
Le dimanche 19 avril 2026, pour la première fois dans le cadre du programme « Lead or to Be Led» du DERE Institute, dédié à la jeunesse, le Secrétariat général du Gouvernement, l’une des plus anciennes institutions de la République de Djibouti et l’un des organes centraux dans la production normative nationale, a ouvert ses portes à une délégation de jeunes Djiboutiens. Ce qui aurait pu s’apparenter à une simple visite de courtoisie s’est rapidement transformé en bien davantage, car il ne s’agissait pas d’une simple visite protocolaire, mais d’une véritable invitation au dialogue, au partage d’expériences et à la transmission. Une rencontre pensée comme une passerelle entre le passé et l’avenir, entre l’expérience institutionnelle et les attentes d’une jeunesse engagée, dans un esprit d’échange exigeant, lucide et résolument tourné vers l’avenir.

Longtemps perçue comme une institution discrète et calfeutrée au cœur de l’appareil d’État, les cadres du Secrétariat général du Gouvernement, réputés pour leur rigueur, leur technicité et leur niveau d’exigence, ont partagé leurs connaissances avec deux cohortes de jeunes, et sont ainsi sortis de leur réserve. À travers ces échanges, c’est un tournant et un nouveau visage qui s’affirment, une nouvelle posture, avec une institution plus que centenaire désormais plus ouverte, plus pédagogique, consciente que la modernisation de l’action publique ne peut se faire sans l’implication des nouvelles générations. Comme l’ont souligné les responsables : « L’administration ne parle plus seulement au public ; elle s’adresse désormais à sa jeunesse comme à un acteur important de sa propre transformation. »
Une institution en pleine révolution numérique
Ce sont des équipes du Secrétariat général du Gouvernement (SGG), confiantes et sereines, qui se sont livrées aux jeunes participants. Confiantes, car l’institution sort renforcée et grandie du Forum africain des Journaux officiels (octobre 2025), où elle a su affirmer ses ambitions d’échange et de partage d’expérience au niveau continental en matière de gouvernance juridique et de souveraineté documentaire.

Lucide également, car le SGG sait que sa modernisation ne pourra être durable que si elle est pleinement appropriée par la nouvelle génération montante. Cette transformation ne se limite pas à une évolution technique ; elle implique un changement de culture administrative, fondé sur l’innovation, la transparence et la transmission.
Au cœur des échanges : le chantier structurant du Journal officiel électronique (eJO), véritable pivot de la modernisation de la diffusion du droit, l’introduction encadrée de l’intelligence artificielle dans les processus de légistique, ainsi que la préservation et la valorisation de 126 ans d’histoire juridique, représentant plus de 90 000 textes numérisés.
Face aux jeunes, les équipes du SGG ont exposé leurs défis avec franchise : la question de la valeur juridique du eJO en l’absence d’une base légale explicite, le risque que l’intelligence artificielle produise des « hallucinations juridiques » susceptibles d’altérer la qualité normative, ou encore les enjeux de souveraineté et de sécurisation des données dans l’utilisation d’outils numériques externes.
La commande publique au cœur de la transparence de l’action publique
Dans le prolongement de ces échanges, le Secrétariat technique de la Commission nationale des marchés publics (CNMP) a également présenté aux jeunes participants du DERE Institute les éléments de la régulation de la commande publique, maillon essentiel du dispositif de gouvernance et de transparence de l’action publique, au cœur de la gestion des ressources de l’État.
À travers cette présentation, les participants ont pu mieux comprendre les mécanismes qui encadrent les marchés publics, depuis leur passation jusqu’à leur exécution, mais aussi mieux appréhender les exigences qui fondent un système crédible, équitable et conforme aux principes de bonne gouvernance. Cette immersion leur a permis de mesurer concrètement l’importance des règles qui garantissent la transparence des procédures, l’égalité d’accès à la commande publique et la traçabilité des décisions.
Pour ces jeunes, cette séquence a constitué bien plus qu’un apport théorique. Elle a permis de rapprocher les principes de gouvernance publique des réalités opérationnelles de l’État, en mettant en lumière le rôle structurant de la commande publique dans le développement économique et institutionnel du pays.
