Après une première journée consacrée à la pose des fondements conceptuels et institutionnels du
contrôle externe, le séminaire de trois (3) jours organisé par la Cour des comptes du Niger est
entré, ce jeudi 25 juin 2026, dans son acte central.
Etaient inscrits au programme de ladite
occurrence, l’examen approfondi des meilleures pratiques d’implication des parties prenantes, le
suivi de travaux en commissions techniques appelés à produire des recommandations
opérationnelles. Une journée charnière, où la réflexion collective a bel et bien cédé la place à
l’action.



En entrée de jeu : capitaliser sur les acquis de la 1ère Journée
La séance s’est ouverte par une plénière de restitution sous la conduite du rapporteur désigné, qui a eu à charge de synthétiser avec rigueur les enseignements de la première journée de travaux.
Cette plage, d’apparence protocolaire, revêt en réalité une portée stratégique car elle a permis
d’assurer la continuité intellectuelle du séminaire, d’aligner les participants sur un socle commun
de connaissances et de donner une trajectoire claire aux travaux du jour. La mémoire collective
du séminaire s’est ainsi construite avant que ne s’engage la réflexion approfondie.
Parties prenantes non institutionnelles : le contrôle s’ouvre à la société
C’est indubitablement la thématique la plus attendue de ce deuxième jour. À la reprise, l’expert
du CREFIAF a pris la parole en plénière pour exposer, avec la profondeur qu’exige la matière, les
meilleures pratiques observées en Afrique francophone et au-delà en matière d’implication des parties prenantes dans le contrôle externe des finances publiques. Au cœur de cette intervention
se trouve l’importance de la place des acteurs non institutionnels (société civile, médias, citoyens)
dans un écosystème de gouvernance trop longtemps confiné dans les cercles de l’administration.

La question posée est fondamentale est de savoir comment une Institution Supérieure de Contrôle
peut-elle cesser d’être un organe se confinant dans la technocraticité de ses rapports, pour devenir
un acteur vivant de la gouvernance, dont les conclusions irriguent réellement les pratiques des
entités contrôlées, des législateurs, des médias et des citoyens ? La littérature internationale sur
les ISC montre que les institutions les plus efficaces sont précisément celles qui ont su édifier des ponts systématiques entre leur production de contrôle et les acteurs susceptibles d’en faire usage.
L’exposé a mis en lumière une conviction désormais ancrée dans les standards internationaux selon laquelle la transparence des ISC n’est pas une posture, c’est une méthode. Elle se traduit concrètement par la publication proactive d’informations clés (mandat, méthodologies, rapports, budgets) et par le développement d’outils de vulgarisation permettant de rendre les travaux de la Cour intelligibles pour le plus grand nombre. Ce faisant, l’ISC ne cède rien de son autorité ; elle
l’assoit sur un fondement plus solide : la confiance publique.
Trois axes ont structuré l’exposé de l’expert du CREFIAF.
Le premier porte sur la communication
institutionnelle des ISC : comment faire en sorte que des rapports d’audit, souvent denses et
techniques, deviennent lisibles et exploitables par des publics non-initiés (décideurs, élus, citoyens
?)
Le deuxième interroge l’effectivité des recommandations : à quelles conditions le Pouvoir
exécutif s’en empare-t-il réellement, plutôt que de les laisser s’ensabler dans les tiroirs de l’administration ?
Le troisième, enfin, concerne l’ouverture des ISC vers la société civile et les médias, que les standards internationaux, au premier rang desquels ceux de l’INTOSAI, reconnaissent désormais comme des relais irremplaçables dans la chaîne de la redevabilité publique. Trois dimensions qui, ensemble, dessinent le contour d’une institution de contrôle véritablement ancrée dans son écosystème.

