CONAKRY- À l’approche du double scrutin législatif et communal du 31 mai 2026, la mouvance présidentielle affine sa stratégie. Dans un entretien exclusif accordé à Africaguinee.com, l’ancien ministre de la Jeunesse et des Sports Keamou Bogola Haba détaille l’option des candidatures indépendantes, les ambitions de la Génération pour la Modernité et le Développement (GMD) et les mutations attendues du paysage politique guinéen.
AFRICAGUINEE.COM : Après le dépôt des dossiers de candidature, quelle est la situation au sein de la mouvance présidentielle à cette étape du processus des élections législatives et communales du 31 mai ?
KEAMOU BOGOLA HABA : Comme vous le savez, depuis le 5 septembre 2021, le CNRD a pris le pouvoir des mains des civils. Depuis cette date, une grande mouvance s’est formée pour soutenir ses idéaux. C’est dans ce cadre la Génération pour la Modernité et le Développement, a porté le candidat Mamadi Doumbouya à la présidence de la République sous l’étiquette de candidat indépendant. Il était donc prévu qu’après ces élections, nous fassions évoluer cette grande mouvance en un parti politique, conformément à la nouvelle Constitution et à la nouvelle loi organique sur les partis politiques et organisations assimilées.
Ce processus a été confié au Premier ministre Amadou Oury Bah, qui s’est fait accompagner de deux ministres, en l’occurrence Jean-Paul Cédy, ancien ministre de l’Éducation, et Charlotte Daffé. Un appel a été lancé à l’ensemble des mouvements, des associations et des partis alliés à se joindre à cette dynamique. C’est ce que nous avons fait en tant que soutiens de premier ordre du CNRD.
Nous nous sommes engagés dans ce processus qui, malheureusement, n’a pas abouti, en raison de difficultés liées à la gestion des parties prenantes et à la conduite du changement. Toutes les parties prenantes n’étaient pas au même niveau. Il a donc fallu stopper le processus le jour de l’assemblée constitutive de la GMD.
Ceci étant, au regard du calendrier très serré des élections, initialement prévues le 24 mai 2026, il a fallu trouver une alternative afin de ne pas priver l’ensemble de nos partisans et de nos partis alliés de ces élections, qui sont cruciales pour la gouvernance du pays durant ce premier mandat sous le leadership de notre président élu.
Il a donc été décidé d’opter pour des candidatures indépendantes, comme cela a été le cas pour le président lui-même. Cela signifie qu’en réponse à votre question, la Génération pour la Modernité et le Développement, que nous constituons en tant que grand mouvement élargi, diversifié et mosaïque, ira sous le label GMD pour soutenir des candidats indépendants dans les 33 préfectures du pays, dans les 378 communes urbaines et rurales, dans les 13 communes de Kankan et de Conakry, ainsi qu’au niveau de la diaspora où quatre députés sont à élire. Ainsi, sur l’ensemble du territoire, nous allons soutenir des candidats indépendants sous le label GMD, comme nous l’avons fait pour le président de la République le 28 décembre.
Maintenant, vous allez me poser la question, justement parce que nous aurons non seulement les communales, mais aussi les législatives. Sur cette question, les 98 députés à élire au scrutin nominal et plurinominal seront élus sur des listes indépendantes. Or, la loi exige que les 48 autres sièges à pourvoir reviennent à des partis politiques agréés présentant des candidats, la GMD n’étant pas un parti politique.
Ainsi, sous la clairvoyance de notre président élu et avec la confiance que nous entretenons avec l’ensemble de nos alliés, nous allons solliciter leur accompagnement afin de soutenir un certain nombre de partis qui bénéficieront de l’adhésion de la mouvance. Nous les appuierons, tout comme nous soutiendrons les candidats indépendants.
C’est donc de cette manière que nous pensons, avec la confiance qui caractérise la mouvance depuis le 5 septembre, le fait que nous nous connaissons et que nous partageons largement la vision du CNRD, être capables de présenter des candidats à la hauteur de nos enjeux. Cela permettra également de favoriser une grande ouverture démocratique ainsi qu’une participation citoyenne élargie.
