Il existe un mouvement encore à l’état embryonnaire né de diverses réflexions sur la réalité haïtienne, mais qui progresse lentement vers la voie qui lui est destinée. Il n’a ni chef unique ni leader ; il se compose plutôt de nombreux éléments exprimant leurs préoccupations sur des acteurs qui, sans aucun doute, commencent à saisir la nature de la conspiration ou du piège dans lequel le pays s’enfonce sous l’influence résolument politique de l’impérialisme américain. À bien y réfléchir, cela constitue en soi un pas considérable. C’est déjà une immense réussite d’être témoin de la mobilisation pacifique de tant de jeunes sur les réseaux sociaux. Cela témoigne également l’émergence d’une nouvelle mentalité de la lutte du peuple haïtien. L’objectif est de lancer un vaste mouvement contre l’interdiction imposée depuis le mois de novembre 2024 par la Fédéral Aviation Administration (FAA) des États-Unis interdisant aux compagnies aériennes américaines d’opérer dans l’espace aérien haïtien.
Depuis cette date, l’aéroport international de Port-au-Prince est fermé à tous les vols commerciaux, ne s’ouvrant que lorsque le gouvernement américain en requiert l’usage pour ses propres opérations. Il est important de savoir que quatre des principaux pays: les États-Unis, la France, le Canada y compris d’ailleurs, la République dominicaine ont annoncé que leurs avions commerciaux ne desserviraient plus Port-au-Prince jusqu’à ce que la situation sécuritaire au tour de l’aéroport redevienne à la normale. À en juger par leur conduite, on pourrait être amené à croire qu’ils sont les véritables propriétaires du pays. Toutefois, la mobilisation nationale et internationale actuellement en cours visant à obtenir la réouverture inconditionnelle de l’aéroport international de Port-au-Prince est indispensable et impérative.
Par ailleurs, l’une des revendications clés de cette mobilisation est que l’aéroport de la capitale ne doit en aucun cas être transformé en une base militaire américaine. Nous ne pouvons contraindre aucune nation à entretenir des relations commerciales ou toute autre forme d’interaction avec nous ; inversement, elles ne peuvent non plus bafouer nos droits en fermant notre aéroport à leur guise allant même, de fait, jusqu’à intimider ou empêcher d’autres nations d’y atterrir. Ce que ces pays, notamment les Etats-Unis imposent à Haïti ne constitue rien de moins qu’un blocus aérien et économique. Et l’État haïtien qui est à leur botte est incarné par des individus corrompus issus d’une classe politique antinationale, placés au pouvoir qui ne disent pas un mot à leurs maîtres.
De plus, sur ce même site aéroportuaire, les États-Unis ont construit une vaste base militaire destinée aux forces des Nations-Unies, l’organisation internationale que l’empire utilise depuis plus de vingt ans soi-disant pour stabiliser le pays et désormais, feindre de combattre les gangs. Telle, en vérité, n’a jamais été la véritable raison de leur présence sur le sol haïtien. C’est pourquoi leur imposture ne saurait produire aucun résultat sauf d’augmenter la cohorte de mercenaires de la classe politique traditionnelle qui dirige le pays comme une entreprise privée. Nous devrions, tant qu’il en est encore temps, accélérer cette grande mobilisation visant à obtenir la réouverture de l’aéroport Toussaint Louverture et montrer au monde que le peuple haïtien sans aucune ingérence peut diriger sa destinée. La seule force véritablement puissante est celle du peuple, seule capable d’arrêter l’hémorragie politique qui ne fait que plonger le pays dans le coma.
Que le peuple saisisse également cette occasion pour démystifier les mythes entourant le blocage de certains grands axes routiers. Que soient débloquées toutes les routes nationales que l’État et la bourgeoisie compradore instrumentalisent pour asphyxier l’agriculture nationale et entraver par la même occasion l’acheminement des produits locaux issus de la paysannerie et privant ainsi les denrées l’accès aux marchés populaires, plus abordables pour les plus démunis. De fait, la grande majorité de la population se trouve contrainte de se rabattre sur les supermarchés, puisqu’il n’existe aucun circuit de distribution pour les marchandises des pauvres, mais uniquement pour les grandes chaînes de distribution ne s’adressant qu’à la classe aisée. Ce n’est pas exagéré d’affirmer que l’impérialisme cherche à aggraver la situation afin de provoquer de nouvelles catastrophes, s’assurant ainsi qu’Haïti serve de modèle ou de vitrine à sa politique de déstabilisation et à l’exploitation. C’est intolérable !
Ainsi, nous devons organiser la lutte, en commençant par dénoncer le gouvernement de facto haïtien ainsi que ses parrains : les grandes puissances capitalistes. Par ailleurs, au sein même de l’État haïtien, il existe une forte faction néo-colonisée, d’éléments marginaux et déclassés, qui se montrent « plus royaliste que le roi ». Et ce n’est pas sans raison que même la construction du canal d’irrigation « KPK du Peuple » à Ouanaminthe a été réalisée au mépris de cette classe dirigeante haïtienne. Pourtant sans le soutien de ces oligarques, il existe de nombreuses autres revendications que nous souhaitons porter, telles que le droit de commercialiser les produits de notre pays comme les mangues haïtiennes qui font actuellement l’objet d’un embargo américain. Haïti n’est pas en guerre, pourquoi dès lors, son plus grand aéroport demeure-t-il fermé ?
Gloire et victoire au peuple iranien qui vient tout juste de rouvrir l’ensemble de ses aéroports. Anathème aux gouvernements étatsuniens et ses valets haïtiens qui appliquent scrupuleusement les décisions dans le but évident de liquider ceux qui refusent de plier aux desseins de la stratégie impérialiste. Si nous ne faisons pas entendre notre voix dès maintenant, peuple opprimé afin de balayer ces agents stipendiés au pouvoir, il sera peut-être trop tard demain. Cette mobilisation, annoncée pour la grande journée internationale des travailleurs le 1er mai prochain a trouvé un écho dans chaque fibre des idéaux qui animent le journal Haïti Liberté. Depuis longtemps, nous appelons de nos vœux à un tel éveil de conscience patriotique auprès de la majorité des haïtiens et ce, qu’ils résident au pays ou à l’étranger.
Notre rôle étant de nous tenir aux côtés des masses populaires dans leurs revendications, voilà pourquoi, cette initiative s’inscrit dans la continuité de notre travail de soutien aux masses et, surtout, de promotion de l’action idéologique anti-impérialiste. Washington doit être vaincu en Haïti. Organisons-nous pour lutter contre l’interdiction des vols commerciaux américains vers notre pays et briser les chaînes de la domination impérialiste. Il est temps que les tenants du vieil ordre anachronique laissent le pays en paix et ce peuple héroïque, symbole de résilience et d’espoir. Le peuple haïtien tout entier exige la réouverture immédiate de l’aéroport international Toussaint Louverture de Port-au-Prince ! Non au blocus aérien d’Haïti !