Réputée pour son rôle central dans la sécurisation des processus et le respect des règles de concurrence, la CNMP s’impose comme un acteur déterminant dans la prévention des risques de dérives, notamment en matière de mauvaise gestion ou de pratiques contraires à l’éthique publique. Elle contribue, à ce titre, au renforcement de la confiance entre l’administration, les opérateurs économiques et les citoyens.
Dans la continuité de la dynamique engagée par le Secrétariat général du Gouvernement, la CNMP s’inscrit, elle aussi, dans une logique de modernisation, marquée par la digitalisation progressive des procédures et le développement du portail électronique des marchés publics. Cette transformation vise à simplifier les démarches, améliorer l’accès à l’information et renforcer l’efficacité globale du système. Elle ouvre également la voie à une appropriation progressive de ces outils par la nouvelle génération, en facilitant leur compréhension des mécanismes de la commande publique et en les préparant à en devenir des acteurs à part entière.
Une évolution nécessaire, qui fait écho aux attentes de cette nouvelle génération, de plus en plus attentive aux enjeux de transparence, de responsabilité et de modernisation de l’action publique.
Les archives : la mémoire vive de la nation
Enfin, un dernier sujet, tout aussi stratégique, a captivé l’attention des jeunes participants : la préservation des archives nationales. Le Secrétariat général du Gouvernement (SGG), en partenariat avec le ministère de la Jeunesse et de la Culture, a mené et continue de mener un combat contre le temps à travers un programme d’archivage d’une ampleur inédite à Djibouti, visant à préserver, structurer et valoriser le patrimoine documentaire national.
Pourquoi les archives sont-elles si cruciales ? Parce qu’elles ne sont pas de simples documents du passé. Elles constituent la mémoire vive de la nation, le socle sur lequel se construit l’État de droit et se consolide la continuité de l’action publique. Elles garantissent la traçabilité des décisions, sécurisent les actes juridiques et assurent la protection des droits des citoyens. Sans archives fiables, il ne peut y avoir ni continuité juridique, ni transparence administrative, ni sécurité institutionnelle.
À travers cette présentation, les jeunes ont pris conscience du rôle fondamental des archives dans le fonctionnement de l’État, mais aussi de leur importance dans la transmission de l’histoire nationale aux générations futures. Cette séquence a permis de replacer la mémoire au cœur de la modernisation administrative, en montrant que l’innovation ne peut se construire sans la préservation du passé.
Dans cette dynamique, la nouvelle génération est appelée à s’approprier ces enjeux, à comprendre la valeur stratégique des archives et à contribuerà leur préservation et à leur valorisation, notamment à travers les outils numériques et les nouvelles pratiques de gestion documentaire. Les jeunes ont eu ainsi l’immense privilège d’une visite privée des archives de la Présidence avec la cheffe de département, Mme Farah Yacin.
Une immersion qui ouvre la voie
À l’issue de cette rencontre, le message du Secrétariat général du Gouvernement a remercié le DERE Institute pour cette initiative et a rappelé que la modernisation de l’action publique passe par la transmission et l’implication des nouvelles générations. Les jeunes repartent non seulement avec une meilleure compréhension des rouages de l’État, mais aussi avec la conviction qu’ils ont un rôle à jouer dans la préservation de la mémoire nationale et l’amélioration de la qualité normative.
Le Secrétaire Général du gouvernement a tenu à rappeler sa disponibilité ainsi que celle de ses équipes pour ces séances d’immersion au profit de la jeunesse djiboutienne et a souligné que, d’ores et déjà, les rendez-vous sont pris pour les prochaines cohortes de mai, juillet et septembre 2026. Il a enfin souhaité bonne chance aux groupes de jeunes pour leurs premières confrontations argumentées du 25 avril 2026, articulées autour de thématiques inspirantes telles que «La culture est une valeur universelle » et « Analyser, c’est s’appuyer sur des faits, pas sur une opinion ».