Dans un long communiqué de la Primature, assez édifiant d’ailleurs, on apprenait le mardi 11 novembre 2025 que : « Les discussions de ce mardi ont porté sur les volets sécuritaire, logistique et technique, indispensables au bon déroulement des élections. Elles ont également permis de jeter les bases de la Table sectorielle et de la Table des bailleurs, deux dispositifs destinés à structurer la collaboration entre acteurs nationaux et partenaires internationaux, et à garantir une utilisation efficace des ressources mobilisées. Dans le cadre du renforcement institutionnel, le gouvernement a également initié un vaste programme de régularisation et de formation des partis politiques. À ce jour, plus de 225 d’entre eux ont été dûment enregistrés auprès du Ministère de la Justice et de la Sécurité publique (MJSP). Parallèlement, le CEP a publié un projet de décret électoral, actuellement en consultation avec les acteurs concernés. Le texte définitif, ainsi que le calendrier électoral, devraient être publiés d’ici la fin du mois de novembre, marquant une étape déterminante dans l’organisation des scrutins. Le Premier ministre Fils-Aimé a salué la collaboration entre les institutions nationales et les partenaires internationaux, tout en insistant sur la place centrale du peuple haïtien dans ce processus. La réussite des élections repose avant tout sur la mobilisation citoyenne. »
D’après le chef du gouvernement, cette rencontre de haut niveau devait marquer un tournant dans le processus puisqu’elle consolide le travail de tous les partenaires impliqués.
Avant ledit communiqué, en marge de cette réunion où, pour la première fois, tous les acteurs étaient réunis dans une même salle, le locataire de la Villa d’Accueil laissait entendre que : « Le gouvernement demeure le moteur du processus électoral et l’État haïtien en assure pleinement la souveraineté. »
Le jour même, on apprenait sur le compte X du Secrétaire général de l’OEA, Albert Ramdin, que le lendemain, mercredi 12 novembre 2025, il devrait avoir lieu une énième réunion sur Haïti. Selon l’annonce, tous les acteurs s’intéressant au processus électoral et à la sécurité en Haïti devraient être présents. Puisqu’il s’agit d’une réunion organisée sous le leadership du Groupe de coordination de la feuille de route pour Haïti.
En effet, comme il a été dit le mercredi 12 novembre, ils étaient tous là pour cette rencontre : le fameux Groupe des Éminentes Personnalités de la CARICOM, les Nations-Unies (BINHU), les autorités haïtiennes qu’on invite, en fait, que pour la forme, l’OEA et bien entendu des représentants des États-Unis. A l’issue de la rencontre, pas grand-chose n’a été décidé, sinon la confirmation, sorte de rappel aux 9 membres du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), que leur mandat prendra fin comme prévu le 7 février 2026. Car, d’après le Groupe de coordination de la feuille de route pour Haïti, l’objectif réel de cette réunion était de définir une voie de gouvernance, une fois que le Conseil Présidentiel de Transition aura achevé son mandat en février 2026, et jeter les bases d’élections libres et équitables en 2026.
En réalité, le but de cette rencontre était de mettre la pression sur les membres du CPT et leur faire comprendre qu’ils n’ont aucune chance de rester en place au-delà du 7 février 2026. Il suffit de lire la courte publication du Secrétaire général de l’OEA à la fin de la rencontre pour comprendre qu’en réalité tous ces décideurs étrangers n’avaient rien de nouveau à annoncer sur Haïti.

A la fin de la réunion, Albert Ramdin note sur le compte X de l’OEA que : « Le Groupe de coordination a passé en revue les progrès en matière de sécurité, de gouvernance et de préparatifs électoraux en Haïti. Les discussions ont souligné l’urgence d’une action régionale et internationale coordonnée pour renforcer la sécurité et appuyer la Force de répression des gangs, autorisée par le Conseil de sécurité de l’ONU. Nous avons réaffirmé que le rétablissement de la sécurité est indispensable pour progresser vers une gouvernance légitime et des élections viables. L’OEA a réitéré sa disponibilité à encourager les appuis financiers et en nature aux efforts en Haïti, à fournir une assistance technique ciblée pour les préparatifs électoraux et à poursuivre la coopération sur le projet de carte d’identité nationale. »
Après l’Atelier de formation pour les partis politiques du Nord, c’est le département de l’Artibonite, l’un des plus impactés après l’Ouest par l’insécurité et occupés par des groupes armés, qui a reçu à son tour deux journées de formation pour les dirigeants des partis politiques. C’est à l’initiative du ministère de la Justice et de la Sécurité Publique (MJSP) que ces deux journées ont été réalisées au profit de près d’une centaine de représentants des partis politiques du département. Venus de différentes communes, les participants ont été ravis de profiter de ces deux séances de formation au cours desquelles ils ont pu découvrir les différentes facettes du leadership politique d’une organisation politique. Tous ont reconnu que cet Atelier de formation ne peut qu’être profitable et utile dans le cadre de l’objectif qu’ils se fixent.
