CONAKRY- Entendu ce lundi à la Clinique Pasteur par la chambre des appels de la CRIEF dirigée par le juge Daye Mara, l’ancien Premier ministre guinéen Dr Ibrahima Kassory Fofana a vu son audition interrompue à la suite d’un différend entre le parquet spécial et la défense autour d’une pièce versée au dossier.
À l’issue de cette séance exceptionnelle, les avocats des différentes parties ont livré leurs impressions à la presse.
Une audience interrompue après un ‘’incident de procédure’’
L’avocat de l’Agent judiciaire de l’État, Me Amadou Baben Camara, a expliqué que les débats ont été interrompus à la suite d’un désaccord autour d’une pièce versée au dossier par le parquet spécial.

« Le parquet spécial a commencé à interroger M. Kassory Fofana sur une pièce du dossier. Mais ses avocats ont indiqué ne jamais avoir eu accès à ce document », a-t-il déclaré.
Selon lui, l’affaire a été renvoyée au jeudi 14 mai 2026 afin de permettre aux différentes parties d’échanger les pièces justificatives nécessaires à la poursuite des débats.
« La Cour pourrait être amenée à revenir à l’hôpital pour poursuivre l’audience », a ajouté l’avocat, précisant que malgré son état de santé, l’ancien chef du gouvernement « a pu répondre aux questions qui lui ont été posées ».
Interrogé sur la légitimité du déplacement de la Cour à la Clinique Pasteur, Me Amadou Baben Camara a défendu cette démarche.
« Cela permet de garantir le principe du contradictoire et de donner au prévenu la possibilité de répondre aux accusations formulées contre lui », a soutenu Me Amadou Baben Camara.
L’avocat de la partie civile a également précisé que la pièce litigieuse concernait « un procès-verbal établi par une unité de police judiciaire ayant mené une enquête ». Toutefois, selon lui, Dr Kassory Fofana conteste avoir participé à cet interrogatoire.
La défense salue “un grand pas” de la justice
De son côté, l’avocat de l’ancien Premier ministre, Me Sidiki Bérété, a salué la décision de la Cour de se déplacer jusqu’à l’hôpital, estimant qu’elle permet enfin à son client d’exercer pleinement ses droits à la défense.

« Le fait que la Cour ait eu le courage et l’honnêteté professionnelle de venir à l’hôpital a permis à Kassory de faire face à la justice », a déclaré Me Sidiki Bérété.
L’avocat a insisté sur l’état de santé de son client, affirmant que celui-ci n’était pas en mesure de comparaître physiquement devant la juridiction. « Certains pensaient qu’il refusait de comparaître. Mais son état de santé démontre clairement qu’il ne pouvait pas se présenter devant la Cour », a-t-il affirmé.
Au cours de son intervention, Me Sidiki Bérété a également dénoncé ce qu’il considère comme des irrégularités dans la procédure judiciaire, évoquant notamment l’existence de documents qui, selon lui, n’auraient jamais été débattus contradictoirement.
« Nous avons découvert des pièces qui n’ont jamais été communiquées à la défense, y compris certains rapports d’audit. Même le parquet a reconnu qu’il existait des incohérences dans les documents versés au dossier », a-t-il soutenu.
Des accusations graves contre le parquet spécial
Revenant sur les documents contestés, l’avocat de la défense accuse le parquet spécial de la CRIEF d’avoir introduit de nouvelles pièces dans le dossier afin de renforcer les charges contre son client.
« Le dossier a été alimenté par des documents comme des rapports de l’ORDEF, alors que Kassory n’a jamais été entendu par cette structure. Il n’a jamais eu l’occasion de donner sa version des faits », a dénoncé Me Bérété.
L’avocat estime que ces pratiques portent atteinte au principe du contradictoire et aux droits de la défense. « Le dossier est truffé d’insertions et de rapports inventés de toutes parts pour obtenir une condamnation sans débat contradictoire. C’est extrêmement grave pour une République », a-t-il accusé.
Une nouvelle audience attendue
Selon la défense, la Cour devrait de nouveau se rendre à la Clinique Pasteur afin de poursuivre l’audition de l’ancien Premier ministre. « Le déplacement de la Cour aujourd’hui constitue déjà un grand pas. Mais les débats ne sont pas terminés », a conclu Me Sidiki Bérété.
Dossier à suivre.
Yayé Aïcha Barry
Pour Africaguinee.com
Créé le 11 mai 2026 14:59