Le professeur Achille MBembe accorde pour la première fois une interview à la situation tragique et politique que traverse l’Afrique du Sud.
Nous sommes tous concernés par ce qui se passe en Afrique du Sud.
Je répète souvent : « Nul ne vient au monde avec des problèmes individuels.
Tout problème individuel est un problème politique.
Les problèmes politiques sont les problèmes de tout le monde. »
C’est la prise de conscience la plus élémentaire que tout individu doit entretenir en soi-même pour être libre.
Transport – travail – sommeil
Sortons de ce rythme infernal et accordons une attention particulière à nos voisins, à nos frères, à nos sœurs, dans la souffrance, ayons de l’empathie, de l’humanisme, Ubuntu, bumuntu.
Le pays qui au lendemain de la victoire sur l’apartheid avait prôné l’ubuntu, « je suis parce que nous sommes » piétine sa propre pensée.
Un renégat désigne une personne qui a renié sa propre pensée pour embrasser une autre. Corrolairement, un renégat fonctionne sous l’emprise de l’hétéronomie.
L’hétéronomie est le fait d’être influencé par des facteurs extérieurs, d’être soumis à des lois, des règles morales dépendant d’une entité extérieure.
Chez les Kongo, l’humanisme, interprété en Bumuntu, abstraction de Kimuntu, c’est ce qui reste de toi en tant que homme, muntu, créature de l’esprit de Dieu, c’est ce qui te diffère de l’animalité, kimpumbulu.
L’ubuntu en Afrique du Sud est remis en cause
Un champion international de boxe d’origine congolaise a été assassiné, brûlé dans sa propre maison incendiée par un groupuscule de Sud Africains Noirs autochtones.
Une maman congolaise en situation régulière en Afrique du Sud a perdu son affaire de coiffures et de cosmétiques parce que les émeutiers voulaient la remplacer par une patronne et de travailleurs autochtones Noirs Sud Africains.
Les immigrés Noirs en Afrique du Sud sont chassés de leurs domiciles en perdant tout le patrimoine vital accumulé pendant tant d’années de travail.
Ils retournent dans leurs pays respectifs d’origine, au Zimbabwe, au Ghana, au Nigeria, au Congo avec une seule valise pour bagages dans l’avion affrété par l’État africain.
Les Sud Africains Noirs autochtones se sont emparés gratuitement du patrimoine vital des immigrés Noirs Africains.
Pas d’assurances, pas d’indemnisation
C’est la guerre civile. Ça nous rappelle le fascisme au temps d’Adolphe d’Hitler (1933). Ou la victoire de la voyoucratie des grandes villes dont parle Karl Marx dans le Manifeste du parti communiste.
Donc finalement comme la devise de Bangui l’enseigne :
Zo kue zo, « l’homme reste l’homme. »
C’est donc un déni d’humanisme des Noirs à l’encontre d’autres Noirs.
En même temps une élite politique sud-africaine noire vient voler au secours des populations de la Palestine écrasées par le régime politique d’Israël alors que la maison sud-africaine brûle depuis belle lurette.
Achille MBembe parle d’afrophobie. Un néologisme. Phobie, haine. La haine des Noirs contre les Noirs. Quand un Noir déteste l’autre Noir, il se déteste lui même.
On parle dans ce cas d’autocotie, de la haine de soi-même. Le manque d’estime de soi, quoi !
Que peut-on entreprendre par soi-même quand on n’a aucune considération distinguée de soi-même. Le néant, le rien, la régression au rang de la bête, kibulu.
Achille MBembe est habilité à commenter ces évènements douloureux qui se déroulent en Afrique du Sud. Il est d’origine camerounaise, mbombock bassa.
Il a étudié à l’université de la Sorbonne en sciences humaines et politiques.
Depuis 2001, il est directeur de recherches à l’université de Witwatersrand à Johannesburg en Afrique du Sud.
Il possède également la nationalité sénégalaise. C’est quelqu’un qui voyage dans le continent africain, comme un poisson dans l’eau, qui observe les changements sociologiques et politiques du continent africain.
Il constate avec amertume que depuis l’accession à l’indépendance dans les années 1960 des pays africains, l’homme Noir ne peut pas circuler librement dans le continent africain.
Cela remet en cause les fondements de l’unité Africaine et l’idéal du panafricanisme prôné par la charte des nations africaines en Ethiopie.
Tua yikidi nkieti minunzi, mitinasana nsunga.
Nous sommes devenus comme ces putois qui se repoussent car chacun reproche à l’autre de sentir mauvais. Il n’y a plus d’amour de l’autre, plus d’empathie entre les Nègres. Il ne reste plus que la haine de soi-même, l’autocotie.
Voilà ce à quoi tu penses :
« Mayala kua buidi mbalu mu disu » ( seul Mayala a reçu un éclat de bois dans l’oeil).
À propos du Kimuntu de Sages Kongo énoncent : « Bu buana Muntu ka bu lembua buana muntu ko. »
En français : Nul n’est à l’abri des vicissitudes humaines.
« Na wa ku tuma zonza lembo ni lembo na poo na yekoo ».
©️ Nkalu Balonda, 27 juillet 2026