Quelles sont vos ambitions pour ce double scrutin ?

Notre ambition n’a pas changé. Nous nous sommes battus avec acharnement pour élire le président qui dirige aujourd’hui l’exécutif. Notre ambition est d’obtenir une majorité d’indépendants ancrés dans la société, dotés d’un leadership clair et d’un esprit de rassemblement, afin de décrocher la majorité dans les communes, mais aussi à l’Assemblée nationale, ce qui pourrait naturellement induire une majorité dans les conseils régionaux et au Sénat. C’est cela notre ambition : contribuer à la stabilité de la Guinée. Cependant, nous n’oublions pas que, dans cette configuration, 89 partis politiques sont en règle avec l’ancienne charte des partis politiques, et sont donc éligibles pour présenter des candidats. Nous avons également de nombreux indépendants, des centaines même, qui seront en lice face à nos candidats. Nous nous attendons donc à une véritable opposition, aussi bien lors des élections locales qu’au Parlement, ainsi que dans les conseils communaux et régionaux.
Comment évaluez-vous les chances de vos listes face aux autres formations politiques en lice ?
Comme vous le savez, il s’agit d’élections locales. Vous avez raison : l’influence du pouvoir central y est relativement limitée, car ce sont avant tout des scrutins de proximité. Cependant, dans la mesure où nous avons travaillé ensemble durant ces quatre dernières années, nous nous connaissons. Dans ce contexte, il est toujours difficile de trouver des candidats parfaits, car l’idéal n’existe pas en politique. Nous nous sommes donc mobilisés et avons sollicité l’ensemble des acteurs — mouvements, associations, leaders d’opinion et partis alliés — afin de retenir des profils capables de nous représenter valablement. Nous avons confiance en eux. Et, en tant que grand mouvement, l’individu ne prime pas.
C’est le grand mouvement GMD qui compte. C’est pourquoi nous appelons tous nos partisans à soutenir les candidats présentés sous ce label, quelles que soient leurs origines, leurs profils ou les perceptions qu’ils suscitent. Nous pensons que c’est la GMD qui l’emportera. Il ne faut pas se focaliser sur les individus, mais plutôt sur la GMD, sur le président de la République et sur l’ensemble de la mouvance présidentielle. Nous avons confiance en nos candidats. Les communautés ont également été impliquées dans leur choix, car nous avons voulu un processus participatif. Elles pourront ainsi élire des représentants proches d’elles, capables de porter leurs préoccupations. C’est ce qui nous permet de penser que nos candidats ont de réelles chances de succès. Cependant, comme je l’ai indiqué, rien n’est joué d’avance. Certains de nos anciens alliés ont choisi de se présenter sous d’autres bannières. Cela signifie que la victoire ne sera pas automatique. Nous devons donc nous mettre au travail dès maintenant.
Alors, est-ce que Bogola Haba est tête de liste quelque part ? Si oui, dans quelle circonscription ?
Non, je ne le suis pas. Sous l’instruction de notre président élu, nous avons décidé de rester au-dessus de la mêlée afin de soutenir l’ensemble des candidats de la mouvance GMD. Je ne suis donc pas candidat et je ne figure sur aucune liste. Nous privilégions plutôt une approche globale de soutien.
Une éventuelle large majorité de la mouvance présidentielle à l’Assemblée nationale, en l’absence de partis dissous comme l’UFDG, l’UFR ou le RPG, constituerait-elle une source de satisfaction pour vous ?

Comme nous l’avons toujours dit depuis le 5 septembre, il n’y a plus de grands partis. Il faut le reconnaître, nous l’avons toujours affirmé. Il y a désormais les citoyens. Ainsi, la véritable configuration de l’opposition se dessinera après les élections. Nous sommes convaincus qu’il y aura une opposition parlementaire, nouvelle, qui va émerger. Par ailleurs, s’il existe une opposition extra-parlementaire, nous pensons qu’il sera possible de travailler avec elle pour construire la Guinée de demain, telle que définie notamment à travers le programme Simandou 2040.
