C’est dans une Salle des fêtes d’Akwa ce lundi 04 mai 2026, chargée d’émotion et de recueillement que le Dr Muna Ékanè a pris la parole devant les représentants de la presse.
Fils du défunt, il avait pour mission d’annoncer le programme des obsèques de son père, Anicet Ékanè, figure emblématique de l’opposition camerounaise, décédé le 1er décembre 2025 dans des circonstances que la famille et ses proches ne cessent de dénoncer. Mais avant d’égrener les dates et les lieux, Dr Muna Ékanè a d’abord rendu hommage à un père, à un combattant, à un pan entier de l’histoire politique du Cameroun.
Car l’homme arraché, ne l’est pas seulement à sa famille. Dans un discours solennel et visiblement préparé avec soin, le Dr Muna Ékanè a rappelé les conditions dans lesquelles son père a perdu la vie. Arrêté arbitrairement le 24 octobre, transféré entravé et cagoulé, Anicet Ékanè aurait succombé dans les locaux du Secrétariat d’État à la Défense à Yaoundé, où il était maintenu dans des conditions jugées indignes. « Le temps semble s’être suspendu depuis que la nouvelle est tombée », a-t-il dit, avant de souligner que le deuil qui frappe la famille Ékanè est aussi celui d’une nation tout entière. Pour le Dr Muna Ékanè, son père n’était pas un homme de demi-mesures ni de compromissions faciles. Il le décrit comme un roc, une boussole morale et politique qui, même dans les tempêtes les plus violentes, a toujours indiqué « le nord de la dignité et de la souveraineté ».
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Quarante ans de vie publique sans jamais changer de camp — celui du peuple — résument selon lui l’essence d’Anicet Ékanè. Puisant dans l’héritage de l’Union des Populations du Cameroun et dans les traces laissées par Ruben Um Nyobè, Félix Moumié ou Ernest Ouandié, Anicet Ékanè avait fait de l’engagement politique un sacerdoce, non une carrière. À travers le MANIDEM, il avait structuré la contestation comme un outil pédagogique au service du peuple, convaincu que la liberté ne se donne pas mais s’arrache par la constance et l’éducation.
Quatre temps pour un dernier hommage
Après cet hommage vibrant, le fils a détaillé le programme mémoriel retenu par un comité d’organisation multidisciplinaire, associant patriarches de la famille, compagnons politiques et autorités traditionnelles.
Les obsèques se dérouleront en quatre étapes. Dès ce mercredi 06 mai 2026 au soir à 19h30, la salle des fêtes d’Akwa accueillera le temps du partage et de la solidarité — ouverture officielle du deuil, présentation des condoléances et recueillement collectif.
Le jeudi, au même endroit et à la même heure, une soirée d’hommage politique permettra de célébrer les convictions et les combats du défunt.
Le vendredi, le cortège se déplacera à Bomono Gare pour une soirée culturelle placée sous le signe des traditions, des chants et des témoignages du terroir.
Le samedi marquera le point culminant des cérémonies. Dès 7h00, la mise en bière sera effectuée à l’Hôpital Laquintinie, suivie de la levée du corps. Une procession solennelle traversera ensuite les artères de Douala avant de rejoindre Bomono Gare, où, à partir de 11h00, se tiendront les cérémonies funéraires et l’inhumation selon les us et coutumes.
En clôturant son discours, le Dr Muna Ékanè a adressé un appel solennel à la nation, transcendant les clivages politiques, ethniques et religieux. Il a invité les Camerounais à se mobiliser non pas seulement pour pleurer, mais pour témoigner et porter l’héritage de son père. S’adressant directement au défunt, il a conclu avec une émotion à peine contenue : « Papa, tu as combattu le bon combat. Tu n’as jamais baissé les bras. Tu nous laisses un chemin tracé, un chemin de ronces mais un chemin de lumière. Repose-toi maintenant, guerrier de l’esprit. »