
CAMEROUN :: PAMOL Lobe Estate : des centaines d’ouvriers sans salaire depuis des mois :: CAMEROON
Des centaines de travailleurs de la PAMOL Lobe Estate, dans la région du Sud-Ouest du Cameroun, n’ont perçu aucune rémunération depuis plusieurs mois. La plantation continue de fonctionner. Les employés continuent de se présenter. Mais aucun franc ne leur a été versé.
Ce témoignage, adressé à la presse indépendante, décrit une situation d’une gravité exceptionnelle. Il ne s’agit pas d’un retard de quelques jours. Ce sont des mois entiers d’arriérés de salaires accumulés, sans réponse de la direction installée à Douala, sans intervention visible des autorités du travail.
PAMOL : un géant agro-industriel sous pression chronique
PAMOL Plantations Plc est l’une des entreprises agro-industrielles les plus importantes du Cameroun anglophone. Fondée sous administration coloniale, elle a été relancée en 1996 après une restructuration de dette impliquant ses créanciers. Son siège social se trouve à Ekondo-Titi, dans la Division du Ndian. La société produit de l’huile de palme et du caoutchouc sur plus de 10 300 hectares.
L’entreprise est partiellement détenue par l’État camerounais. Elle opère sous la tutelle des ministères de l’Agriculture et des Finances. À ce titre, ses travailleurs des plantations relèvent d’un double registre : celui du droit du travail privé et celui de la responsabilité publique.
Les difficultés financières de PAMOL ne sont pas nouvelles. Des rapports antérieurs faisaient déjà état d’arriérés de salaires et de cotisations sociales atteignant plusieurs milliards de FCFA, combinés à une capacité de production tombée à moins de 50 % par rapport aux niveaux historiques.
Pourquoi les salaires ne sont plus versés
Les causes de cette crise salariale au Cameroun sont structurelles. D’un côté, une trésorerie insuffisante pour couvrir la masse salariale mensuelle estimée à environ 900 millions de FCFA pour des entreprises de taille comparable dans le secteur. De l’autre, une gouvernance défaillante dans les entreprises publiques agro-industrielles.
La crise anglophone qui a touché le Nord-Ouest et le Sud-Ouest du Cameroun à partir de 2017 a aggravé la situation de manière dramatique. PAMOL a perdu une large partie de sa main-d’œuvre. La production a chuté. Les recettes ont fondu. Mais les obligations salariales, elles, n’ont pas disparu.
Les plaintes formelles des travailleurs, transmises au bureau principal de Douala, n’ont pas reçu de suite selon les témoignages recueillis. Ce silence institutionnel constitue en lui-même une violation des dispositions du Code du travail camerounais, qui impose des délais stricts pour le règlement des salaires.
Le non-paiement systémique
Le non-paiement des salaires dans des entreprises publiques ou parapubliques suit un schéma connu en Afrique centrale. L’entreprise maintient son activité car la fermeture totale entraînerait des conséquences politiques et sociales immédiates. Mais elle diffère le paiement des arriérés de salaires en priorité basse, renvoyant les travailleurs à une promesse de régularisation future.
Ce mécanisme crée un piège. Les ouvriers ne peuvent pas partir : ils ont construit leur vie sur place, leurs familles dépendent de l’économie locale de la plantation, et leurs alternatives d’emploi dans la région du Ndian sont quasi inexistantes. La direction, elle, bénéficie d’un rapport de force structurel favorable.
Les recours légaux existent théoriquement : inspection du travail, saisine des tribunaux compétents, médiation syndicale. En pratique, dans une zone enclavée et économiquement fragile, ces voies restent inaccessibles pour la majorité des plaignants.
Ce que cette crise révèle et ce qu’elle annonce
Dans les prochains mois, le risque est double : une aggravation des conditions de vie des familles affectées, et une dégradation supplémentaire de l’outil de production si les techniciens, faute de revenus, cessent d’assurer la maintenance des installations.
À plus long terme, PAMOL Lobe Estate se trouve à un carrefour. Soit l’État actionnaire décide d’injecter des ressources pour apurer les dettes salariales et relancer l’entreprise sur des bases saines comme il l’a fait pour d’autres entités parapubliques. Soit le délitement se poursuit, avec un risque de paralysie totale d’une plantation qui représente 90 % de l’économie de la Division du Ndian.
La question du droit du travail Cameroun et de son application réelle dans les zones rurales est également posée. Un État qui revendique la défense du travail formel ne peut laisser subsister des situations de travail forcé déguisé c’est-à-dire un travail effectué sans rémunération sur des mois entiers.
Une voix qui porte une question fondamentale
Le message des travailleurs de PAMOL Lobe Estate est d’une clarté absolue : ils travaillent, ils ont rempli leurs obligations, et ils exigent d’être payés. Ce n’est pas une revendication politique. C’est un droit.
La vraie question, celle qui dérange, est celle-ci : dans un pays où l’État détient des parts dans des dizaines d’entreprises agro-industrielles, qui est garant des salaires quand les comptes sont dans le rouge ? Et jusqu’où les travailleurs camerounais doivent-ils crier pour être entendus ?
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