Réunis en Assemblée générale ordinaire ce samedi à Dakar, les professionnels des médias ont plaidé pour un renforcement urgent et massif des ressources du Conseil pour l’observation des règles d’éthique et de déontologie dans les médias (Cored). Face à l’explosion du paysage médiatique, l’instance d’autorégulation avoue naviguer à vue, faute d’outils technologiques, pour traquer les dérives.
«On ne fait pas respecter une discipline de fer avec des outils de fortune.» Le constat dressé par Ibrahima Souleymane Ndiaye, président du tribunal des pairs du Cored, est sans appel : l’instance opère aujourd’hui avec une «minceur alarmante» face à la multiplication des supports d’information au Sénégal. Intervenant devant un parterre de journalistes et en présence du ministre de la Communication, Bacary Sarr, il a rappelé une réalité pragmatique : «L’autorégulation a un coût.» Pour le patron du tribunal des pairs, le sous-financement chronique de la structure paralyse sa mission d’assainissement de la profession. Difficile en effet de sanctionner les manquements déontologiques lorsque l’institution elle-même manque du strict minimum pour travailler.
Le monitorage technologique, le grand maillon faible
Au cœur des doléances, figure le système de surveillance des contenus, quasi inexistant ou obsolète. «Le monitoring est l’œil et l’oreille du Cored. Sans un système de surveillance technologique performant, capable de scanner en temps réel la radio, la télévision, la presse écrite et le cyberespace sénégalais, notre action restera en partie réactive et dépendante des seules plaintes des citoyens», a martelé Ibrahima Souleymane Ndiaye.
Un point de vue largement partagé par Mamadou Thior, le président sortant du Cored. En présentant son rapport moral après sept années à la tête de l’instance (2019-2026), ce dernier a confirmé que si le monitorage régulier a modestement débuté cette année, il demeure le maillon faible de l’organisation, faute de budget. Pour les dirigeants du Cored, doter l’organe d’un outil scientifique n’est pas un luxe, mais un investissement démocratique majeur : «une presse qui s’autorégule mal est une presse qui menace la paix sociale», a prévenu M. Ndiaye, invitant l’Etat à voir cette rallonge budgétaire comme un investissement dans la «salubrité publique».
Face à ce plaidoyer musclé, le ministre de la Communication et des relations avec les institutions, Bacary Sarr, a affirmé «parfaitement comprendre» les besoins de l’instance. Tout en rappelant que la modernisation des médias figure parmi les chantiers prioritaires du gouvernement, le ministre a réitéré l’engagement de l’Etat à assister les entreprises de presse pour qu’elles deviennent viables, tout en permettant aux professionnels d’exercer «dans des conditions dignes».
Cette Assemblée générale a également été marquée par le renouvellement des deux tiers du directoire du Cored pour un mandat de trois ans. Sur les 13 membres que compte la structure, plusieurs figures font leur entrée : Aliou Diouf (Le Soleil) et Migui Marame Ndiaye (Radio Sénégal) intègrent le directoire au titre des journalistes, Omar Dème (7Tv) y représentera les techniciens de l’audiovisuel, Mamadou Amat Niasse siégera pour le Cdeps (éditeurs de presse) et Mamadou Dièye pour le Synpics et l’universitaire Sellé Seck portera la voix du Cesti.
Ce nouveau directoire se réunira dans les prochains jours pour élire son nouveau bureau d’administration, avec la lourde tâche de désigner le successeur de Mamadou Thior à la présidence de l’organe.