Ils reconnaissent d’ailleurs que : « Cette formation a été l’occasion de mettre à jour leurs connaissances sur la gestion interne d’un parti politique, la planification stratégique, ainsi que la préparation concrète des campagnes électorales à venir. Un processus électoral solide dépend d’acteurs politiques bien formés et conscients de leurs responsabilités envers la société » devait avancer Delson Cius, le formateur qui a dirigé cet atelier de formation.
Pour Marckenson Jean-Baptiste, prenant la parole au nom du ministère de la Justice à l’ouverture de ces deux journées de formation, cette initiative s’inscrit parmi les : « Étapes importantes dans les efforts visant à renforcer les connaissances et la discipline parmi les acteurs politiques. »
Deux jours après la rencontre au sommet du gouvernement avec les partenaires internationaux et le jour même de la réunion du Groupe de coordination de la feuille de route pour Haïti de l’OEA, soit le 12 novembre 2026, les responsables du CEP ont annoncé dans un communiqué que 406 exemplaires de l’avant-projet du décret électoral ont été distribués ou téléchargés par les responsables des partis politiques et de la Société civile. « Nous avons enregistré pas mal de recommandations sur l’avant-projet de décret électoral. Une commission va faire la synthèse des remarques et recommandations. Ensuite, l’équipe qui avait préalablement travaillé sur l’avant-projet de décret va faire le tri sur ce qui peut être maintenu ou pas avant d’envoyer au CPT un projet de décret pour publication dans Le Moniteur. Les représentants des partis politiques et des organisations de la société civile ont récupéré 187 exemplaires de l’avant-projet de décret électoral au local du CEP, à Pétion-ville. Parallèlement, 219 exemplaires ont été téléchargés directement via le site web de l’institution électorale. »
En revanche, en dépit que le CEP s’enorgueillisse d’un tel engouement pour l’avant-projet de la part des acteurs politiques, les dirigeants de l’institution n’étaient ni en mesure d’annoncer une date ni de dire quand le calendrier pourrait être publié. Tout le monde s’était donc contenté de l’annonce de la Primature qui disait que : « d’ici la fin du mois de novembre, le décret électoral ainsi que le calendrier électoral seront publiés, deux instruments majeurs dans le cadre de la mise en œuvre du processus électoral. » On est toujours le mercredi 12 novembre au cours duquel une campagne de sensibilisation, de formation et de mobilisation des femmes haïtiennes a été inaugurée par le Conseil Électoral Provisoire à l’hôtel Montana sur le thème : Élections équitables et inclusives.
Ceci comportait un leitmotiv : Pa gen demokrasi sans fanm, une sorte de slogan devant servir justement à mobiliser la gente féminine au cours de ce processus électoral. Plusieurs personnalités du monde institutionnel et politique étaient présentes, notamment Frisnel Joseph, chargé des élections au Conseil Présidentiel de Transition, Jacques Desrosiers, Président du CEP ou encore madame Goretti Ndwayo, Représentante de l’ONU-Femmes. Lors de son intervention, le Président du CEP avait souligné l’importance et l’urgence d’une meilleure inclusion féminine durant cette période électorale. Il insistait sur le quota minimum de 30% de femmes prévu pour tous les postes électifs lors de ces scrutins. « Pour atteindre cet objectif, nous avons décidé de tout mettre en œuvre afin de garantir la présence d’au moins 30 % de femmes à tous les postes électifs. Pa gen demokrasi sans fanm. L’analyse des trois dernières élections législatives révèle une régression continue, tant au niveau du nombre de femmes élues que de la proportion de candidates présentées par les partis et regroupements politiques » devait-il réitérer.
La Conseillère électorale Rose Thérèse Magalie Georges, la représentante du Secteur femmes au Conseil électoral, a quant à elle insisté sur un système de genre inégalitaire. Prenant la parole au nom de cette catégorie sous représentée, selon elle, dans le sphère politique et institutionnelle, Rose Thérèse Magalie Georges pose la problématique d’incompétence trop souvent avancée par certains pour ne pas favoriser les femmes. Elle devait affirmer sous l’œil approbateur du Premier ministre, Alix Didier Fils-Aimé, que : « Les femmes disposent de l’intelligence, de la compétence et de la légitimité nécessaires pour faire de la politique. Malgré le principe du quota d’au moins 30 % dans la vie nationale et les services publics, prévu par l’article 17.1 de la Constitution, la participation des femmes demeure largement insuffisante.