L’expert a également mis en exergue l’importance d’un partenariat structuré et équilibré entre les
ISC et les Organisations de la Société Civile. Les exemples internationaux évoqués sont éclairants
notamment l’implication directe des citoyens dans les processus d’audit, la mise en place de
mécanismes de dénonciation protégés, la co-construction des priorités de contrôle avec des
représentants de la société civile.
Autant d’expériences qui démontrent que l’engagement des parties prenantes n’est pas un luxe institutionnel, mais un facteur déterminant pour améliorer l’impact des recommandations et soutenir les réformes de gestion publique. Pour la Cour des comptes du Niger, dont la Stratégie d’Implication des Parties Prenantes (IPP) a été officiellement lancée la veille, ces références constituent un répertoire concret de modèles adaptables au contexte nigérien.
Commissions techniques : trois chantiers, une ambition commune
La pertinence véritable de cette deuxième journée s’est mesurée dans l’après-midi, lorsque
l’ensemble des participants se sont dispersés en commissions techniques sous la coordination d’un
membre de la Cour des comptes. Avant la suspension de midi, le Premier Avocat Général près la Cour des comptes avait présenté avec précision la méthodologie des travaux à savoir la
constitution des groupes, les règles de délibération et les formats attendus de production. Un
cadrage déterminant, qui a transformé le passage du format plénier au travail en groupe restreint
en un acte réfléchi, et non en une simple répartition administrative.
Trois commissions ont ainsi tenu leurs travaux de manière simultanée, chacune investissant un
pan de la problématique globale de l’implication des parties prenantes.
La Commission n°1, consacrée au renforcement de la collaboration entre la Cour des comptes et
les entités contrôlées, a mené ses travaux dans un climat de sérénité et de dialogue constructif.
Animés par un engagement patriotique partagé, les participants ont procédé à un diagnostic
approfondi des obstacles actuels dont entre autres l’insuffisance de communication, la
méconnaissance des procédures, le déficit de confiance réciproque entre les contrôleurs et les
contrôlés. Ces échanges ont permis d’identifier des pistes concrètes pour instaurer un cadre de
coopération plus fluide, fondé sur des engagements réciproques et une meilleure compréhension des attentes de chaque partie. Un chantier qui touche à l’âme même du contrôle c’est-à-dire sa légitimité aux yeux de ceux qui en font l’objet.
La Commission n°2, axée sur la communication, la transparence et la redevabilité, a avancé dans
un esprit d’ouverture et de responsabilité collective. Au fil des échanges, la nécessité de
rapprocher la Cour des citoyens s’est imposée comme une évidence grâce à des outils de
vulgarisation adaptés, un partenariat renforcé avec les médias et un dialogue élargi avec la société
civile.

Les participants ont exploré des mécanismes innovants pour rendre les travaux de la Cour plus accessibles et en amplifier l’impact dans le débat public. La question qui a sous-tendu leurs discussions est d’une simplicité désarmante, et pourtant vertigineuse : comment une institution
produit-elle de la confiance ?
La Commission n°3, dédiée à l’appropriation et à la mise en œuvre des recommandations d’audit,
a évolué dans une dynamique constructive marquée par un fort sens du devoir et de l’intérêt
général. C’est peut-être la commission au cœur du problème le plus chronique des ISC africaines
à savoir la recommandation formulée, mais jamais appliquée.
Les participants ont engagé des réflexions approfondies sur les freins à l’application des recommandations (résistances politiques,
manque de suivi, absence de sanction) et sur les leviers permettant d’en améliorer l’efficacité. Les
échanges se sont orientés vers la définition d’outils pratiques et de mécanismes de suivi
susceptibles de garantir des résultats concrets et mesurables.
Ce que cette journée dit de l’ambition de la Cour des comptes
En concentrant sa deuxième journée sur l’implication des parties prenantes, et non sur les seuls aspects techniques du contrôle, la Cour des comptes du Niger envoie un signal politique et
institutionnel clair, celui que la redevabilité publique ne se décrète pas, elle se construit dans le
dialogue, la transparence et l’engagement soutenu des acteurs de l’écosystème de gouvernance.
La dynamique collaborative qui s’est établie tout au long de cette journée s’impose comme un
pilier indispensable pour promouvoir la bonne gouvernance et renforcer la culture de redevabilité
au Niger.
Dans un contexte de refondation de l’État où chaque institution est appelée à redéfinir son rôle et à démontrer sa valeur ajoutée, la Cour des comptes fait le choix de l’ouverture et de la coconstruction. Au-delà des défis liés aux capacités, à la confiance ou aux ressources, ce choix affirme une conviction selon laquelle le contrôle n’est pas une fin en soi, mais un instrument au service d’une gestion publique plus rigoureuse, plus juste et plus responsable devant les citoyens.
Car au fond, c’est bien là l’enjeu véritable de ces trois jours d’échanges que la Cour des comptes
du Niger cesse d’être une institution que l’on craint pour devenir une institution dont on attend les
conclusions. Ce jeudi, les participants ont tenu entre leurs mains les outils pour écrire ce tournant.
Désormais, il appartient aux commissions de transformer l’élan du séminaire en feuille de route
opposable. La réponse sera connue dès demain, lors de la plénière de clôture.
Par Mounkaila ALI (Tam-Tam Infos News)