« Oh ! qui que vous soyez, qui voulez être maîtres,
Je vous plains. Vils, méchants, féroces, lâches, traîtres,
Vous périrez par ceux que vous croyez tenir.
Le présent est l’enclume où se fait l’avenir.
L’araignée est plus tard prise en ses propres toiles (…) »
V. Hugo cité par l’écrivain Dibakana Mankessi
C’est au Stade de la Concorde à Kintélé-Brazzaville, (éléphant blanc parmi d’autres), que Sassou compte s’auto-légitimer ce 16 avril 2026. L’Empereur a réalisé le score faramineux de 94 % (pour ne pas dire 100%). Kintélé attend une foule immense de figurants rémunérés.
Cependant, la plèbe, pas si bête, possède une mémoire, justement… d’éléphant. L’oubli n’est pas son moindre défaut.
La foule qui aujourd’hui acclame le Roi vivant denisien sera la même qui va conspuer le Roi mort le moment venu. Ca s’appelle « retournement de stigmate ».
Notre analyste Benjamin Bitadys Bilombot ironise sur cette facétie bouffonne en perspective :
« En attendant le sacre à la Jean Bédel Bokassa la couronne en or sertie de diamant en moins, programmé pour le 16 avril 2026 au stade/complexe sportif de Kintélé, orchestré par Ninelle Sassou et Joujou Sassou, le khalife d’Oyo, Denis Sassou Nguesso croule sous les félicitations des grands de ce monde, de Vladimir Poutine à Emmanuel Macron en passant par Xi Jimping. Denis Sassou Nguesso marche sur l’eau. » ( Congopage, 2 avril 2026 L’Ego de Sassou)
A ce propos, Sassou n’a pas de souci. Il semble à l’aise malgré le grotesque carnavalesque qui caractérise le projet loufoque. Pour reprendre les notions du néo-éthologue Michel Onfray, Sassou assume le titre de mâle dominant. Orang-outan, il a toujours contrôlé et ravi les femelles des autres membres de la tribu en légitime leader de la troupe. Pensez au rapt d’Antoinette Kader. Son rôle de grand singe qui attend allégeance de la troupe, le primate l’exerce à merveille. Quiconque s’insurge est banni de la tribu. Jean-Marie Mokoko et Okombi Salissa en savent quelque chose. « Gare au gorille ! » prévient G. Brassens.
Splendeurs et misères
L’histoire politique regorge de récits d’affaiblissements des pouvoirs destructurés et de coups de pied du peuple au cul du monarque, mâle dominant qu’on a adulé au présent qu’on a ensuite trainé dans la boue. Au passage Mobutu Kuku Mbezo wa za Banga signifie, « coq du poulailler qui s’occupe de toute les femelles ».
Sans remonter à Mathusalem, en partant juste du Roi Louis XVI au XVIII -ème siècle au maréchal Mobutu en passant par L’Abbé Fulbert Youlou, les fuites des chefs sont de bons modèles de résolution de fiascos après des mal-gouvernances. Prendre la clef des champs est monnaie courant dans l’histoire des chutes des régimes en Républiques bananières.
Sans aucun doute, comme Henri Laborit, Sassou nous écrira son Eloge de la fuite qui est un essai universel sur comment un homme en péril se tire d’affaires quand le vent tourne. Ses hagiographes se feront un malin plaisir d’écrire des œuvres posthumes sur le registre « Mort d’un Président. » comme au sujet de Kennedy, comme à propos de Marien Ngouabi.
Mort d’un Roi
Comment a fini le Roi français ? La faute à pas de chance.Tentant de traverser Paris, le convoi du Roi et sa famille repéré par le peuple rebroussa chemin. Le couple royal très impopulaire comme l’Empereur autoproclamé d’Oyo fut refoulé vers son triste destin. Fuir à une époque où les médias n’étaient pas développés et les routes rares n’était pas une sinécure.
« Les députés ayant refusé de repousser la date de la mise à mort de l’ancien monarque, celui-ci sera guillotiné comme convenu le lendemain. Le dernier dîner du condamné lui est servi vers 19 heures. » (Wikipédia)
La fiesta carnavalesque du Stade de la Concorde de Kintélé pourrait être perçue comme un baroud d’honneur, c’est-à-dire la dernière cigarette du condamné.
Cela dit, en application de l’éloge de la fuite, par la Cuvette Ouest il y a un passage pour passer au Gabon, pays de la belle famille de Sassou. Une évasion est possible par cette voie où on passa des armes en 1997 afin de chasser P. Lissouba.
Comme un chien
Un homme d’Eglise Ivoirien prophétisa sur le général Robert Gueï, futur Président déchu. « Ton cadavre sera traîné dans la rue comme un chien. » C’est ce qui arriva presque.
Robert Gueï fut exécuté à bout portant par des militaires. Mobutu le grand léopard réussit à s’en tirer grâce à un cortège de berlines qui quitta follement Kinshasa en direction de l’aéroport de Ndjili. Mais il laissa son… tombeau vide à Gbadolité dans l’Equateur. Son caveau attend encore et toujours ses cendres.
Youlou traversa le fleuve par Mpissa et gagna Kinshasa. Il finit sur un banc public à Madrid. Le général de Gaulle lui refusa en effet l’asile en France. L’ex-prélat repose à ce jour dans son caveau à Madibou-Brazzaville.
Marien Ngouabi fut pris et égorgé par surprise par ses assassins. Massamba-Débat n’eut pas la chance de prendre la fuite. Ses assassins ne lui laissèrent pas cette chance.
Joachim Yhombi Opango ne tenta pas la fuite. Comme le chêne de la Fable, il tomba à la première bourrasque.
Pascal Lissouba ne dût son salut qu’à la fuite par la Vallée du Niari jusqu’en Angleterre via (toujours le limitrophe) Gabon. Il trépassa à Perpignan en pays Catalan où il est inhumé.
Pour Wilfrid Pareto, le pouvoir est un cimetière de tyrans en bonne santé et en piteux état politique.
Bokassa 1er et dernier
La mégalomanie de Sassou étant désormais en roue libre, ce dernier a poussé le bouchon jusqu’à se consacrer à la Bokassa au Stade de la Concorde. Sassou a le vent en poupe. Quand il tape dans la résistance de ses adversaires, ça rentre comme dans du beurre. Donc plus rien ne l’arrête.
Pourtant Voltaire eut une phrase sublime à propos de la mort du Conte de la Palice. Avant sa mort il était en vie (en fait « envié »). Le Roi Louis XVI était encore en vie une heure avant sa mort. Autrement dit la bascule peut arriver du jour au lendemain. Le monde regorge de lapalissades qui devraient nous aider à méditer.
En avril 2026, Sassou est plébiscité par son peuple à près de 95%. De quoi sera fait le lendemain qui déchante ? L’histoire est curieuse.
Le présent est l’enclume où se fait l’avenir. En dépit de la vague des courtisans qui vont remplir Kintélé, le marteau qui cognera sans pitié et sur Antoinette et sur Denis sera prêté au peuple par les victimes. Ce sont des voleurs, mais de subir la vindicte publique, ils ne l’auront pas volé.
Simon Mavoula