CONAKRY-Longtemps perçu comme le « fer de lance » des contestations enseignantes, Aboubacar Soumah, adopte aujourd’hui une posture qui tranche avec le passé. Dans un entretien accordé à Africaguinee.com ce lundi, le leader syndical a martelé que l’heure n’est plus à “l’affrontement” systématique, mais à un partenariat stratégique avec l’État.
Loin de l’image du syndicaliste contestataire, Aboubacar Soumah redéfinit la relation entre les travailleurs et l’État-employeur. Pour lui, la grève ne doit pas être un réflexe, mais une option de dernier recours.
« Le gouvernement n’est pas un ennemi. Le syndicat, nous sommes des partenaires. Quand on dit partenaire, c’est-à-dire les gens qui sont dans la même équipe, qui travaillent ensemble, c’est ça. L’étymologie, c’est ça le sens même de ce mot partenaire. Quand vous travaillez ensemble, on dit que les éléments de l’équipe sont des partenaires », a-t-il déclaré ce lundi dans un entretien avec Africaguinee.com.
Il souligne également la fragilité de la position du travailleur face aux réalités économiques, rappelant qu’une grève mal engagée peut se retourner contre celui qui la porte :
« Quand tu déclares la grève à ton employeur, il te sort du travail, il ne te paye pas. Mais il faut avoir des stratégies. Comme c’est l’État, le bien que nous ferons appartient à tout le monde, c’est pour cela. Mais si c’est privé… le patron est capable de te licencier », a averti le syndicaliste.
Ce qui motive ce changement de ton, c’est avant tout la réactivité des autorités actuelles. M. Soumah loue une administration qui, contrairement à la précédente, semble avoir ouvert les “vannes: de la négociation dès les premiers signaux de mécontentement.
Il cite notamment l’exemple du passage de Guillaume Hawing au ministère de l’Enseignement Pré-Universitaire comme un tournant.
« Depuis l’avènement du CNRD au pouvoir, le ministre de l’Enseignement pré-universitaire à l’époque, Guillaume Hawing, a appelé les syndicats, pour dire ceci : Quelles sont vos préoccupations ? Nous avons énuméré nos préoccupations, le gouvernement a commencé à résoudre les préoccupations, à commencer par l’engagement des jeunes contractuels », a-t-il rappelé.
Pour le leader du SLECG, les résultats obtenus entre 2022 et 2024 parlent d’eux-mêmes :
« En 2023, il y a eu une négociation entre le gouvernement et le mouvement syndical. En 2024, il y a eu une négociation entre le gouvernement et le mouvement syndical. Nos préoccupations sont prises en compte. Qu’est-ce que nous voulons ? Qu’est-ce que nous syndicalistes cherchons de plus ? Quand ton patron ou ton employeur te fait appel… On négocie. Qu’est-ce que tu as à faire contre celui-ci ? »
L’ombre d’Alpha Condé
Pour justifier sa position actuelle, Aboubacar Soumah n’hésite pas à remuer des souvenirs douloureux. Il dresse un réquisitoire sévère contre l’ancienne administration, qu’il accuse d’avoir méprisé les travailleurs tout en affichant un train de vie déconnecté des réalités du pays.
« Quand on revendiquait, le gouvernement de Professeur Alpha Condé, disait qu’il n’y avait rien à négocier. Quand vous réclamez, il dit qu’il n’y a rien. Il n’y a pas de négociation. Nous avons suivi ici le premier ministre d’alors [Ibrahima Kassory Fofana]. Quand on avait posé une plateforme revendicative, ils nous ont demandé d’attendre jusqu’à ce que le gouvernement soit mis en place. »
Chez M. Soumah, la frustration de l’époque reste vive, notamment sur la fin de non-recevoir opposée aux revendications salariales :
« Il a dit qu’il n’y aurait pas d’augmentation, ni en 2018, ni en 2019, ni en 2020. Tout le monde l’a entendu, alors que nous les voyions en train de mener une vie ostentatoire », se souvient-il.
Nous y reviendrons
Dansa Camara
Pour Africaguinee.com
Créé le 13 avril 2026 18:55