L’héritier des Lions est prêt à régner sur Rabat. A seulement 20 ans, Mamadou Sarr pourrait passer de l’ombre des remplaçants à la lumière d’une finale de Can. Après sa prestation «monstrueuse» en demi-finale, le défenseur de Strasbourg s’impose comme le candidat naturel pour pallier l’absence du capitaine Kalidou Koulibaly. Une ascension qui ressemble à un passage de témoin historique.
Lors de son baptême du feu dans cette Can, il a eu 23 minutes pour convaincre, après l’expulsion de son capitaine face au Bénin. Bien sûr, le destin d’un joueur bascule parfois sur un claquement de muscle. Mercredi soir, lorsque Kalidou Koulibaly s’écroule à la 23e minute face à l’Egypte, le Sénégal retient son souffle. Le vide laissé par le «ministre de la Défense» semble abyssal. C’est pourtant un jeune homme au visage d’adolescent et au gabarit de colosse (1m 94) qui s’avance : Mamadou Sarr. Lancé sans échauffement dans l’arène face aux Pharaons, le défenseur prêté par Chelsea au Rc Strasbourg a livré une partition d’une propreté chirurgicale. Là où la pression aurait pu faire vaciller un vétéran, Sarr a affiché une sérénité déconcertante. La stat affole les compteurs : 57 passes tentées, 57 réussies. Un 100% de précision dont 16 transmissions dans le camp adverse. A ce niveau de compétition, ce n’est plus de la figuration, c’est une masterclass.
Dans l’intimité du vestiaire, le choc a laissé place à l’admiration. Moussa Niakhaté, son binôme de circonstance, ne tarit pas d’éloges : «Entrer en demi-finale de Can à 20 ans, pour sa 3e sélection, et jouer comme ça… c’est magnifique. Il a fait un match monstrueux. C’est mon frère.» Cette performance redistribue totalement les cartes pour la finale de dimanche. Alors que Abdoulaye Seck, plus expérimenté, mais en manque de rythme dans ce tournoi, semblait être la solution logique, la «hype» Mamadou Sarr a tout balayé. Sa capacité à porter le ballon, sa vitesse de couverture et son calme olympien en font l’arme idéale pour contrer la vivacité des attaquants marocains.
Au-delà du terrain, l’épopée de Mamadou Sarr est celle d’un héritage. Fils de Pape Sarr, milieu infatigable des Lions de 2002, Mamadou est en train de clore une blessure familiale vieille de 24 ans. Son père avait manqué la finale de la Can 2002 à Bamako (perdue face au Cameroun) à cause d’une expulsion. Aujourd’hui, le fils, ancien international espoir français ayant rejoint la Tanière en novembre dernier, a l’occasion de ramener l’or que son père avait effleuré. «Je me prépare. Si c’est moi, j’espère être prêt. Si c’est un autre, j’espère qu’il le sera aussi», glisse-t-il avec cette humilité qui caractérise les grands.
Face au pressing haut que risque d’imposer le Maroc à domicile, le profil de Sarr offre des garanties que le Sénégal n’avait plus : La relance propre, essentielle pour sortir du piège des Lions de l’Atlas, l’allonge défensive, car son gabarit est une arme dissuasive sur les coups de pied arrêtés. Et surtout l’insouciance : là où la pression de Rabat pourrait paralyser certains, Sarr semble jouer avec la légèreté de ceux qui n’ont rien à perdre.
Dimanche, dans l’enfer du Stade Moulay Abdellah, Mamadou Sarr ne sera plus «le fils de» ou «le jeune strasbourgeois». Il sera le dernier rempart d’une Nation en quête de deuxième étoile. La naissance d’un nouveau patron est peut-être à ce prix. Bon sang ne saurait mentir !
Par Woury [email protected]
(Envoyé spécial à Tanger)