KOLDA – Parti de Guinée au début des années 2000 avec la promesse d’un retour imminent, Mamadou Mouctar Kanté avait coupé tout contact avec les siens sans laisser de trace. Vingt-six ans plus tard, alors que sa famille le croyait mort et que son épouse continuait d’élever seule leurs trois enfants, ce natif de Koubia vient d’être retrouvé sain et sauf dans la région de Kolda, au sud du Sénégal. Une réapparition inespérée, rendue possible par la perspicacité d’un marchand guinéen et une courte vidéo diffusée sur les réseaux sociaux. Africaguinee.com lève le voile sur cette incroyable histoire.

Coupé de tout contact avec sa famille restée au village de Kiri (Koubia), près de Pilimini, Mamadou Mouctar Kanté, dit Gaston Mambia, a fait signe de vie à Saré-Yoba, à 26 km du département de Kolda (Sénégal), 26 ans après avoir quitté ses proches. Ses proches l’avaient donné pour mort.
Saré-Yoba est une localité connue pour sa forte campagne de vente et d’achat d’acajou, située dans la région de Kolda, en Haute-Casamance, au sud du Sénégal. L’homme, parti de son village au début des années 2000, est resté toutes ces années sans revenir, et encore moins parler à sa famille. On le croyait mort, faute de nouvelles. Pourtant, à son départ, il n’avait pas seulement laissé sa mère, ses frères et sœurs, mais également sa propre famille : son épouse, Hawa Diallo, et leurs trois enfants. Sa fille est aujourd’hui mariée et mère de trois enfants. L’aîné, un garçon d’une trentaine d’années, vit à Siguiri, tandis que la mère réside désormais à Conakry avec le benjamin, devenu lui aussi un jeune homme.

La famille était désespérée jusqu’à ce que, mardi dernier, elle découvre l’endroit où vit leur proche depuis toutes ces années. Sa femme a confié à Africaguinee qu’il avait promis de partir pour revenir bientôt, une promesse restée sans suite pendant 26 ans, sans le moindre contact.
Reconstitution des faits
C’est à travers une vidéo tournée par un ressortissant guinéen que l’homme se présente comme étant Mouctar Kanté, dit Gaston Mambia, natif de Kiri Diakaabhè, secteur Mambia, préfecture de Koubia, dans la région de Labé, en précisant que ses parents y vivaient. Il y indique avoir quitté son village en l’an 2000 et n’avoir donné aucune nouvelle ni fait aucun retour depuis. Dans cette vidéo filmée par Abdoulaye Bah et publiée par la page Facebook « Lumière Koubia », M. Kanté n’a pas précisé qu’il avait laissé une femme et trois enfants avant son départ. Un détail que la famille, contactée par Africaguinee, a tenu à souligner.
Abdoulaye Bah, à l’origine du rétablissement des liens familiaux
Abdoulaye Bah, marchand guinéen installé dans la région de Kolda, est l’artisan de ce miracle, alors que le désespoir avait gagné tous les proches de Mouctar Kanté. À travers cette courte vidéo où l’intéressé décline son identité et ses origines, la famille a pu retrouver les siens 24 heures plus tard. Il raconte:

« Moi, je fais du commerce dans la région de Kolda, mais pendant la campagne d’acajou, on va vers les lieux de vente et d’achat. Je viens souvent à Saré-Yoba. Ce Monsieur Mouctar Kanté est là-bas, il est restaurateur. Beaucoup de gens mangent chez lui ; il est discret et parle peu. À un moment, je lui ai demandé d’où il venait exactement. Il m’a répondu « Labé, Koubia », puis il a écourté la conversation. À chaque fois que je venais, j’évoquais le sujet. Finalement, il m’a avoué que cela faisait 26 ans qu’il avait quitté son pays et qu’il n’était jamais rentré en Guinée.
J’ai insisté pour qu’on fasse une vidéo afin que ses proches sachent qu’il est en vie. C’est cette année qu’il a accepté, et cela a porté ses fruits grâce à la page “Lumière Koubia”. Ce qui en est ressorti, c’est que sa famille le recherche ; c’est plutôt lui qui est resté isolé sans penser à rentrer. Je suis heureux de savoir que le lien est rétabli aujourd’hui. Il tient une dibiterie et vend également du riz. Il vit seul ici, je n’ai pas remarqué la présence d’une famille autour de lui. L’hospitalité de ces pays voisins fait parfois oublier d’où l’on vient, et les gens s’y installent définitivement. La famille de Monsieur Kanté a promis de venir le voir dans les prochains jours et d’organiser son retour. Hier, son neveu m’a appelé et ils ont pu se parler via mon téléphone. C’est effectivement bien lui. »
On le croyait mort jusqu’à ce que la bonne nouvelle tombe
Pendant que Mouctar Kanté vivait tranquillement au Sénégal, sa famille continuait de faire des sacrifices et des recherches pour avoir de ses nouvelles. Faute de renseignements probants, il était finalement donné pour mort, jusqu’à l’intervention de ce marchand guinéen. Mamadou Saliou Kanté, neveu de Mouctar, savoure cette nouvelle :
« C’est mon oncle paternel, de même père et de même mère que mon père. Nous étions très proches avant son départ. J’avais un peu plus de 20 ans quand il a quitté le pays. […] Nous l’avons cherché pendant toutes ces années. Il y a environ 7 ans, on m’a dit qu’il se trouverait vers Diaobé (Sénégal). J’y suis allé sans le trouver, croyant à une fausse alerte. Nous en avions conclu qu’il était décédé.

