
Vice-présidence auCameroun : le silence de Biya après la réforme constitutionnelle est une stratégie :: CAMEROON
Le Parlement camerounais a adopté la révision constitutionnelle réintroduisant le poste de vice-président au Cameroun le 4 avril 2026. Paul Biya a promulgué la loi le 14 avril. Depuis, silence total. Pas de décret. Pas de nom. Pas de rumeur officielle.
Ce que la réforme crée réellement
La loi N°2026/002 définit un cadre de succession précis. Le vice-président du Cameroun se définit comme le titulaire qui achève le mandat présidentiel en cours en cas de vacance du pouvoir. Paul Biya, réélu en 2025, gouverne jusqu’en 2032.
Un successeur désigné gouvernerait donc le Cameroun sept ans, sans élection présidentielle intermédiaire, sans soumission au suffrage universel. La formulation constitutionnelle est claire sur un second point : le vice-président ne peut pas briguer la présidence à l’élection suivante. Il gouverne. Il ne peut pas se succéder à lui-même.
Ce mécanisme constitue une succession contrôlée et plafonnée. Le président peut mettre fin aux fonctions du vice-président à tout moment. Ce n’est pas une réforme démocratique. C’est une architecture de contrôle.
Pourquoi Biya temporise : la politique du vide calculé
Lire ce silence comme une hésitation serait une erreur d’analyse. Paul Biya, 93 ans, n’hésite pas. Il temporise. La nuance est politique, pas sémantique.
L’attente sert. Elle épuise les clans rivaux qui s’affrontent dans les antichambres du Palais d’Étoudi. Elle contraint chaque prétendant à exposer ses réseaux, ses allégeances, ses stratégies de lobbying. Elle maintient chaque baron politique dans une dépendance absolue vis-à-vis d’un seul homme. Et elle préserve ce que Biya a érigé en mode de gouvernance depuis 1982 : la capacité de surprendre.
Les grandes décisions politiques passées remaniements, désignations, arbitrages ont rarement suivi les scénarios les plus circulés. Ce précédent disciplinera les spéculations.
Trois clans, trois calculs, zéro certitude
Dans les antichambres d’Étoudi, trois configurations s’affrontent.
La première repose sur la continuité dynastique. Franck Biya, fils aîné du président, est poussé par un mouvement organisé de soutiens, les « Franckistes ». Un faux décret de nomination a même circulé début avril suffisamment crédible pour que la consule du Cameroun à Nairobi démente publiquement une information reprise par la télévision d’État kényane. Ses partisans ont testé l’opinion. L’intéressé n’a aucune expérience politique formelle.
La deuxième hypothèse mise sur l’équilibre régional anglophone. Nommer le Premier ministre Joseph Dion Ngute, ou ses prédécesseurs Peter Mafany Musonge ou Philémon Yang, serait un signal politique fort en contexte de crise anglophone. Mais cette option heurte une mémoire difficile : Biya lui-même a supprimé l’identité fédérale du pays en 1984.
La troisième ligne est celle des barons du système. Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence, ou René Emmanuel Sadi incarnent cette filière.
Un couloir de succession fermé pour tous
La nomination du vice-président camerounais reconfigurera instantanément l’ensemble de l’échiquier politique national. Chaque clan perdant s’effacera ou se repositionnera. La personnalité choisie concentrera immédiatement les spéculations sur 2032.
Le perdant structurel de cette réforme est rarement nommé : les caciques du RDPC. Ceux qui avaient passé quarante ans à accumuler réseaux et capitaux politiques en attendant l’ouverture électorale voient le couloir se fermer. Quelqu’un sera désigné par Biya seul. Les autres attendront indéfiniment.
La légitimité d’un vice-président non élu constituera une ligne de fracture permanente. Gouverner sept ans sans mandat populaire expose le successeur à une contestation structurelle, intérieure comme extérieure.
La vraie question que personne ne pose encore
La vraie question n’est pas : qui sera nommé ? Elle est : quand Biya estimera-t-il avoir suffisamment observé, suffisamment déstabilisé, suffisamment consolidé pour signer ce décret historique ?
Et au-delà du calcul politique : un vice-président gouvernant sans élection dispose-t-il d’une légitimité suffisante pour engager durablement le Cameroun ? Le peuple camerounais aura-t-il voix au chapitre sur une décision qui engage l’avenir du pays jusqu’en 2032 ?
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