Soudain, plusieurs groupes armés s’affrontent dans divers quartiers tels qu’Aral, la rue Germain, Sarthe 40, la Route Neuve, Blanchard, Pierre 6, Fourgy, Terre Noire, Nerette et Malo, au sein de la Plaine du Cul-de-Sac.
Qu’est-ce qui se cache derrière cette nouvelle vague de violence ? C’est la question que se posent bon nombre d’observateurs. Ces actes de violence ont éclaté le dimanche 10 et le lundi 11 mai, contraignant de nombreuses personnes à abandonner leurs quartiers, leurs maisons et leurs effets personnels pour échapper aux balles perdues.
En effet, plusieurs maisons auraient également été touchées par des tirs. Et depuis la nuit du dimanche 10 au lundi 11 mai, hommes, femmes, enfants et personnes âgées ont trouvé refuge devant les locaux du Parc industriel de la SONAPI. Dans les quartiers touchés, les écoles sont fermées et toutes les activités commerciales sont à l’arrêt.

Selon certains résidents, les affrontements entre groupes armés rivaux se multiplient dans plusieurs quartiers de la Plaine du Cul-de-Sac. Des hommes armés affiliés à « Jeff » du groupe Taliban et à « Chen Mechan » auraient lancé une attaque contre le quartier de Duvivier. Mais la raison exacte de ces combats demeure la question essentielle à laquelle la population souhaiterait obtenir une réponse. Je ne crois pas, en effet, qu’ils se soient mis à s’entre-tuer sans aucun motif. On pourrait certes y voir l’œuvre d’un fou, mais quel est le véritable catalyseur de cette guerre ouverte ?
Ce mardi, d’ailleurs, la peur reste vive dans plusieurs secteurs de la Plaine du Cul-de-Sac. Devant la SONAPI et à Carrefour 3 Mains, les personnes déplacées continuent d’affluer, en quête de protection et d’assistance humanitaire.
Le danger est tellement inouï que même la clinique médicale « Partners in Development », située près de Damiens, a dû fermer ses portes pour la première fois, alors même que des gens faisaient la queue à l’extérieur, nécessitant des soins pour des blessures par balle. Médecins Sans Frontières (MSF) également est contrainte de suspendre ses activités à Cité Soleil, l’hôpital étant débordé par des patients dans un état critique, dont plus de 40 blessés par balle. De plus, MSF ne dispose pas des moyens adéquats pour garantir la sécurité des patients et de son personnel médical.

D’aucuns affirment que, depuis l’assassinat de « Bébé », un chef important du gang de Village La Renaissance, survenu en mars 2026 dernier, la Plaine a sombré dans cette spirale de violence sans précédent. C’est « Champion », un autre chef de gang du secteur, qui a assassiné Bébé. La mort de ce dernier a laissé un vide, immédiatement comblé par une guerre de succession et de territoire. Trois jours après cet incident, Jeff, du groupe « Taliban », a lancé une offensive pour reprendre le contrôle du village. Cet événement a déclenché un conflit ouvert entre ces deux groupes armés.
D’autres soutiennent qu’il s’agit là d’une lutte visant à déterminer quel secteur contrôlera le poste de péage de Carrefour Duvivier.
Mais l’information la plus significative, émanant d’une source bien informée, est la suivante : dans son bulletin daté du 10 mai 2026, l’OCHA (Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies) estime que 70 % de la population de la plaine est directement touchée par les combats, souffrant de pénuries alimentaires ainsi que d’une recrudescence des violences sexuelles.
L’OCHA, qui coordonne le plan d’intervention d’urgence 2026 pour Haïti, a prévu de débloquer une somme d’environ 127 millions de dollars américains sur une période de six mois afin de répondre à l’urgence humanitaire en Haïti, et plus particulièrement dans la zone métropolitaine, situation aggravée par la violence des gangs et l’insécurité alimentaire.
Ces fonds doivent être alloués aux domaines suivants :
– aide alimentaire d’urgence ;
– soins de santé (traumatismes liés à la guerre et à la violence) ;
– hébergement temporaire pour les personnes déplacées ;
– protection des civils (en particulier les femmes et les enfants).
Des milliers de déplacés hommes, femmes et enfants sont abandonnés à Carrefour 3 Mains. Toutefois, de nombreux observateurs locaux se demandent si cette guerre déclarée ne constitue pas une manœuvre soigneusement calculée par certains dirigeants d’ONG pour canaliser ces fonds vers leurs propres zones d’intervention. Les projets humanitaires ne seraient-ils pas, bien souvent, les garants de la violence dans certaines parties du pays, au profit d’un secteur ou d’une « main invisible » ?
