
Le numérique s’impose progressivement comme un outil stratégique pour relever les défis du monde rural djiboutien. Face à la rareté de l’eau, aux aléas climatiques et aux contraintes d’accès à l’information technique, le ministère de l’Agriculture, de l’Eau, de la Pêche et des Ressources halieutiques mise désormais sur l’innovation digitale pour renforcer la résilience des producteurs. Réunis hier au Sheraton Hôtel, experts, partenaires techniques et acteurs du secteur agricole ont dressé le bilan du projet pilote BREFONS-Djibouti, une initiative qui ouvre la voie à une modernisation durable du conseil agricole au bénéfice des paysans et éleveurs du pays.

Un atelier de réflexion et de mise à l’échelle des résultats du projet de services agricoles numériques s’est tenu hier au Sheraton Hôtel. Organisés par le ministère de l’Agriculture, de l’Eau, de la Pêche et des Ressources halieutiques, en étroite collaboration avec l’Alliance de biodiversité internationale et le Centre international d’agriculture tropicale (CIAT), les travaux de cette assise consacrent l’aboutissement d’un dur labeur au cours duquel les acteurs du MAEP-RH ont implémenté les outils numériques dans les zones agricoles reculées du pays.
Avec des résultats probants, il sied désormais aux experts et acteurs du département du MAEP-RH de préparer la mise à échelle s’agissant de l’institutionnalisation de services numériques et d’en faire un levier concret de résilience pour les paysans et les éleveurs du pays.
La rencontre, placée sous la férule du ministre du MAEP-RH, a réuni le secrétaire général du ministère, M. Ibrahim Elmi Mohamed, un haut cadre de l’Alliance de la biodiversité international et CIAT, le Dr Issa Ouedrago, les principales institutions du secteur agricole, les partenaires techniques et financiers, ainsi que des producteurs et éleveurs venus des régions pilotes de Tadjourah et d’Ali-Sabieh.
Dans un monde contemporain numérique, la mise en application des services numériques est à même d’améliorer un environnement agricole marqué par la rareté de l’eau, la variabilité climatique.

Dès lors que notre pays fait face à des défis majeurs ayant trait au changement climatique, cette évidence a guidé les travaux du ministère de l’Agriculture, de l’Eau, de la Pêche, de l’Élevage et des Ressources halieutiques.
A la clé, la modernisation du conseil agricole et le renforcement de la résilience des communautés rurales qui constituent parmi les priorités du gouvernement djiboutien.
Des résultats probants qui ouvrent la voie à une transformation durable du monde rural
En déployant en octobre 2025 une initiative pilote, s’inscrivant dans le cadre du vaste projet BREFCON, susceptible de démontrer la pertinence des outils numériques dans la réalité des agricultures Djiboutiennes. Ce principe directeur a conduit à implémenter entre octobre 2025 et avril 2026 une initiative pilote attestant la pertinence du numérique pour atteindre les producteurs Djiboutiens dans leurs réalités quotidiennes. Lesquelles sont marquées par la rareté de l’eau et la variabilité climatique.
C’est du moins l’objectif de la tenue de l’atelier d’hier de réflexion et à la mise à échelle des résultats du projet de services agricoles numériques. Si la restitution des résultats de projet de service numérique s’avère probante L’enjeu sera désormais de préparer la mise à l’échelle, à savoir une appropriation institutionnelle pleine et entière des départements et institutions concernés.
Avant l’entame des travaux de restitution des résultats de cet atelier, le secrétaire général du MAEP-RH et représentant du ministre ,M Ibrahim Elmi Mohamed, s’est d’abord exprimé pour faire prévaloir toute la portée de cette initiative pilote qui consistait à « chercher à voir si les outils numériques pouvaient contribuer, de manière pragmatique, à une partie du déficit que les dispositifs classiques peinent à couvrir ».
À l’entendre, le haut responsable du MAEP-RH : « Les résultats sont à la hauteur de l’effort engagé. Plus de 80 % des producteurs ciblés ont été exposés au dispositif La réponse vocale interactive a atteint un taux d’achèvement des messages de 86 %, indépendamment du niveau d’alphabétisation ou du type de téléphone. Plus des trois quarts des bénéficiaires constatent une amélioration de leur production, et plus de six sur dix ont partagé les contenus reçus avec leur entourage. La portée réelle dépasse donc largement le cercle des inscrits”, a-t-il fait savoir en substance, le secrétaire général.
Le haut représentant de l’alliance de Bioversity International a abondé dans le même sens que le secrétaire général du MAEP-RH, estimant que « cet atelier marque une étape très importante. Nous ne sommes plus uniquement dans une phase d’expérimentation, mais dans une phase de capitalisation, de réflexion stratégique et surtout de projection vers l’avenir ».
S’articulant autour de trois canaux complémentaires, à savoir un système de réponse vocale interactive, des vidéos courtes diffusées via WhatsApp et une chaîne YouTube dédiée au ministère, des contenus pratiques en somali et en afar, sur les préoccupations prioritaires des bénéficiaires en matière de gestion de l’eau, de santé animale, de fertilité des sols et de pratiques de production ont été mis à disposition.
Mieux encore, le canal vocal s’est révélé particulièrement adapté aux profils peu alphabétisés, qui bénéficient ainsi d’un accès au conseil technique jusque-là difficile. Les bénéficiaires se montrent en grande majorité satisfaits du dispositif et souhaitent en pérenniser l’usage.
« Quand le message parle de nos problèmes, on écoute et on applique. » Ce témoignage, recueilli auprès d’un agropasteur de Dafeynatou lors des focus groups, illustre l’accueil réservé aux contenus diffusés en langues locales.
Il est à préciser que quatre orientations structurent les recommandations issues de l’évaluation : l’appropriation pleine du dispositif par le ministère, la consolidation et l’actualisation des contenus, l’inclusion numérique des femmes à travers des partenariats opérationnels, notamment avec l’Union nationale des femmes de Djibouti (UNFD), et la pérennisation financière du système au-delà de la phase pilote.
La poursuite du dialogue avec les opérateurs télécoms et les acteurs de la connectivité rurale accompagnera cette montée en puissance, dans la continuité des engagements pris par le Gouvernement en faveur de l’inclusion numérique du monde rural.
En portant le conseil agricole jusqu’au cœur des territoires les plus enclavés, l’initiative pilote BREFONS-Djibouti illustre la voie tracée par les autorités Djiboutiennes : faire du numérique un levier concret de résilience pour les paysans et les éleveurs du pays.
Sadik Ahmed