
Après l’édition 2025 au Bénin, la République de Djibouti va accueillir en octobre prochain, la 7ᵉ Mission commerciale et économique de la Francophonie. Pendant trois jours, des centaines d’entrepreneurs, investisseurs, décideurs publics et représentants d’institutions économiques venus des 5 continents se retrouveront sous nos cieux, pour explorer les opportunités d’affaires du pays. L’occasion sera pour Djibouti de dévoiler ses atouts dans le transport et la logistique portuaires, les énergies renouvelables, la santé, le tourisme et notamment ses capacités en infrastructures du numérique, autant de secteurs auxquels notre gouvernement accorde une importance particulière dans sa stratégie de développement nationale.

Dans les locaux de la Chambre de Commerce de Djibouti, tout comme ceux du ministère délégué chargé des Investissements et du Développement du secteur privé, co-organisatrice de cet événement d’envergure, les préparatifs battent leur plein. « Nous allons déménager dans le bâtiment qui abritait autrefois le supermarché Semiramis » nous confie un employé de la CCD, affairé à emballer des dossiers dans des cartons qu’il numérote soigneusement. Selon lui, le siège actuel de l’institution sera complètement rénové avant l’arrivée des délégations participantes de la mission commerciale et économique de la francophonie.
En effet, après le Bénin, la 7ème Mission pose cette année ses valises à Djibouti, pays qui ambitionne de devenir l’une des principales plateformes d’affaires entre l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie.

Pour les autorités djiboutiennes, cette rencontre représente une vitrine exceptionnelle pour démontrer les potentialités du pays. Rarement un événement économique aura concentré autant d’acteurs influents de l’espace francophone dans un pays de la Corne de l’Afrique.
Créée par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), la Mission économique vise à renforcer les échanges commerciaux, les investissements et les partenariats entre les entreprises des pays membres.