Quand j’ai parlé avec lui au téléphone, il m’a reconnu. Ce fut un grand moment d’émotion. Il a demandé des nouvelles de la famille, et j’ai dû lui annoncer que sa mère, mon père et tous ses frères étaient décédés. Nous sommes heureux de le retrouver et de savoir qu’il se porte bien, même s’il était coupé de la famille. Sa femme a refusé de se remarier et vit actuellement à Conakry », explique-t-il.
Hawa Diallo, son épouse : « Il m’avait promis de revenir »
C’est à Conakry que Mamadou Hawa Diallo a appris que son mari avait été retrouvé. Fait marquant, elle n’a jamais accepté de refaire sa vie avec un autre homme, préférant se consacrer à ses enfants.
« On s’était dit qu’il partait pour revenir bientôt, mais ça fait tellement d’années que je ne me souviens même plus de la date exacte. Nous étions au Sénégal ensemble à un moment donné, au carrefour Linkéring. Suite au décès de ma mère en Guinée, nous sommes revenus au village pour les condoléances. Deux jours plus tard, il m’a dit qu’il devait repartir et qu’il reviendrait vite. Depuis ce jour, tous les liens ont été coupés. Pratiquement, il était le seul à savoir où nous trouver, car c’est lui qui nous avait laissés au village. C’était facile pour lui de nous retrouver, mais très compliqué pour nous.
Mon mari est issu d’une famille de 9 enfants, tous les autres sont décédés sauf une sœur à lui. La fillette de 3 ans, Mariam Bhoye Kanté que mon mari a laissé et devenue mère de 3 enfants. Le jeune-frère de ma fille, le benjamin Mamadou Oury avait moins d’un an quand il est parti. Ce dernier est devenu un grand Monsieur ; il est à côté de moi ici. Mon fils ainé Abass Kanté vit à Siguiri ; il est dans la trentaine. Il avait 6 ans au départ de son père. Un moment un frère de mon mari est parti à sa recherche sans succès, ce dernier est décédé quelques années après au village. Mon mari a presque tout perdu derrière lui ».
Une nouvelle accueillie par surprise
« Je vivais mon quotidien quand ma belle-famille m’a annoncé que mon mari avait été retrouvé. J’ai ressenti une grande joie à l’idée que mes enfants connaîtront enfin leur père. On peut pardonner beaucoup de choses pour l’amour de ses enfants, mais c’est difficile d’accepter qu’un mari vous abandonne toutes ces années. Pour la famille, il était déjà mort, faute de traces (…). Il m’arrive des moments d’expliquer à mes enfants comment était leur père, son physique, son teint, faute de photos à ma disposition. Je croise des gens qui demandent si je n’ai pas encore les nouvelles. Donc, pour la famille, il était déjà mort faute de traces qui mène à lui »
« J’ai opté pour l’éducation de mes enfants »
« C’est vrai, on m’a proposé de me remarier, mais j’ai refusé pour me consacrer entièrement à mes trois enfants. Souvent, quand tu te remaries, tes enfants sont mal vus dans ton nouveau foyer, et si tu les laisses derrière toi, ton cœur n’est pas tranquille. Je suis là, s’il rentre, il retrouvera sa femme et ses enfants. Aujourd’hui, ils ont grandi et ont réussi, c’est ma plus belle victoire », a-t-elle souligné.
De telles situations ne sont malheureusement pas des cas isolés. Des milliers de familles sont à la recherche de proches disparus depuis des décennies, vivant dans des villages reculés du Sénégal, de la Gambie, de la Guinée-Bissau ou de la Mauritanie, coupés de tout contact avec leurs racines. Africaguinee.com avait d’ailleurs rapporté récemment le cas d’un homme originaire de Dalein, retrouvé 35 ans après avoir quitté sa famille.
Alpha Ousmane BAH
Pour Africaguinee.com
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Créé le 8 avril 2026 16:54