Le 5 mai 1992, à Soudou, il ne s’est pas produit une bavure ni un dérapage. Il s’est produit un crime d’État.
Le convoi de Gilchrist Olympio a été délibérément pris pour cible dans une opération militaire planifiée : une charge explosive pour immobiliser, suivie de tirs à l’arme automatique pour achever. Ce type d’attaque ne peut être mené que par des forces entraînées, agissant sur ordre ou avec couverture.
Les faits ont été documentés. Des témoignages concordants existent. Des enquêtes indépendantes, notamment celles de la FIDH, ont clairement mis en cause des éléments des forces armées togolaises. Le nom d’Ernest Gnassingbé, officier au moment des faits et fils du chef de l’État, a été cité comme présent sur les lieux.
Il ne s’agit pas d’allégations vagues. Il s’agit d’éléments graves, précis, persistants, jamais réfutés par une enquête judiciaire crédible.
Le bilan est sans appel : des morts, dont le Dr Marc Messan Atidépé, abattu, des blessés graves, et une tentative manifeste d’élimination d’un opposant politique majeur.
Cela s’appelle un attentat politique. Cela engage la responsabilité du pouvoir.
Depuis, rien. Aucun procès. Aucune mise en accusation. Aucun début de justice. Ce silence n’est pas une faiblesse de l’État : c’est une stratégie. Il protège les auteurs, il verrouille la vérité, il impose l’oubli.
Ce crime n’est pas isolé. Il s’inscrit dans un système mis en place depuis 1967 par Gnassingbé Eyadéma : un pouvoir construit sur la force, maintenu par l’armée, et consolidé par la répression.
En 2005, ce même système organise la succession de Faure Gnassingbé. Le résultat est connu : des violences massives, entre 400 et 500 morts selon les Nations unies. Là encore, aucun responsable n’a été jugé.
Il faut cesser les euphémismes. Le Togo vit sous un régime autoritaire à caractère dynastique, où l’appareil d’État est utilisé pour conserver le pouvoir, y compris par la violence.
Depuis plus de soixante ans, les mêmes mécanismes se répètent : fraude électorale dénoncée, répression des contestations, crimes politiques sans suites judiciaires.
Soudou est une preuve. 2005 est une confirmation.
La question n’est plus de savoir si ces faits ont existé. Ils sont établis. La question est : pourquoi les responsables ne sont-ils jamais poursuivis ?
La réponse est politique.
Parce que le système se protège lui-même.
Parce que ceux qui devraient rendre des comptes détiennent encore le pouvoir.
Mais cela ne peut pas durer indéfiniment.
Les crimes politiques ne disparaissent pas avec le temps. Ils s’accumulent. Ils construisent une dette. Et cette dette finit toujours par être réclamée.
Les responsables de Soudou devront répondre. Devant l’histoire, mais aussi devant la justice, nationale ou internationale.
Ce n’est pas une revendication. C’est une exigence.
Soudou n’est pas un souvenir.
C’est un dossier ouvert.
Par Karl Adadé GABA