Réuni à Mbour du 13 au 15 août, le ministère de l’Education nationale fixe le cap pour le déploiement national de son écosystème numérique. Au programme : interconnexion de près de 9000 établissements, accès gratuit aux contenus pédagogiques et formation de 105 000 enseignants.
Par Alioune Badara CISS – Le passage de la théorie à la pratique est officiellement amorcé pour l’école sénégalaise. Réunis à Mbour du 13 au 15 août 2026 sous la présidence de Moustapha Mamba Guirassy, ministre de l’Education nationale, les acteurs du système éducatif, les autorités territoriales, les syndicats et les partenaires techniques participent à un atelier national stratégique. Cette rencontre vise à poser les bases opérationnelles du déploiement généralisé des outils numériques éducatifs en vue de la rentrée scolaire 2026-2027.
S’inscrivant dans la Stratégie du numérique pour l’éducation 2025-2029 (Sne), cette initiative entend rompre avec la dispersion des projets isolés afin d’imposer une politique publique unifiée. L’ambition affichée est d’adapter l’enseignement aux nouveaux usages, notamment grâce à l’intégration de l’Intelligence artificielle (Ia), tout en améliorant la performance du service public et l’équité territoriale. «Le temps de la conception doit désormais céder la place au temps de l’appropriation. Le temps des projets doit rencontrer celui des usages. Le temps de la promesse doit devenir celui de la preuve», a affirmé Moustapha Mamba Guirassy lors de son discours d’ouverture.
Formation massive et infrastructures renforcées
Pour réussir ce virage, le gouvernement mise d’abord sur le capital humain. Un programme d’envergure nationale prévoit la montée en compétences de 105 000 enseignants et personnels éducatifs aux usages du numérique et de l’Ia. Sur le plan des infrastructures, la connectivité constitue le second pilier du dispositif : 6898 écoles et établissements seront raccordés au réseau Internet haut débit terrestre, plus de 2000 établissements supplémentaires, situés dans des zones enclavées ou difficiles d’accès, seront connectés par satellite via des solutions en orbite basse (Starlink), en partenariat avec le ministère du Numérique.
Par ailleurs, un système de «whitelisting» (liste blanche) des plateformes éducatives permettra d’y accéder gratuitement, sans consommation de données payantes, afin d’éviter que le coût d’accès ne pèse sur le budget des familles. «Une transformation numérique qui laisse un élève, une famille ou un établissement au bord du chemin n’est pas encore une transformation réussie», a martelé le ministre, insistant sur le principe d’équité.
Un écosystème articulé autour de 5 plateformes
L’écosystème numérique du ministère repose sur cinq plateformes interconnectées : Planete 3, axé sur la gestion administrative, pédagogique et le suivi des parcours scolaires ; Edustat pour le pilotage du système éducatif fondé sur les données statistiques ; Senkala, une bibliothèque numérique nationale ; Taggatu, une plateforme de formation continue des personnels ; et Ramatu, qui est un outil d’apprentissage en ligne, d’entraînement et de remédiation pour les élèves. Dès la rentrée 2026-2027, une étape majeure sera franchie avec la dématérialisation progressive des inscriptions et réinscriptions via la plateforme Planete 3.
Une intelligence artificielle encadrée et éthique
Face à l’essor des nouvelles technologies, le ministère entend intégrer l’Intelligence artificielle de manière souveraine et éthique, sans jamais substituer la machine à l’humain. L’outil aura pour rôle de soutenir la préparation des cours, le suivi personnalisé des élèves et la prise de décision administrative. «Nous ne jugerons pas notre transformation numérique au nombre de plateformes que nous aurons créées, mais au nombre de vies scolaires qu’elles auront réellement facilitées», a conclu le ministre.
Les travaux de l’atelier de Mbour s’achèveront le 15 août avec la publication d’une feuille de route opérationnelle, assortie d’indicateurs de suivi exécutables jusqu’à la fin de l’année 2026.
[email protected]