Agé de 91 ans, il a fini sa course terrestre le 6 décembre 2025 à Lomé. Plus de deux mois après avoir été choisi par « Kudesu », la mort, le destin commun de tout être humain, les obsèques d’Emmanuel Yema Gu Konu, éminent universitaire –chercheur dans le domaine de la Géographie, ont eu lieu les 13 et 14 février à Akata-Agamé, une localité située dans la préfecture de Kpélé, dans la Région des Plateaux.
En dehors des salutations d’usage reçues au domicile du défunt situé au quartier Djidjolé à Lomé, la majeure partie du programme des obsèques s’est déroulée à Akata –Agamé, son village natal. Par une veillée de prières et de chants à l’Eglise Evangélique Presbytérienne de la localité suivie du culte d’enterrement le lendemain au même endroit puis de l’inhumation au cimetière familial.
Au sein de la grande foule des compatissants, il y avait une forte présence des chefs traditionnels du canton d’Akata, mais aussi ceux des localités de Kpélé et de Hanyigba. Au –delà, une présence des figures du corps enseignant de l’Université de Lomé, mais aussi celles de l’univers politique et syndicaliste togolais, notamment de Me Joseph Kokou Koffigoh, ancien Premier ministre de la transition et fils de Kpélé –Dafo, Emmanuel Boccovi, 2e Secrétaire de la CDPA BT section France), Norbert Tétévi Gbikpi-Bénissan, enseignant à la retraite, syndicaliste et Coordonnateur national du Parti Démocratique des Travailleurs (Padet), Nathanaël Olympio du Parti des Togolais…
Qui était Emmanuel Yema Gu-Konu ?
Emmanuel Yema est le jeune frère du regretté Kwadzo Gaglo Gerson Gu-Konu, Député Juventiste-sous la 1ère République Togolaise et ancien fonctionnaire du Service Civil International (SCI), décédé le 30 juillet 2006 à Hô au Ghana et inhumé dans ladite localité. Connu sur le plan socio –politique en qualité de Premier Secrétaire de la Convention Démocratique des Peuples Africains –Branche Togolaise (Cdpa-BT), il est un éminent géographe ayant fait ses preuves à l’Université Paris 1-Panthéon Sorbonne en France et occupé le poste de Directeur de l’Office de la Recherche Scientifique et Technique d’Outre-mer devenu Institut de Recherche pour le Développement (Orstom-IRD) à Cotonou au Bénin.
« Guerrier des idées, bâtisseur de consciences et artisan de liberté », il a activement collaboré dans les années soixante avec son compatriote et géographe Hermann Koffi Attignon, passé par la suite à la tête du Village du Bénin (VB) à Lomé et l’écrivain béninois Jean Pliya dans la création du Département de Géographie de l’Institut d’Enseignement Supérieur devenu en 1970 Université du Bénin, plus tard Université de Lomé). A leur actif, la formation d’une kyrielle de géographes.
Enseignant-chercheur, il est l’auteur de nombreuses publications scientifiques entre autres : Tradition et modernité : « La modernisation » agricole face à la mutation rurale en Afrique Noire, l’exemple du Togo en 1983, Tomes 1, 2 et 3, « Entité étatique et développement en Afrique tropicale » en 1986, « Une pratique foncière dans le sud-ouest du Togo : le « dibi-ma-dibi » » en 1986 , « Une géographie africaine, pour quoi faire ? » en 1992 en France….
Au-delà de ses occupations professionnelles, le Pr Emmanuel Yema Gu-Konu laisse dans la mémoire collective, le souvenir d’un « homme politique visionnaire et dévoué à la cause nationale et africaine ». Il est membre fondateur avec Gerson Kwadzo Gu-Konu, Tété Adjalogo Godwin, Isidore Latzoo, Do Ben et Benjamin Johnson en 1988 en terre étrangère dans la clandestinité de la Convention Démocratique des Peuples Africains (Cdpa), originelle, « conçue par les membres fondateurs pour être un parti politique régional ».
Comme cela intervient aussi souvent au sein des partis ou mouvements politiques ; une scission eut lieu entre les membres fondateurs de la CDPA originelle. Au terme d’un congrès statutaire du 1er au 3 mars tenu dans la clandestinité à Koforidua au Ghana, a vu le jour la branche togolaise de la Convention Démocratique des Peuples Africains (Cdpa-BT) avec le Pr Emmanuel Yema Gu-Konu en qualité de Premier Secrétaire.
Pour un homme de conviction qu’il fut, l’universitaire doublé d’un homme politique, a toujours plaidé dans ses actions pour « une politique de vérité, où la fidélité aux principes valait plus que le calcul des intérêts ». La localité d’Akata Agamé se trouve être désormais le dernier refuge du nonagénaire et émérite universitaire, qui sur le plan politique a tant œuvré et prôné pour l’éveil des populations à travers une « formation morale et civique » collective.
Par Ekoué Satchivi