à ce replâtrage et des signataires opposés à ce changement continue de faire couler beaucoup d’encre. Le 12 mars, alors que les membres du CEP attendaient une réponse du gouvernement sur le financement des scrutins à venir, ils apprenaient dans la presse que certains acteurs signataires du Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections n’entendaient pas lâcher prise. C’est le quotidien Le Nouvelliste qui rapporta la nouvelle dans son édition du 12 mars avec la déclaration anonyme d’un des signataires disant que certains membres du CEP avaient été nommés ou désignés dans un but précis, c’est-à-dire pour être au service du ou des partis qui ont favorisé leur nomination.
Cette source de Le Nouvelliste évoquait l’article 17 du Pacte national de stabilité qui prévoit ce remaniement du CEP histoire d’écarter ces « taupes » qui seraient au sein de l’institution en mission commandée pour le compte de certains futurs candidats à la présidence ou des partis politiques pour pouvoir manipuler de l’intérieur l’organisme électoral. Le journal publie une longue déclaration de ce signataire partisan de la mise en application de ce fameux article 17. « Appelez-le remaniement ou replâtrage, mais il doit y avoir des changements au CEP. Certains membres de l’institution électorale sont au service d’acteurs politiques pour lesquels ils ont déjà embauché des gens surtout dans les régions. Des discussions sont en cours entre des signataires du Pacte et la Primature sur une évaluation du CEP. Ce changement est dans l’esprit même de l’article 17 du Pacte national de stabilité.
Le processus électoral en cours sera renforcé avec la mise en place par le CEP d’une administration professionnelle et moderne conforme aux standards internationaux fondée sur : la fiabilité du registre électoral par l’émission par l’Office national d’Identification (ONI) de carte d’identification en faveur des citoyens en âge de voter ; une logistique électorale compatible avec les nouvelles divisions administratives introduites entre 2015 et 2021; une exécution transparente des opérations électorales suivant des procédures objectives et impartiales; des procédures de dépouillement et de tabulation qui garantissent la vérité des urnes; l’utilisation des technologies numériques pour publier des résultats partiels quelques heures après la fermeture des bureaux ; l’intégration des Haïtiens vivant à l’étranger sur le registre électoral et leur participation aux prochaines élections. »
En fait, c’est après la nomination de Me Carlos Hercule en tant que Directeur général du CEP par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé avec les pleins pouvoirs, ce qu’on verra plus loin, que le pays a compris qu’il s’agit de l’application de cet article 17. Même Kelly Bastien, ancien sénateur du Nord et ancien Président de l’Assemblée Nationale sous René Préval et signataire du Pacte national de stabilité, n’avait rien compris et n’avait pas vu venir le piège. Puisque, au moment de la polémique et à la lecture de l’article du quotidien de la rue du Centre, il indiquait que : « J’ai ouï dire qu’un changement au sein du CEP est imminent. Mais comment peut-on ou doit-on prendre une telle décision sans éveiller les soupçons de partialité ? Qui va proposer les remplaçants et comment le faire pour respecter l’esprit de l’accord ? »
A malin, malin et demi ! Pour éviter tout conflit ouvert avec les signataires pro ou contre modification du CEP, les Conseillers de la Primature ont trouvé la parade en proposant au locataire de la Villa d’Accueil de nommer un Directeur général qui ne sera pas sous l’autorité du Conseil électoral, notamment de son Président Jacques Desroisers, comme c’est le cas avec un Directeur administratif. Puisque, c’est par-dessus la tête du Président que ce super Directeur avait été nommé et n’ayant d’ordre à recevoir que de celui qui l’a nommé, c’est-à-dire : le Premier ministre/Président Alix Didier Fils-Aimé. Ce jeudi 12 mars, il y a eu plusieurs prises de positions politiques sur le sujet dont celle de l’ancien bras droit de l’ex-chef du gouvernement du Dr Ariel Henry, Me André Michel, lui aussi signataire de ce Pacte national de stabilité. En effet, l’ancien avocat Pèp la (avocat du peuple), dans une publication sur son compte X, indiquait que : « Les partis politiques influents au gouvernement veulent changer six membres sur neuf au CEP. Cela se dit. Cette parole circule dans les rues depuis quelques jours. Ils veulent changer des membres. Ils ont essuyé un refus de certains secteurs bien identifiés pour remplacer leurs représentants. Je ne sais pas s’ils veulent faire dérailler le processus électoral. Mais je suis au courant des tractations. Je suis opposé à tout changement au Conseil électoral provisoire. Qui dit changement au CEP, dit également changements dans le calendrier électoral et plus de temps au pouvoir pour Alix Didier Fils-Aimé et ses alliés. » Or, justement, c’est là toutes les craintes des opposants du pouvoir. En lisant, en effet, l’article 24 de ce célèbre Pacte national de stabilité, l’on comprend mieux leur inquiétude.
« Le Pouvoir Exécutif constitué sur la base de ce Pacte reste en fonction jusqu’à l’installation des élus légitimes issus des élections organisées selon le calendrier établi par le CEP » (Article 24.) Oui mais quand ? C’est cela l’interrogation de toute la population et des acteurs politiques en particulier. (À suivre)
C.C
