Vous avez vu comment l’emploi du mot « vraiment » chez les Congolais est compulsif. Il est obsessionnel. Le locuteur de chez nous ne peut pas ne pas s’en passer. Est-ce grave Docteur ?
L’ usage prolifique de l’ adverbe « vraiment » est un pénible tic de langage typique des congolais (y compris Ego) quel que soit, le champ d’intervention (la palabre, la politique…), le statut linguistique (kongo, mbochi, téké, lingala, kituba…)
Il n’existe pas de construction verbale où l’usage du terme incriminé n’est pas mis en branle. On dirait que la pensée, à court d’idées, bat en brèche. L’adverbe, interchangeable, devient le lieu-commun, le lien commun, le mot valise.
C’est vraiment stupéfiant ( c’est le cas de le dire) car cette mode langagière est non seulement virale mais lassante. Le Pouvoir peine à réaliser l’unité nationale et, ce gallicisme le fait avec succès du nord au sud, d’est en ouest. Cet entrisme linguae unit les congolais au moins dans le charabia.
En conclusion : dans la la rhétorique streaming des congolais il y a littéralement abus de langage dont la culpabilité incombe à la chute du niveau intellectuel des Congolais depuis les guerres civiles répétitives dans notre pays (1990). Jugez, qu’ils en sont arrivés à applaudir le monde DGSP qui les brime. Syndrome de Stockholm.
Tarte à la crème
On en met partout. En veux-tu ? En voilà.
Pourquoi ce recours systématique, systémique, sémantique, sémiotique quand il s’agit d’aligner la moindre réflexion ? La locution, relevons-le, n’est pas du français, ce n’est pas du lingala : c’est du frangala. Interchangeable, il est devenu le fourre-tout de la médiocrité cognitive.
Les exemples sont légion dans la rhétorique. Prenons le cas du jugement larmoyant ci-après : « Ba nzéla ébébi. Vraiment il faut que L’Etat a tala likambo oyo. Vraiment to lémbi na ba kondi oyo ! » (L’Etat doit dire son mot) ou dans la complainte : « Ah le pays vraiment… »
L’entrisme de l’adverbe est flagrant.
Qu’est ce que ce substantif vient faire dans cette proposition qui eut été de toute façon intelligible si l’intrus n’avait pas été sollicité ?
L’allitération est une marques de pauvreté du langage et, le Congolais campe un multirécidiviste de l’inesthétique sémantique. L’inflation, la pléthore verbale univoque font du locuteur congolais un ingénieur du simplisme sémiologique.
Des Vraiments on en met à toutes les sauces, de sorte que le locuteur congolais (et même africain) passe pour un prolétaire du vocabulaire créole ou indigène, un misérable de la prose.
Pourquoi cet effondrement ? A mon avis, notre paupérisation est l’articulation d’une métaphore, à savoir : trop parler peut-être nuisible à l’intégrité physique, plaignons-nous beaucoup, mais parlons peu, parlons mal, quitte à passer pour des tonneaux vides.
Car tout cela est en connivence avec la crise de l’instruction scolaire en général.
Que vraiment veut dire Vraiment ?
La définition académique renvoie en principe à une question à un doute.
Exemple l’échange suivant :
Okemba :« Ce film ne m’a pas plu. »
Malonga : « Vraiment ? »
Autre hypothèse. Mbemba : « Marien Ngouabi est mort le vendredi 18 mars 1977 à 14 h 30 à L’Etat-Major. »
Ibombon : « Vraiment ? J’aurai entendu que ça s’était passé à L’hôtel le Mistral. »
Rien de commun avec la fonction larmoyante que l’adverbe connote dans la pensée lambda de l’interlocuteur basique.
« Ba intervention ya marque yina ké Vraiment dangereux. » (entendu chez un locuteur ki tuba)
Loin de moi une critique de la formulation logique.
Il ne demeure pas moins que l’interchangeabilité de la locution adverbiale « Vraiment », relève davantage d’une pathologie de la société congolaise que d’une récession syntaxique. La concomitance de cette novlangue avec le chaos économique du Congo est soit un signe des temps soit alors une consigne de l’intolérance politique.
Ce n’est peut-être pas « vraiment » ça. Mais c’est une hypothèse.
Thierry Oko