Face à ce qui se passe aujourd’hui en Haïti, sera-t-il possible de sortir du bourbier politique navrant dans lequel le pays se trouve ? D’autres pays traversent aussi des crises, mais le nôtre est plongé dans une crise de gouvernabilité sans pareille. Les institutions ne fonctionnent plus et le tissu social en lambeaux donne un certificat d’impunité au pouvoir politique et économique. C’est le grand banditisme qui dirige l’appareil d’Etat à travers une justice partiale et une insécurité qui caractérise la violence politique et sociale source des actes honteux des corrupteurs et des corrompus.
Personne n’ose élever la voix contre l’anarchie et la corruption qui gangrènent le pays. Il y a ceux qui préfèrent de ne rien dire ; par ailleurs, d’autres sont dépourvus d’arguments, car il s’agit de leur propre régime ou du moins, depuis le Conseil présidentiel de transition, ils avaient apporté leur solidarité inconditionnelle à la classe politique traditionnelle alliée naturelle de la bourgeoisie antinationale. Or nous autres, à Haïti Liberté, restant toujours cohérents et fidèles à nos principes idéologiques, sommes toujours en mesure, quelle que soit la position de classe des architectes, des planificateurs et plus généralement les concepteurs et les exécutants les plus zélés de la politique gouvernementale de les démasquer aux yeux de la population.
Aujourd’hui, c’est le grand bond en arrière, et à l’exception de quelques-unes, la majorité de la presse nationale a applaudi la visite en Haïti du Secrétaire d’État-adjoint des États-Unis Christopher Landau. Beaucoup affichent leur fierté surtout lorsqu’elles voient échanger accolades et selfies entre le « fils de l’empire» et son représentant dans la « colonie ». Ce n’est pas exagéré de dire que c’est vers une nouvelle ère coloniale qu’ils veulent ramener Haïti. Dans les rouages du pouvoir, personne n’y voit la moindre anomalie ; tout est parfaitement normal. Au contraire, certaines personnalités se réjouissent de voir le Premier ministre nouer de bonnes relations amicales avec les impérialistes. Comme l’affirme le communiqué du cabinet du Premier ministre « Washington scelle un engagement politique majeur et apporte son soutien absolu au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. »
Quant à ceux qui se revendiquent soi-disant de gauche et targuant, de surcroît, d’être « anti-impérialistes », que disent-ils ? Rien. L’on connait l’adage : qui ne dit mot consent ! En aucun cas, la barbarie actuelle n’aurait été possible si cette gauche stérile s’inscrivant dans le sillage de la bourgeoisie pro-impérialiste n’y avait apporté tout son soutien politique. Sa manière de voir et de comprendre les choses incarne l’antithèse des valeurs historiques de la nation haïtienne. On pourrait même l’affirmer que les descendants des colons d’hier ont planifié avec les affranchis, nostalgiques de l’époque coloniale et détenant aujourd’hui le pouvoir et tous les moyens, finissent par rétablir ce système de concert avec les nouveaux colons américains.
Cette politique, d’ailleurs, rejetée par la grande majorité de la population est pourtant celle que privilégie la classe politique qui, depuis des années, a fait le choix d’enrichir les puissances capitalistes au moyen de nos ressources minières. Il s’agit là d’un retour à une situation coloniale sans précédent dans les Caraïbes. Pour nous, l’impérialisme n’a d’amis que ses propres intérêts. Cela justifie qu’ils ont imposé Alix Didier Fils-Aimé et c’est bien naturel, si celui-ci se montre performant à leurs yeux et qu’ils ne le sanctionnent pas.
Au contraire, ils lui apporteront tout leur soutien, c’est ce qu’ils sont en train d’illustrer avec cette visite de Christopher Landau pour l’encourager et également intimider tous ceux qui exigent son départ dès ce mois de juin, conformément à l’article 149 de la Constitution amendée, stipulant que le Conseil des ministres, sous la présidence du Premier ministre, peut exercer le pouvoir Exécutif en cas de vacances. Toutefois, cette disposition est encadrée par un mandat clair et strict de 120 jours maximum. Dans ce cas de figure, « Avant le 7 juin 2026, le Premier ministre, à travers le Conseil des ministres, a la responsabilité d’organiser des élections. » Or, compte tenu du délai, c’est mathématiquement impossible. Contrairement à ce que prétendent les charlatans du Premier ministre dans leur communiqué de presse affirmant que : « cette visite historique a scellé un pacte indéfectible entre Port-au-Prince et Washington », cette visite constitue, pour notre part, une parfaite illustration de la domination coloniale.
C’est la recolonisation du pays qui est ainsi confirmée. Les véritables raisons de cette visite visent à nous faire croire aux bonnes intentions des maîtres yankees et à nous faire accepter l’inacceptable horreur et l’incroyable complicité de l’ennemi du peuple comme si, les États-Unis qui sont les principaux responsables de cette catastrophe avaient un désir sincère et réel de parvenir à une solution juste et durable au bénéfice des masses haïtiennes opprimées, voire de Haïti en général. N’est-ce pas un moyen authentique de certifier le processus de recolonisation du pays ?
En vérité, il est donc plus que légitime que la population se révolte ou se soulève contre ce laquais de Premier ministre afin de l’empêcher de démanteler totalement le pays pour satisfaire l’empire américain. Ce d’autant plus que, ce gouvernement ne semble nullement décidé à prendre les mesures nécessaires pour assainir la situation et n’a d’ailleurs aucun intérêt à ce que le pays retrouve la stabilité politique et la sécurité. Face à cette planification méthodiquement calculée et cette recolonisation programmée, la solution au problème haïtien repose avant tout sur la volonté et la détermination de notre peuple et non sur ce gouvernement de collaboration et corrompu, non plus sur l’impérialisme américain dont l’hypocrisie n’est plus à démontrer.
