La nature des conflits armés connaît une mutation profonde, marquée par l’émergence de technologies accessibles et redoutablement efficaces. Les drones, parfois disponibles pour quelques centaines de dollars, sont désormais capables de neutraliser des systèmes de défense sophistiqués coûtant plusieurs millions, a affirmé l’expert en sécurité et défense Khaled Aouij.
Intervenant vendredi 24 avril 2026 sur Express Fm, il a expliqué que cette évolution s’inscrit dans une logique de “guerre d’usure économique”, visant à affaiblir l’adversaire en épuisant ses ressources financières. “Le conflit ne se joue plus uniquement sur les moyens, mais sur la tactique, l’innovation et la capacité d’adaptation”, a-t-il souligné.
Selon l’expert, le principal risque réside dans l’utilisation d’essaims de drones, consistant à lancer simultanément un grand nombre d’appareils. Cette stratégie sature les systèmes de défense aérienne et complique leur interception. Elle illustre un basculement majeur dans les doctrines militaires, passant d’une logique de sophistication technologique à une approche fondée sur le volume et l’efficacité opérationnelle.
Dans ce contexte, les armées sont appelées à repenser leurs modèles. Khaled Aouij compare ainsi l’industrie militaire traditionnelle à celle des voitures de luxe, coûteuses et hautement sophistiquées, alors que les réalités du terrain imposent désormais des solutions plus simples et plus agiles, comparables à des motos. Il souligne que de nombreux drones reposent sur des composants civils facilement accessibles, tels que des moteurs ou des systèmes de géolocalisation, favorisant leur prolifération, y compris auprès d’acteurs non étatiques.
L’expert met en outre en avant le rôle croissant de l’intelligence artificielle, qui améliore la précision des frappes et permet aux drones d’opérer dans des environnements complexes, notamment de nuit ou sous brouillage électronique. Il insiste sur la rapidité des évolutions technologiques, avec des cycles d’innovation extrêmement courts, obligeant les armées à s’adapter en permanence.
Au-delà de ces transformations globales, Khaled Aouij estime que la Tunisie dispose d’atouts importants dans ce domaine. Il rappelle que le pays s’est intéressé aux technologies des drones dès les années 1990 et qu’il bénéficie aujourd’hui de compétences d’ingénierie capables de soutenir leur développement. Il appelle ainsi à la mise en place de partenariats solides entre le secteur public et privé, ainsi qu’à l’instauration d’un cadre réglementaire incitatif.
Pour l’expert, la Tunisie pourrait se positionner comme une plateforme internationale dans le développement des technologies de drones, à condition de s’appuyer sur une volonté politique affirmée et une vision stratégique claire.