La militante tchadienne Hindou Oumarou Ibrahim, présente au sommet ChangeNOW, organisé du 30 mars au 1er avril au Grand Palais, à Paris, et dont Jeune Afrique est partenaire, a porté une exigence devenue urgente : que les peuples autochtones cessent d’être de simples observateurs du destin climatique mondial.
Figure majeure des peuples autochtones en Afrique, Hindou Oumarou Ibrahim plaide pour leur plus grande implication dans la protection du climat. « Les peuples autochtones ne sont pas des victimes passives, martèle-t-elle, mais des acteurs de solutions. Ils sont détenteurs de savoirs et de connaissances traditionnelles très riches, incarnées dans leur mode de vie, et connaissent mieux le terrain. »
Cette militante tchadienne des droits des peuples autochtones est aujourd’hui une voix africaine particulièrement écoutée sur les questions de justice climatique. Dans un entretien accordé à Jeune Afrique, elle rappelle une réalité souvent occultée : « Les peuples autochtones protègent près de 80 % de la biodiversité mondiale », alors qu’ils ne représentent que 5 à 6 % de la population mondiale et reçoivent moins de 1 % des financements consacrés au climat. Ce paradoxe, la militante le dénonce depuis plusieurs années.
Une expertise locale portée sur la scène internationale
Dès l’âge de 16 ans, Hindou Oumarou Ibrahim s’investit pour défendre les droits de sa communauté. Elle fonde l’Association des femmes et des peuples autochtones du Tchad (Afpat), avec une approche pragmatique : activités génératrices de revenus, médiation locale et outils innovants comme la cartographie participative en 3D. Cette méthode – qui mêle savoirs traditionnels et connaissances scientifiques – sera intégrée au plan national d’adaptation du Tchad.A lire :
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Cette légitimité de terrain lui ouvre les portes des enceintes internationales. Membre du Comité de coordination des peuples autochtones d’Afrique, du Forum international sur le changement climatique, administratrice de l’ONG Conservation International et membre du conseil du prix Earthshot, elle reste pourtant critique à l’égard du fonctionnement actuel. « Les peuples autochtones ont participé aux négociations climatiques depuis celle de Rio, en 1992. Mais la participation est une chose, la prise de décision en est une autre », insiste-t-elle.
À l’occasion du sommet ChangeNOW, elle appelle également à un changement du système financier afin qu’il s’adapte aux réalités des communautés qui vivent au plus près des écosystèmes. « Sans accès direct des peuples autochtones aux financements et sans reconnaissance politique, il sera difficile d’aboutir à des solutions durables », conclut-elle.
Tchadanthropus-tribune avec Jeune Afrique
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