
Clarence Thomas, le président de la Cour John G. Roberts Jr., Samuel A. Alito Jr. et Elena Kagan. Au second rang: Amy Coney Barrett, Neil M. Gorsuch, Brett M. Kavanaugh et Ketanji Brown Jackson. Photo : Collection de la Cour suprême des États-Unis
(English)
À Haïti Liberté, nous sommes indignés mais nullement surpris par la décision rendue le 25 juin par la Cour suprême des États-Unis (par 6 voix contre 3) dans l’affaire Mullin c. Doe. Cette décision ouvre la voie à l’administration Trump pour mettre fin au statut de protection temporaire (TPS) de quelque 350 000 travailleurs haïtiens vivant actuellement aux États-Unis (ainsi que de quelque 6 000 Syriens).
Il s’agit d’une preuve supplémentaire du caractère de plus en plus raciste, illégal et inhumain de la conduite du gouvernement américain, en particulier sous l’ère Trump, qui a nommé trois des neuf juges de la Cour.

L’opinion dissidente, rédigée par la juge Elena Kagan et soutenue par les juges Sonia Sotomayor et Ketanji Brown Jackson, a souligné avec une clarté et une justesse absolues que la secrétaire à la Sécurité intérieure de l’époque, Kristi Noem, avait pris sa « décision » de ne pas renouveler le TPS des Haïtiens en novembre 2025 en se fondant sur le racisme extrême si clairement exprimé par Trump.
« La majorité [des juges] prétend ne voir aucune preuve que la race a joué un rôle dans la décision concernant Haïti », a écrit Kagan. « Pourtant, la preuve est là, évidente, dans les déclarations du président. »
Elle a ensuite cité certaines des « déclarations du président si répugnantes et empreintes de racisme que la majorité refuse de les consigner par écrit ». Parmi celles-ci : les Haïtiens « mangent les chiens [et] les chats. Ils mangent… les animaux de compagnie des gens qui vivent [à Springfield, dans l’Ohio] ». Et : les Haïtiens mangent « d’autres choses aussi qu’ils ne sont pas censés manger ». Et les Haïtiens aux États-Unis « ont probablement le sida ». Et : Haïti est un « pays de merde » (*shithole country*), « immonde, sale [et] répugnant ». Et l’immigration haïtienne « équivaut à un désir de mort pour notre pays ». Et les Haïtiens « empoisonnent le sang » des États-Unis. Et « Pourquoi n’accueillons-nous que des gens venant de pays de merde » comme « Haïti [et] la Somalie ?… Pourquoi ne pouvons-nous pas avoir des gens venant de Norvège [et] de Suède ? » Kagan conclut : « Ces déclarations crient haut et fort, tant par leurs sous-entendus que par leurs propos explicites à caractère racial, que la race a joué un rôle dans la décision du président d’expulser les Haïtiens de ce pays. »

Elle souligne également, à juste titre, que Noem n’a pas respecté la procédure légale prévue par la loi sur le TPS pour déterminer si ce statut devait être prolongé. Elle relève l’ironie du fait que « le département d’État continue de classer [Haïti] comme une destination trop dangereuse pour les voyages » des citoyens américains, ajoutant que la situation pourrait être « encore plus périlleuse pour un ancien habitant ».
Elle conclut que la loi sur le TPS « interdit que le programme prenne fin comme cela a probablement été le cas ici : sans les consultations requises sur la situation dans le pays et, dans le cas d’Haïti, avec des considérations raciales inadmissibles entachant la décision ».
La décision de la Cour a ouvert la voie au déferlement de haine raciste de nombreux commentateurs de droite. « Rentrez chez vous, dégagez ! Nous savons que notre pays vaut mieux que le vôtre ! » a hurlé Megyn Kelly, podcasteuse réactionnaire. « C’est parce que nous l’avons façonné avec notre éthique de travail, notre culture et nos valeurs ! Votre présence ne fait que diluer tout cela pour nous, qui l’avons bâti et qui le vivons ! Et la moitié d’entre vous — plus de la moitié — ne vous assimilerez pas ! Nous ne voulons pas de vous ! Peu nous importe que vous soyez offensés. Dégagez ! Rentrez chez vous ! Retournez dans ce foutu Haïti ! »
Le gouvernement américain a transformé Haïti en un véritable enfer parce que le peuple haïtien a clairement exprimé ses sentiments anti-impérialistes lors d’élections et de manifestations au cours des trente-cinq dernières années. Cela a valu au pays trois coups d’État et trois interventions militaires étrangères, tous orchestrés par Washington.
Haïti est désormais sous le feu des attaques, tout comme ses voisins, le Venezuela et Cuba. Les États-Unis ont déployé deux armées de mercenaires : les contractants privés de Vectus Global (dirigés par Erik Prince) et la soi-disant « Force de lutte contre les gangs » mise sur pied par Marco Rubio. Ces deux forces sont au service de Washington et du gouvernement fantoche dirigé par le Premier ministre de facto Alix Didier Fils-Aimé. À l’aide de drones et d’escadrons de la mort patrouillant dans des véhicules blindés, ces mercenaires tuent aveuglément des civils innocents dans les quartiers pauvres contrôlés par des groupes armés.

Fils-Aimé ne soufflera mot sur le renvoi en Haïti des bénéficiaires du statut de protection temporaire (TPS), car il ne veut pas contrarier ses supérieurs. À court terme, ces expulsions causeront de grandes souffrances, puisqu’elles couperont les milliards de dollars de transferts de fonds que 350 000 Haïtiens envoyaient à leur pays. Par ailleurs, la capitale haïtienne, Port-au-Prince — où résident nombre de bénéficiaires du TPS — connaît déjà des pénuries alimentaires et de logements. De plus, les États-Unis, de connivence avec les oligarques, ont détruit toutes les entreprises publiques, laissant la population au chômage, sans électricité et privée de soins de santé.
Mais à long terme, la fin du TPS pourrait se retourner contre Washington. Le TPS, tout comme le programme de visas CHNV de Biden (qui a pris fin l’année dernière), servait de soupape de sécurité face à la colère révolutionnaire qui monte au sein des masses haïtiennes. Privés de ces programmes, les Haïtiens pourraient se voir contraints de mener à bien ce changement révolutionnaire qui se fait attendre depuis si longtemps en Haïti.
Vive la lutte du peuple haïtien !