Bien que la situation alimentaire nationale soit jugée satisfaisante pour 84% de la population, d’importantes disparités persistent. Face aux risques de sécheresse hivernale, à un déficit fourrager marqué et à l’invasion d’oiseaux granivores dans la vallée du fleuve, l’Etat valide un Plan national de réponse d’urgence de plus de 17 milliards de F Cfa pour protéger les ménages vulnérables et le cheptel.
Le dernier Bulletin trimestriel du Système d’alerte précoce (Sap), publié par le Secrétariat technique du Conseil national de sécurité alimentaire (St-Cnsa), affiche une stabilité globale en trompe-l’œil. Si 16, 4 millions de Sénégalais (soit 84% de la population) se trouvent actuellement en situation de sécurité alimentaire minimale, la vulnérabilité s’accentue cruellement dans plusieurs départements de l’intérieur.
Des poches de vulnérabilité critiques
L’analyse du Cadre harmonisé tire la sonnette d’alarme : près de 500 000 personnes basculent dans une insécurité alimentaire sévère (phases 3 et 4). Les régions périphériques sont en première ligne, notamment le département de Salémata où 21% de la population sont en crise, suivi de près par Saraya (14%), Goudiry (14%) et Bambey (14%). Pour ces ménages, le quotidien est marqué par une alimentation insuffisante et l’adoption de stratégies de survie extrêmes qui détériorent gravement leurs moyens d’existence.
Une enveloppe de 12, 5 milliards de F pour l’aide humanitaire
Pour amortir le choc de la période de soudure (juin-juillet-août 2026), l’Etat déploie son Plan national de réponse (Pnr). Ce dispositif d’assistance sans condition, combinant transferts de cash et bons alimentaires, ciblera 836 786 personnes (soit 92 976 ménages). Le coût de cette opération de solidarité humaine s’élève à 12, 55 milliards de F Cfa. Une vigilance absolue est accordée aux zones à haut risque de dégradation comme Bambey, Goudiry et Salémata.
Au-delà de l’aide humanitaire, l’économie rurale fait face à des périls immédiats. D’une part, la situation pastorale est critique : 23 départements sur 42 accusent un bilan fourrager déficitaire, le manque de combustible végétal atteignant même 100% dans des zones comme Louga, Diourbel ou Thiès. Pour sauver le cheptel avant l’installation de l’hivernage, une enveloppe complémentaire de 4, 48 milliards de F Cfa est mobilisée afin de distribuer 21 040 tonnes d’aliments de bétail au profit de plus de 700 000 Unités de bétail tropical (Ubt) dans le Nord et les zones de transit.
D’autre part, la sécurité agricole a été sérieusement menacée dans la vallée du fleuve Sénégal par des invasions massives d’oiseaux granivores (Quelea quelea) à Dagana et Podor. Les interventions aériennes d’urgence de la Direction de la protection des végétaux (Dpv), notamment par l’usage stratégique de drones sur les dortoirs d’oiseaux, ont fort heureusement permis de réduire drastiquement la pression sur les semis de riz en cours de floraison.
L’autre grande source d’inquiétude réside dans le ciel. Les prévisions météorologiques pour l’hivernage 2026 annoncent un démarrage normal à tardif de la saison des pluies sur une grande partie du territoire, potentiellement haché par de longues pauses pluviométriques. Ces séquences sèches font redouter une baisse des rendements agricoles, une prolifération des ravageurs et un tarissement précoce des points d’eau pastoraux.
Face à ces perspectives, le Sap presse le gouvernement d’anticiper en distribuant dès à présent des semences adaptées à cycles courts pour les exploitations familiales et en renforçant les programmes de cultures fourragères. Pour le Conseil national de la sécurité alimentaire, le mot d’ordre reste inchangé : «La sécurité alimentaire, c’est agir maintenant !»