Sur le point de clore le sommet Afrique-France se déroulant actuellement au Kenya, le président français et ses équipes planchent sur sa prochaine visite d’envergure sur le continent, qui pourrait bien s’avérer être la dernière de son double quinquennat.
Déjà présenté comme un succès majeur par l’Élysée, le sommet Africa Forward de Nairobi ne sera pas pour autant l’ultime point d’orgue de la diplomatie africaine d’Emmanuel Macron. Ce dernier prévoit un autre déplacement d’envergure en Afrique, censé intervenir avant la fin de l’année 2026.
Bien qu’à ce stade les paramètres n’aient pas encore été arrêtés, la tournée doit avoir lieu entre la fin du mois d’octobre et le début de celui de novembre. Trois pays ouest-africains sont pour l’heure concernés, le Nigeria, la Côte d’Ivoire et le Sénégal.
Pour le président français, ce choix revêt une importance hautement symbolique. En effet, durant ses deux mandats, Emmanuel Macron s’est évertué à renforcer les liens avec la première puissance économique du continent, où il avait effectué son stage à l’époque où il était étudiant de l’École nationale d’administration (ENA) au début des années 2000. En juillet 2018, il a été le premier chef de l’État français à se rendre à Lagos, la capitale commerciale du pays. En cours de discussion, le programme de son prochain séjour sur place devrait inclure une visite du port en eau profonde situé dans la zone franche de Lekki, dont le terminal à conteneurs est opéré par le géant français CMA CGM, contrôlé par Rodolphe Saadé.
Renforcer le partenariat avec Dakar
Emmanuel Macron est particulièrement proche du milliardaire franco-libanais, qui figure par ailleurs parmi les participants du sommet Africa Forward (AI du 23/04/26). Tout comme le Nigérian Aliko Dangote, l’une des principales fortunes du continent qui exploite une raffinerie de pétrole également située à Lekki. Le chef de l’État enchaînera ensuite avec le Sénégal, où il s’est engagé à honorer l’invitation de son homologue sur place, Bassirou Diomaye Faye, à assister aux Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) de Dakar, qui se tiendront du 31 octobre au 13 novembre. Un événement que la France soutient à travers un certain nombre de projets financés par l’Agence française de développement (AFD).
Alors qu’Emmanuel Macron ne s’est rendu qu’à une seule reprise dans le pays de la Teranga – en février 2018 –, ce déplacement vise à renforcer le partenariat entre Paris et Dakar, chahuté ces dernières années par la rétrocession des bases militaires tricolores du pays (AI du 17/02/25), ainsi que par l’accumulation d’impayés par les autorités sénégalaises auprès d’opérateurs français (AI du 20/02/26), aussi bien publics que privés. L’Élysée espère notamment obtenir des avancées sur le renouvellement des accords de défense entre les deux pays, pour l’heure suspendu à une décision de l’exécutif sénégalais. Ce dernier devait se prononcer en amont du prochain séminaire intergouvernemental, mais la tenue de cette rencontre, maintes fois repoussée, reste incertaine en raison des atermoiements du premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko (AI du 29/04/26).
En délicatesse au Sahel, la diplomatie française souhaite maintenir son assise dans les pays côtiers du golfe de Guinée, où la crainte d’une contagion djihadiste demeure très prégnante dans les palais présidentiels. Une question qu’Emmanuel Macron aura également l’occasion d’aborder en Côte d’Ivoire, où le dirigeant français pourrait clôturer sa tournée par une visite officielle.
Important volet économique à Abidjan
Si le programme détaillé de l’étape ivoirienne est encore en cours d’élaboration, le principe de ce déplacement a d’ores et déjà été acté par Alassane Ouattara et Emmanuel Macron. Il s’agira du troisième déplacement du locataire du palais de l’Élysée en Côte d’Ivoire depuis 2017.

Une attention particulièrement appréciée par Alassane Ouattara, qui voit d’un bon œil le retour du président français à Abidjan après ses déplacements de novembre 2017 et de décembre 2019. Lors de ce dernier séjour, les deux hommes avaient annoncé la fin programmée du franc CFA au profit de l’Eco, un chantier qui, plus de six ans plus tard, est largement enlisé, même si le chef de l’État ivoirien tente depuis plusieurs mois de le relancer avec plusieurs dirigeants de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao, AI du 11/09/2025). Ce dossier emblématique pourrait d’ailleurs figurer parmi les sujets au menu.
Un important volet économique est également attendu, alors que la Côte d’Ivoire demeure le troisième partenaire commercial de la France sur le continent africain et que plusieurs groupes français, de Bouygues à CMA CGM, cherchent à se positionner sur de futurs marchés stratégiques. Le patron de l’armateur français, Rodolphe Saadé, s’était lui-même rendu à Abidjan à la mi-avril afin de rencontrer Alassane Ouattara (AI, 20/04/2026). Ce dernier et son homologue français, qui échangent très régulièrement et s’apprécient mutuellement, entretiennent une relation de confiance. Les deux hommes ont dîné ensemble à l’Élysée à la fin du mois de février (AI, 23/02/2026).
Ce déplacement au Nigeria, au Sénégal et en Côte d’Ivoire interviendra presque neuf ans jour pour jour après la première grande tournée africaine d’Emmanuel Macron de novembre 2017, qui l’avait conduit au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire et au Ghana. Alors que le sommet de Nairobi a largement été présenté comme un point de bascule vers l’Afrique anglophone, il doit aussi permettre de réaffirmer le partenariat de Paris avec l’Afrique francophone, et devrait constituer l’un des derniers grands rendez-vous africains d’Emmanuel Macron avant la fin de son deuxième et ultime mandat présidentiel.
Tchadanthropus-tribune avec Africa intelligence
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