Lors des dernières élections, moins de 10 % des candidats étaient des femmes. Cette sous-représentation n’est pas due à un manque de compétence, mais résulte plutôt d’un système qui continue de produire des inégalités structurelles, sociales et politiques. Pa gen demokrasi san fanm ». Justement, assistant à la cérémonie de lancement de cette campagne en faveur des femmes dans le cadre du processus électoral, le chef du gouvernement n’a pas dit le contraire quand il devait prendre la parole à son tour. Il a appelé les femmes haïtiennes à poursuivre leur engagement tout en saluant l’ONU-Femmes et le CEP pour leur collaboration dans la lutte contre l’exclusion. Alix Didier Fils-Aimé sautait sur l’opportunité pour : « Souligner l’importance de la participation féminine dans la démocratie. Le gouvernement s’est engagé à promouvoir l’équité politique entre les hommes et les femmes. L’avant-projet du décret électoral prévoit jusqu’à trois milliards de gourdes pour encourager la participation des femmes au processus électoral. Déjà, 40 % du personnel du CEP sont des femmes ; un quota de 30 % est exigé sur les listes législatives, et un bonus de 25 % sera accordé aux partis ayant fait élire plus de 50 % de femmes. »
Enfin, la ministre à la Condition féminine et aux Droits de la femme, Pedrica Saint Jean, de son côté, a vu dans cette initiative du gouvernement et du CEP « Une volonté politique claire d’intégrer les femmes au cœur du processus démocratique. La démocratie ne saurait exister sans les femmes. » Et, après avoir exprimé sa préoccupation quant à la faible participation des femmes dans la politique dans le pays, elle n’a point oublié, au moment de conclure, d’inviter les femmes à prendre part aux assises régionales et aux états généraux organisés en collaboration avec le MCFDF, et d’exhorter toutes les organisations féminines à se mobiliser pour que les articles favorables aux droits des femmes soient maintenus dans le décret électoral.
Après toute cette série d’activités et de rencontres relatives au processus électoral entreprise par les autorités gouvernementales et électorales, certains médias, entre autres, le quotidien Le National, ont voulu prendre le pouls de la situation auprès des premiers concernés à savoir les chefs des partis politiques.
Le premier qui a été contacté par le journal est celui du parti MOPOD, Jean André Victor, qui, sans langue de bois, avait affirmé que son parti ne participerait à aucune élection qui serait organisée par le Conseil Présidentiel de Transition. Pour l’agronome Jean André Victor, le MOPOD ne changera pas d’avis : le Conseil Présidentiel de Transition doit partir avant toute chose. Le leader politique disait rester fidèle à sa conviction, rien ne lui fera changer d’avis. Il n’entrera pas dans ce jeu avec un CPT au pouvoir. Ce refrain, à quelques nuances près, se retrouve aussi chez le porte-parole du parti Organisation du Peuple en Lutte (OPL), Dario Siriac, qui confirmait que son organisation avait à ce titre fourni un mémorandum au CEP dans lequel les dirigeants disaient leur préoccupation sur les obstacles structurels qui entraveraient la tenue des élections depuis des années sans rejeter pour autant une participation aux futurs scrutins.
Pour Le National, monsieur Siriac énumère les plus récurrents : insécurité généralisée, crise politique et faiblesse du système électoral. Enfin, il dit que l’OPL a formulé quelques recommandations parmi lesquelles on trouve : « La mise à jour du registre électoral, avec suppression des personnes décédées ou incarcérées. Respect du quota de 30 % de femmes exigé par le CEP, sans pour autant imposer leur présence sous peine de rejet des candidatures, surtout dans les départements où deux candidats doivent être désignés. En outre, établissement d’un seuil de 5 % des voix pour qu’un parti soit maintenu sur la liste électorale, révision à la baisse des frais d’inscription jugés excessifs notamment 250 000 gourdes pour un candidat à la députation et 500 000 gourdes pour le Sénat. » En revanche, pour Emmanuel Menard, ancien Directeur de la TNH (Télévision Nationale d’Haïti), chef du parti Dessalinien et, depuis février 2026, ministre de la Culture et de la Communication du gouvernement de Alix Didier Fils-Aimé, le son de cloche était identique à celui de l’OPL.
En un mot, la réponse c’est non. Menard avait même déclaré au quotidien de Pétion-Ville, comme pratiquement tous les autres leaders politiques, que : « Les conditions ne sont pas réunies pour les élections. Nous prônons une nouvelle gouvernance transitoire. » Sauf que, depuis son entrée dans le cabinet ministériel de Alix Didier Fils-Aimé suite au départ du CPT, le dirigeant du partis Dessalinien devient quasiment silencieux quand qu’il ne fait pas le porte-parole du même Premier ministre et ventant même l’organisation des élections sur le leadership de celui qu’il combattait il y a quelques mois. Ainsi va la politique en Haïti.
(A suivre)
