LABÉ/MAMOU- Le Foutah, historiquement terre d’élevage, connaît une surenchère autour des animaux à immoler pour la fête de Tabaski. Cette année, le prix d’un bélier ou d’une chèvre varie entre 2 millions (au minimum) et plus de 3 millions de francs guinéens (GNF). Les vendeurs expliquent cette situation par la rareté des bêtes due au recul de l’élevage local. La plupart des animaux sont d’ailleurs importés. Face à ces prix exorbitants, beaucoup de pères de famille rebroussent chemin.
Un doyen dans le commerce du bétail indique que, depuis que deux marchands guinéens sont portés disparus au Mali voisin, beaucoup n’ont plus le courage d’aller s’y approvisionner. Habituellement, une dizaine de camions en provenance du Mali arrivent à l’occasion des fêtes, mais cette année, la situation est bien plus compliquée.

Abdoulaye Bah, vendeur de bétail depuis une dizaine d’années, peine à trouver ses premiers clients à cause de la cherté. Il témoigne: « La raison est due au manque d’élevage chez nous ; les bêtes sont rares car nous avons tourné le dos à la pratique. Les villages sont vides et les chèvres meurent un peu partout en ingérant du caoutchouc. Notre prix de vente de l’année dernière correspond à notre prix de revient de cette année. Le vol de bétail a également un impact. C’est la première fois que nous connaissons de tels prix alors que les animaux sont petits. La tête de chèvre la moins chère se négocie à 2 millions de GNF, et cela peut aller jusqu’à 3 millions et plus », explique le vendeur.
Thierno Mamadou Samba exerce ce métier depuis 20 ans à Dombi. Cette fois-ci, il propose de belles chèvres et de beaux moutons, mais la clientèle s’informe des prix et repart le plus souvent, faute de moyen pour s’arracher une bête à immoler.
« Ce que nous vivons cette année est du jamais-vu. Les éleveurs ont répercuté leurs difficultés sur les prix. Finalement, c’est le citadin qui en fait les frais. C’est ma 20ème année dans ce travail. Vous avez des têtes allant de 2 500 000 GNF à 3 200 000 GNF. Les gens achètent peu ; la majorité demande le prix et fait demi-tour. On sent qu’ils n’ont pas le budget exigé », regrette ce doyen.
Père de famille, Elhadj Mamadou Saïdou Sow est venu acheter un animal. Après une heure dans le parc, il ne trouve toujours pas de bête correspondant à son budget. Il nous a partagé sa peine:

« Vous m’avez vu discuter avec les vendeurs ici. Pratiquement, même avec 2 millions on ne trouve rien. On nous demande 2 500 000 GNF et plus, c’est une réalité. Je ne pense pas que le transport soit la seule raison de cette cherté. Nous sommes au parc du syndicat et les frais de transport n’ont pas augmenté. Le vol impacte beaucoup, de même que les crises dans les pays voisins d’où provient une partie du bétail vendu en Guinée. »
À côté des chèvres et des moutons, des bovins sont également mis en vente. À distance, les vendeurs nous montrent un taureau de moins de 3 ans cédé à 13 millions de GNF. Cela traduit bien la flambée générale des prix sur le marché du bétail.

A Mamou, les marchands de bétail dans l’attente des clients
Contrairement à Labé, les taureaux, les béliers, les vaches et les chèvres abondent au marché à bétail de la ville carrefour. Les musulmans souhaitent s’y approvisionner tranquillement, à condition d’avoir les poches pleines. Les prix varient entre 7 et 10 millions de GNF pour les bœufs, et de 2 à 4 millions pour les moutons et les chèvres. Des tarifs que les clients jugent exorbitants, ce qui freine les ventes massives et inquiète naturellement les vendeurs.

Hamidou Barry, responsable du parc à bétail de Mamou, explique la situation : « On a assez de bétail cette fois-ci. Les éleveurs de Berteya et ceux de Faranah ont bien ravitaillé Mamou. Le problème, c’est la cherté. Les gens n’ont pas d’argent actuellement, ce qui explique la rareté des clients. Ils viennent, mais dès qu’on leur donne nos prix, ils s’en retournent. Rares sont ceux qui achètent en ce moment. Nous avons nous-mêmes acheté les animaux à des prix élevés, donc il nous faut ajouter une petite marge pour tirer un bénéfice. Mais comparativement aux années précédentes, nous n’arrivons pas à gagner grand-chose. Il nous faut revendre beaucoup d’animaux pour gagner un peu. Néanmoins, nous remercions Dieu, car nous recevons tout de même quelques clients. »

Un client rencontré sur place confirme cette tendance haussière qui pèse sur les portefeuilles : « C’est excessivement cher. Les vendeurs doivent comprendre qu’il n’y a pas d’argent actuellement. Quand tu dois acheter un bélier à 3 500 000 GNF alors qu’il faut assurer les autres besoins de la famille, c’est vraiment difficile. J’ai même entendu parler de bœufs à 10 millions de GNF ici. Ce n’est pas tout le monde qui peut s’offrir ces taureaux-là. Dans le passé, on se rendait dans les villages pour acheter ces bêtes à des prix raisonnables. Au parc, autrefois, les prix n’étaient pas fixés en fonction des humeurs ou des relations », témoigne Mody Souleymane Diallo.

Thierno Oumar Tounkara et Habib Samaké
Correspondants régionaux d’Africaguinee.com
En Moyenne Guinée
Créé le 26 mai 2026 20:01