Il est à noter que l’édition de Djibouti intervient dans un contexte particulier, marqué par des tensions géopolitiques mondiales, notamment la fermeture du détroit d’Ormuz, qui a fortement perturbé les chaînes logistiques. C’est justement pour faire face à ces crises que les pays francophones comptent, à travers cet événement annuel, renforcer leurs liens commerciaux et développer des circuits de coopération plus résilients. Le choix de Djibouti pour accueillir cette 7ᵉ mission n’est donc pas anodin. Situé au carrefour de l’Afrique, de l’Asie et de l’Europe, le pays constitue une porte d’entrée stratégique vers un marché régional de plusieurs centaines de millions de consommateurs.
Depuis plusieurs années, les autorités ont engagé une politique ambitieuse d’investissements dans les infrastructures. Ports modernes, zones franches, corridors routiers et ferroviaires, réseaux de télécommunications performants : autant d’atouts que le pays entend mettre en avant durant la mission.
La logistique, pilier de l’économie nationale
S’il existe un secteur que Djibouti compte particulièrement valoriser, c’est bien celui de la logistique.
Grâce à sa situation géographique exceptionnelle au débouché de la mer Rouge et à proximité du canal de Suez, le pays s’est imposé comme un acteur majeur du commerce maritime régional.
Les ports de Doraleh (SGTD), de Tadjourah et du Ghoubet, le DMP ainsi que les infrastructures ferroviaires reliant Djibouti à l’Éthiopie constituent aujourd’hui l’un des réseaux logistiques les plus performants d’Afrique. La Mission économique de la Francophonie offrira l’occasion aux investisseurs de découvrir ces infrastructures de première main.
Les autorités souhaitent notamment attirer des opérateurs spécialisés dans la logistique intégrée, le stockage, la transformation industrielle, le transport multimodal et les services associés.
L’ambition est de faire évoluer progressivement l’économie nationale d’un modèle essentiellement centré sur les services portuaires vers une économie davantage orientée vers la valeur ajoutée.
Le numérique, un secteur en pleine expansion
Autre secteur mis en avant : l’économie numérique. Djibouti s’affirme également comme un carrefour régional des télécommunications. Plus d’une dizaine de câbles sous-marins internationaux, parmi lesquels 2Africa, SEA-ME-WE 5, AAE-1, EIG et DARE 1, y convergent, reliant l’Afrique, l’Europe, l’Asie et le Moyen-Orient.
Cette position stratégique ouvre des perspectives considérables dans les domaines des centres de données, du cloud computing, de la cybersécurité et des services numériques. Ces dernières années, le gouvernement a multiplié les initiatives destinées à favoriser la transformation digitale de l’administration, des entreprises et des services publics.
Pour les jeunes entrepreneurs djiboutiens, l’arrivée de partenaires francophones pourrait permettre d’accélérer l’émergence d’un véritable écosystème technologique local.
Dans les espaces de coworking et les incubateurs de la capitale, plusieurs start-ups espèrent profiter de la mission pour nouer des contacts avec des investisseurs étrangers.
Les énergies renouvelables et la santé au cœur des ambitions
L’énergie constitue également l’un des dossiers majeurs qui seront présentés aux investisseurs. Djibouti dispose d’un potentiel considérable dans les domaines du solaire, de l’éolien, de la géothermie et, dans une moindre mesure, de l’énergie marine.
Face à une demande énergétique croissante, le pays cherche à diversifier ses sources de production et à réduire sa dépendance aux énergies fossiles.
Les projets géothermiques développés dans la région du lac Assal suscitent notamment un intérêt croissant auprès des bailleurs de fonds internationaux.
Les autorités espèrent que la mission économique permettra d’attirer des entreprises spécialisées dans les technologies vertes et les infrastructures énergétiques durables.
Au-delà des investissements, l’objectif est également de favoriser les transferts de compétences et le développement d’une expertise nationale dans les métiers de la transition énergétique.
Le secteur de la santé figure également parmi les priorités stratégiques identifiées par les autorités djiboutiennes. Engagé dans une profonde phase de modernisation, il bénéficie d’importants investissements destinés à renforcer les capacités du système de soins, à développer de nouvelles infrastructures et à accélérer la transition vers des solutions de santé numérique.
L’ouverture de l’Hôpital Al Shifa, financé par la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), illustre cette nouvelle dynamique. Doté d’un plateau technique moderne et offrant l’accès à de nombreuses spécialités médicales, cet établissement contribue à élever le niveau de l’offre de soins et à réduire le recours aux évacuations sanitaires. Parallèlement, un véritable écosystème de santé numérique est en train d’émerger. Des initiatives innovantes, à l’image de Medyc, un programme dédié au suivi des patients diabétiques, témoignent de la volonté d’intégrer les technologies numériques dans la prise en charge médicale et le suivi des patients.
Ces évolutions créent des opportunités concrètes dans de nombreux domaines, notamment la pharmacie, les équipements hospitaliers, la télémédecine, la formation médicale à distance ainsi que les solutions de gestion des parcours de soins.
Portée par une croissance démographique soutenue, une urbanisation rapide et une demande croissante en services de santé de qualité, la République de Djibouti affiche des besoins importants en infrastructures médicales, en équipements spécialisés et en prestations de soins à forte valeur ajoutée.
Les pouvoirs publics entendent ainsi encourager les partenariats public-privé pour la construction de centres médicaux modernes, le déploiement de services de télémédecine et le renforcement de la formation des professionnels de santé.
Pour les investisseurs francophones, ce secteur représente un marché à fort potentiel, offrant des perspectives de développement significatives à Djibouti, mais également une porte d’entrée vers une région où les besoins en infrastructures et en services de santé demeurent considérables.
Le tourisme, un potentiel encore sous-exploité
Au-delà de sa position géostratégique, la République de Djibouti possède un potentiel touristique encore largement inexploité. Des étendues immaculées du lac Assal aux fonds marins exceptionnels du golfe de Tadjourah, en passant par les paysages volcaniques du Goubet, l’immense plaine du Grand Bara ou encore les îles Moucha et Maskali, le pays offre une diversité de sites naturels propices au développement d’un tourisme durable. Fondé sur la valorisation des écosystèmes, des expériences culturelles authentiques et des activités de pleine nature, ce modèle constitue aujourd’hui l’un des axes privilégiés de la stratégie nationale de diversification économique.
Les autorités entendent accélérer cette dynamique à travers l’amélioration des infrastructures hôtelières, le développement de l’écotourisme et l’attraction d’investissements dans les services touristiques. La 7ᵉ Mission économique de la Francophonie offrira une vitrine privilégiée pour mettre en valeur ces opportunités auprès d’agences de voyage spécialisées, d’opérateurs touristiques et d’investisseurs intéressés par un marché à fort potentiel encore peu exploré.
Les attentes sont également fortes du côté des entrepreneurs djiboutiens, qui espèrent nouer des partenariats commerciaux, accéder à de nouveaux marchés et bénéficier de transferts de savoir-faire. Au-delà des perspectives à moyen et à long terme, cette rencontre internationale devrait générer des retombées économiques immédiates pour l’hôtellerie, la restauration, les transports et les services. Pendant trois jours, plusieurs centaines de chefs d’entreprise, d’investisseurs et de décideurs francophones séjourneront à Djibouti, contribuant à une activité économique accrue et à une visibilité renforcée de la destination sur la scène internationale.
RACHID BAYLEH