Aujourd’hui, nous estimons qu’il n’y a ni anciens ni nouveaux grands partis. La nouvelle configuration politique sera connue après les élections. Pour l’heure, 89 partis sont en compétition et participent au processus. Après cela, nous saurons quelle sera la nouvelle configuration de l’opposition parlementaire, et s’il y aura également une opposition extra-parlementaire.
Nous encourageons d’ailleurs les acteurs concernés à s’organiser et à se conformer à la nouvelle loi sur les partis politiques. Les partis dissous ou ceux qui ne se sont pas encore positionnés auront le choix : rejoindre la future opposition parlementaire, intégrer notre futur parti, ou créer de nouvelles formations conformes aux exigences légales. Ces exigences impliquent notamment une implantation dans les 33 préfectures, une présence dans les 378 circonscriptions, des membres fondateurs identifiés, des sièges fonctionnels, ainsi qu’une capacité financière suffisante pour gouverner.
Pour moi, cela ne pose pas de problème. Les Guinéens ont aujourd’hui tourné la page de ces anciens partis et feront de nouveaux choix.
À quel changement faut-il s’attendre avec une éventuelle victoire de la mouvance présidentielle au scrutin législatif, mais aussi au niveau des exécutifs communaux ?

D’abord, c’est la première fois dans l’histoire de notre pays que ces élections seront couplées. Cela permettra de mener des campagnes presque communes pour les locales et les législatives. De plus, ces élus seront également des électeurs pour le Sénat et les conseils régionaux. Nous n’avons jamais eu de Sénat ; nous en aurons un à l’issue de ces élections. Nous n’avons jamais eu de conseils régionaux ; ils verront également le jour après ce scrutin. Par ailleurs, nous aurons pour la première fois une Assemblée nationale composée de 98 députés élus au scrutin nominal et plurinominal, contre 48 élus sur la liste nationale. Il s’agit d’un changement structurel majeur, conforme à la nouvelle loi.
Au-delà de cet aspect, c’est aussi la première fois que l’on comptera autant de candidats indépendants. Comme je l’ai indiqué, les candidats de la GMD se présenteront sous l’étiquette « indépendants ». Il y aura également des centaines d’autres candidatures indépendantes. Cela signifie que, pour la première fois, il pourrait y avoir plus d’élus indépendants que de représentants de partis politiques. Par ailleurs, l’Assemblée et les exécutifs locaux devraient compter davantage de jeunes, notamment de jeunes femmes. Il existe une volonté d’atteindre au moins 30 % de femmes, ce qui constituerait une avancée notable, aussi bien au niveau communal qu’au niveau national.
Notre population étant majoritairement jeune, de nombreuses candidatures de jeunes ont été privilégiées par les communautés et les mouvements. On peut donc s’attendre à une implication accrue de la jeunesse, en particulier au niveau des communes.
Tout cela vise un objectif clair : le développement de la Guinée. La politique politicienne tend à s’effacer au profit d’une gouvernance orientée vers les résultats. Ces élections devraient ouvrir la voie à une démocratie participative plus apaisée, tournée vers le développement, l’économie et la construction nationale.
Aujourd’hui, les priorités ont évolué. Le social arrive en première position, car il permet de renforcer la cohésion nationale. Ensuite vient l’économie, avec la nécessité de bâtir une base solide. La politique, quant à elle, arrive en troisième position. Après ces élections, nous entrerons dans un cycle de cinq ans sans autres échéances électorales. Cela devrait permettre aux élus de se concentrer pleinement sur la résolution des problèmes concrets des populations. Il y aura donc des changements importants auxquels les Guinéens peuvent s’attendre à l’issue de ce scrutin.
Interview réalisée par Siddy Koundara Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 13 avril 2026 11:03