Au terme de trois journées de travaux d’une densité intellectuelle et institutionnelle remarquable, le Séminaire d’Implication des Parties Prenantes de la Cour des comptes du Niger a officiellement fermé ses portes ce vendredi 26 juin 2026 à l’hôtel Radisson Blu de Niamey.



Une clôture à la hauteur de l’ambition qui avait présidé à l’ouverture, celle de refonder, de manière méthodique et inclusive, la relation entre la plus haute institution de contrôle des finances publiques du Niger et l’ensemble des acteurs qui gravitent autour d’elle.
Une matinée de restitution : de la réflexion aux propositions concrètes
La dernière journée s’est ouverte par la poursuite et l’achèvement des travaux en commissions, avant que les trois groupes ne restituent successivement leurs conclusions devant l’assemblée plénière. Cet exercice de restitution, moment de vérité de tout séminaire, a révélé la qualité des échanges menés depuis le début de la rencontre, et surtout la volonté des participants de ne pas s’en tenir aux généralités.
La Commission n°1, consacrée au renforcement de la collaboration entre la Cour des comptes et les entités soumises à son contrôle, a tracé la voie vers une transformation profonde des rapports entre les contrôleurs et les contrôlés. Face au constat d’un isolement institutionnel et de déficits de communication récurrents, elle a préconisé la mise en place de mécanismes de dialogue structuré, notamment un comité permanent de relation avec les assujettis, afin que le contrôle ne soit plus vécu comme une irruption redoutée, mais comme un partenariat de performance continu.

La Commission n°2, dédiée à la communication, à la transparence et à la redevabilité, a produit les propositions les plus innovantes de l’ensemble du séminaire. Tirant les leçons d’un constat sans équivoque selon lequel la Cour des comptes demeure trop peu connue du grand public et ses travaux insuffisamment appropriés par les citoyens, elle a suggéré des outils concrets et audacieux comme la création d’un « Presse Club » dédié à la Cour, et l’élaboration de kits pédagogiques en langues nationales, pour que les conclusions des audits atteignent effectivement ceux au nom de qui ils sont conduits. Une ambition qui résume à elle seule la mutation à l’œuvre, celle de faire descendre le contrôle de sa tour d’ivoire technique pour en faire un bien commun.
La Commission n°3, axée sur l’appropriation et la mise en œuvre des recommandations d’audit, s’est attaquée au mal endémique des institutions supérieures de contrôle africaines à savoir la recommandation formulée, enregistrée, puis ignorée. Pour y remédier, elle a plaidé pour des recommandations désormais formulées selon les critères SMART et pour la production systématique de notes de synthèse exploitables par les décideurs, afin que les constats techniques de la Cour se traduisent en réformes réelles et en résultats mesurables pour l’État du Niger.
Clôture : une vision, une institution renouvelée !
C’est dans ce contexte de propositions denses et de dynamique collective affirmée que la Présidente de la Cour des comptes a pris la parole pour clore officiellement le séminaire, devant un parterre de personnalités comprenant le Représentant de la Présidence de la République, le Représentant du Cabinet du Premier Ministre, le Représentant du Président du Conseil Consultatif de la Refondation, les Secrétaires Généraux des ministères, les partenaires techniques et financiers, ainsi que les magistrats et cadres de la Cour.

Son allocution a d’abord posé le cadre normatif de l’ensemble de la démarche. Les travaux du séminaire, a-t-elle rappelé, se sont inscrits dans la vision des normes internationales de l’INTOSAI, et notamment du principe INTOSAI-P-12, le plus exigeant de tous qui consiste en ce qu’une Institution Supérieure de Contrôle n’a de valeur que si elle « fait une différence dans la vie des citoyens ». Cette formule, reprise avec force, sonne comme une boussole pour la Cour des comptes du Niger qui décrète que la performance ne se mesure plus à la pile de rapports produits, mais à l’utilisation effective de ces rapports dans l’amélioration de la gestion publique.
Avec une franchise qui a forcé l’admiration, la Présidente de la Cour des comptes a ensuite dressé un diagnostic lucide et sans complaisance des faiblesses actuelles de l’institution. Visibilité insuffisante, impact variable des recommandations, langage trop technique, dialogue perfectible avec certaines entités contrôlées, ce sont là des constats, assumés publiquement, qui n’ont pas été présentés comme des aveux de faiblesse, mais comme le point de départ d’une transformation résolue. Car reconnaître ses limites avec rigueur, c’est déjà la première forme d’exigence que l’on se fixe à soi-même.
La Présidente de la Cour : architecte d’une institution en mouvement
Au-delà des discours de circonstance, ce séminaire aura mis en lumière la stature et la vision d’une Présidente qui entend faire de la Cour des comptes du Niger une institution de son temps : moderne, accessible, audacieuse dans ses méthodes et rigoureuse dans ses missions. L’organisation de ce séminaire d’implication des parties prenantes n’est pas un acte anodin.

Dans un environnement institutionnel où les réformes se proclament souvent plus qu’elles ne se réalisent, convoquer autour d’une même table les entités contrôlées, les partenaires techniques, les médias, la société civile et les magistrats de la Cour pour travailler ensemble à l’amélioration du contrôle public, c’est poser un acte de gouvernance d’une portée considérable.
Cette démarche s’inscrit en cohérence directe avec les orientations de la Refondation nationale engagée sous le leadership éclairé du Président de la République, Chef de l’État, le Général d’Armée Abdourahamane Tiani, qui place l’orthodoxie dans la gestion des deniers publics et la redevabilité des institutions au cœur du projet de reconstruction de l’État nigérien.
En dotant la Cour des comptes d’une Stratégie d’Implication des Parties Prenantes formalisée, appuyée sur les standards de l’INTOSAI et soutenue par la Banque Africaine de Développement à travers le projet PAMOMISC, la Présidente inscrit son institution dans une trajectoire de modernisation pragmatique, mesurable et irréversible.
Trois jours de séminaire ne refondent pas à eux seuls un système. Mais ils en posent les jalons les plus solides à travers une vision partagée, une méthode commune, des engagements nommés et des outils concrets.
La Cour des comptes du Niger repart de Niamey avec bien plus qu’un rapport de séminaire. Elle repart avec la conviction renouvelée que le contrôle, pour être utile, doit d’abord être compris, et pour être compris, il doit accepter de se mettre à la portée de ceux au nom de qui il s’exerce.
C’est précisément ce tournant que ce séminaire aura permis d’engager. L’histoire de son achèvement s’écrira dans les mois qui viennent, dans les salles de contrôle, les colonnes de la presse, les réunions des entités contrôlées et, in fine, dans la qualité de la gestion publique que les citoyens nigériens pourront constater au quotidien.
Par Mounkaila ALI (Tam-Tam Infos News)