«Après avoir fait perdre une année cruciale au Sénégal», le Fonds monétaire international (Fmi) s’aligne enfin sur la nécessité d’auditer la dette publique. Une volte-face tardive que le Frapp qualifie d’«aveu», tout en rejetant catégoriquement l’idée de confier cette mission à une multinationale étrangère au détriment de l’expertise nationale.
Le bras de fer autour de la transparence financière prend un nouveau tournant au Sénégal. Lors d’une sortie médiatique ce jeudi 25 juin, la directrice de la communication du Fmi, Julie Kozack, a préconisé la réalisation d’un audit de la dette sénégalaise par un cabinet privé international. Pour le Secrétariat exécutif du Frapp (Front pour une révolution anti-impérialiste populaire et panafricaine), cette déclaration sonne comme une victoire idéologique, mais aussi comme le symbole d’un immense gâchis de temps.
Un an de perdu et un «aveu» tardif
Pour Souleymane Guèye, Délégué général du Frapp, la position actuelle du Fmi est un aveu flagrant de responsabilité. Alors que l’Etat sénégalais a déjà
mandaté le cabinet Forvis Mazars pour passer au crible les anomalies soulevées par la Cour des comptes en février 2025, le Fmi semble découvrir aujourd’hui l’urgence de la situation.
Pendant plus d’un an, l’institution financière internationale a fait traîner le dossier sénégalais. Un immobilisme fermement dénoncé par le Frapp : «une année entière a été sacrifiée alors que les compétences nationales étaient disponi-bles pour commencer ce travail», déplore l’organisation citoyenne. Dès 2025, l’Initiative pour un audit citoyen de la dette -portée par le Frapp, le Cadtm, Legs Africa, des centrales syndicales et des experts de renom comme le Dr Ndongo Samba Sylla- demandait la création d’un comité d’audit indépendant. Leurs correspondances envoyées à la Présidence, à la Primature et à l’Assemblée nationale étaient alors restées sans suite.
Le refus de la sous-traitance internationale
Si le principe de l’audit est désormais acté par le Fmi, les modalités proposées par l’institution de Washington passent très mal auprès des mouvements citoyens. Le Fmi souhaite en effet confier cette mission à une multinationale étrangère, une option jugée coûteuse et aberrante par le Frapp.
Le mouvement rappelle que le Sénégal regorge de profils haute-ment qualifiés -magistrats, univer-sitaires, économistes, experts-comptables et spécialistes des finances publiques- capables de mener à bien cette mission dans l’intérêt exclusif du pays. Payer une firme internationale avec l’argent du contribuable sénégalais pour un travail réalisable localement est perçu comme une énième entorse à la souveraineté nationale.
L’appel à la souveraineté économique
Face à ce qu’il qualifie de «plus grand scandale financier de l’histoire du pays», le Frapp exhorte les autorités sénégalaises à opter pour la voie de la souveraineté. L’organisation demande la mise en place immédiate du comité d’audit citoyen proposé depuis plus d’un an, une solution jugée plus crédible, moins onéreuse et politiquement plus juste.
«Le Peuple sénégalais a le droit de connaître toute la vérité sur sa dette. Cette vérité ne peut être sous-traitée», conclut la déclaration. Reste à savoir si l’Exécutif prêtera l’oreille à ce plaidoyer pour une expertise 100% locale, ou s’il se pliera aux exigences des bailleurs de fonds internationaux.