
Parmi les figures qui ont marqué l’histoire de la lutte pour l’indépendance de Djibouti, Hassan Robleh Kayad occupe une place particulière. Militant engagé au sein du Front de Libération de la Côte des Somalis (FLCS), il est reconnu comme le concepteur de l’emblème national de la République de Djibouti, symbole fort de la souveraineté et de l’identité nationale.
Né en 1935 à Dikhil, Hassan Robleh Kayad grandit dans un contexte marqué par la domination coloniale. Très tôt, il développe une conscience politique qui le conduit à rejoindre le mouvement nationaliste. Il fait partie des fondateurs du Front de Libération de la Côte des Somalis (FLCS), organisation qui jouera un rôle déterminant dans la lutte pour l’émancipation du territoire.
Tout au long de son parcours, Hassan Robleh Kayad se distingue par un engagement sans faille contre le système colonial. Son militantisme lui vaut plusieurs arrestations et de nombreuses épreuves. Malgré les risques et les sacrifices, il demeure fidèle à ses convictions et poursuit son combat pour la liberté et la dignité de son peuple.
Un emblème incarnant la lutte pour l’indépendance
et l’émancipation nationale
Inspiré par l’esprit de résistance qui animait les combattants du FLCS, Hassan Robleh Kayad imagine un symbole capable de refléter les aspirations profondes du peuple djiboutien. Son objectif est alors de créer un emblème incarnant à la fois la lutte pour l’émancipation, l’unité nationale et la souveraineté du futur État.
Selon son témoignage, l’idée de cet emblème lui est venue en 1976 alors qu’il militait activement au sein du FLCS. À cette époque, le mouvement de libération ne disposait pas encore d’un symbole représentatif des combattants engagés dans la lutte pour l’indépendance. « À l’époque, on m’a confié la mission de créer un emblème pour les combattants afin de refléter notre engagement dans la lutte. Ce fut un défi, mais aussi une grande fierté pour moi de concevoir cet emblème », expliquait-il dans un témoignage recueilli avant sa disparition.
Les emblèmes qu’il conçut mettaient en avant le courage, le sacrifice et la détermination des hommes et des femmes engagés dans le combat pour la liberté du pays. Ils traduisaient les idéaux de résistance et d’espoir qui animaient les militants de l’indépendance.
Après l’accession de Djibouti à l’indépendance, le 27 juin 1977, cet emblème devint l’un des symboles majeurs de la jeune République. Il demeure aujourd’hui le témoignage de l’engagement des militants indépendantistes et de leur contribution à la construction de l’identité nationale. Devenu l’effigie officielle de l’État, il figure notamment sur les documents administratifs et les institutions publiques du pays.
Un poète engagé de son époque
Hassan Robleh Kayad ne fut pas seulement un indépendantiste et un homme politique. Il était également un poète talentueux qui utilisait la puissance des mots pour éveiller les consciences et nourrir l’espoir. À travers ses poèmes et ses chansons, il exaltait les valeurs de patriotisme, de courage et d’unité nationale. Ses œuvres étaient largement appréciées pour leur capacité à mobiliser la population autour de la cause de l’indépendance. Selon le témoignage de son fils, Liban Hassan Robleh Kayad, « mon père était un poète, un artiste qui composait ses poèmes en s’inspirant de son époque. Cette période fut particulièrement éprouvante et douloureuse. Il a vu de nombreux frères d’armes tomber au champ d’honneur ».« À l’époque, il me partageait de nombreux récits sur cette période marquante de la lutte pour l’indépendance. Il revenait notamment sur la création du Front de Libération de la Côte des Somalis (FLCS) aux côtés de ses compagnons de combat, ainsi que sur les étapes qui ont conduit à la mise en place de la branche armée du mouvement. À travers ses témoignages, il faisait revivre une page essentielle de l’histoire nationale et l’engagement de toute une génération pour la liberté du pays. » Parmi ses créations les plus connues figure le poème “Sahan iyo Sadal”, dans lequel il évoque les souffrances endurées par les militants, privés de nourriture et de sommeil dans leur lutte contre l’oppression. Son œuvre poétique constitue aujourd’hui un témoignage précieux de cette période historique et des sacrifices consentis pour la liberté.
Après l’accession de Djibouti à l’indépendance, Hassan Robleh Kayad continua de mettre sa plume au service des idéaux qu’il avait toujours défendus. Il demeura profondément attaché aux valeurs d’unité, de paix et de cohésion sociale, tout en contribuant à préserver la mémoire du combat national. Au-delà de son engagement politique, Hassan Robleh Kayad demeure l’incarnation d’une génération de femmes et d’hommes qui ont sacrifié leur confort, leur liberté et parfois leur vie afin de permettre à Djibouti de devenir une nation souveraine. Son parcours rappelle que l’indépendance n’est pas seulement le fruit d’un événement historique, mais également celui du courage, de la détermination et du dévouement de patriotes convaincus.
Aujourd’hui encore, son nom reste indissociable de la lutte pour la liberté, de la poésie engagée et de l’amour de la patrie. Hassan Robleh Kayad appartient à cette catégorie de bâtisseurs de la nation dont l’histoire mérite d’être préservée, transmise et célébrée.
À travers son œuvre et son engagement, il a laissé une empreinte durable dans l’histoire de notre pays. Son nom demeure associé à l’un des symboles les plus importants du pays, rappelant les sacrifices consentis pour l’indépendance ainsi que les valeurs de courage, de liberté et de patriotisme qui ont marqué cette période décisive de l’histoire nationale.
SOUBER HASSAN / Mohamed Egueh