Ce qui s’est produit à la Citadelle Laferrière — ou Citadelle Henri Christophe — ne saurait être relégué au rang de simple accident. Soit c’est le pays que l’on bafoue, soit c’est la population que l’on tourne en dérision. Quelle nation tolérerait, au sein d’un espace aussi périlleux, l’afflux d’environ 5 000 personnes venues assister à un événement dans un lieu qui n’a jamais été conçu à cet effet — sans que la police ou l’une quelconque des institutions de sécurité de l’État n’ait jamais évalué la faisabilité d’une telle entreprise ? Quelles mesures seront prises pour garantir la sécurité des citoyens ? Si tant est que nous vivions réellement dans un État de droit, aucune excuse n’est recevable.
En effet, le samedi 11 avril 2026, une célébration a été organisée par une tierce partie sur le site même de la Citadelle. Nous n’avons pas encore réussi à obtenir de réponse quant à l’identité de l’organisateur — ou des organisateurs. Ou peut-être est-ce l’État lui-même qui n’a pas encore souhaité rendre publique cette information. Je ne crois pas qu’ils prennent tout ce temps simplement pour tenter de duper la population par un mensonge, car ils appartiennent tous à la même classe sociale. Dès l’instant où l’organisation de cet événement a été envisagée, il incombait déjà à l’État de prendre toutes les mesures de précaution nécessaires.

S’il s’était agi d’une manifestation populaire visant à exiger de meilleures conditions de vie ou une sécurité accrue dans le pays, le gouvernement et la police auraient invoqué tous les prétextes imaginables pour affirmer que l’initiative était trop dangereuse — qu’elle ne pouvait être autorisée — le tout au nom de la préservation de l’ordre public. Ils auraient échafaudé n’importe quel stratagème imaginable pour empêcher un tel rassemblement. Toutefois, puisque cette activité ne constitue pas une initiative visant à éveiller la conscience civique — mais s’avère plutôt une opération permettant à quelques entrepreneurs culturels d’engranger des profits et de s’en mettre plein les poches — l’État ne s’en soucie guère ; à ses yeux, il ne s’agit pas d’un sujet justifiant une enquête approfondie.
Ce qui est encore plus consternant, c’est que personne n’est en mesure de fournir un rapport crédible concernant le déroulement exact des événements. Cela s’explique par le fait que nous sommes confrontés à une situation de défaillance systémique, où nul n’assume la responsabilité de ses actes. La seule priorité affichée, dès le tout début, était la collecte d’argent. Nous avons affaire à un groupe d’individus qui s’enrichissent aux dépens du peuple, exploitant sa misère même. C’est un groupe d’individus totalement dépourvus de conscience, dont le seul principe directeur consiste à instrumentaliser la naïveté de la jeunesse pour l’inciter à commettre encore plus d’erreurs.
Le gouvernement a été informé de l’incident avec la plus grande urgence. Pourtant, à ce jour, aucun rapport n’a été publié pour expliquer — du début à la fin — le déroulement des événements. À supposer, bien entendu, que l’affaire ne soit pas déjà tombée dans l’oubli. Chacun livre sa propre évaluation provisoire. Certains évoquent 25, 30, voire 53 victimes. Mais qui croire ?
Selon le maire de Milot, Wesner Joseph, au moins 25 personnes ont perdu la vie et une trentaine d’autres ont été blessées à la suite d’un mouvement de foule — une explication vague, dénuée de toute preuve et totalement infondée. Aucune évaluation sérieuse du nombre de victimes n’est même entreprise, pas plus que leurs noms ne sont officiellement enregistrés. Y a-t-il des individus — peut-être pour une raison ou une autre — dont les familles n’ont pas encore pu récupérer leur corps ?
L’agence de la Protection civile demeure la seule entité à avoir fourni une explication concernant l’incident qui a coûté la vie à un nombre important de citoyens. Selon leur communiqué : « Une foule exceptionnellement nombreuse a été enregistrée sur le site, créant une situation de congestion humaine qui s’est avérée difficile à maîtriser. Très rapidement, une bousculade a éclaté entre ceux qui se trouvaient déjà à l’intérieur — et qui souhaitaient sortir — et ceux qui, à l’extérieur, tentaient d’entrer. Une vague de panique s’en est suivie, déclenchant une débandade qui a entraîné des cas d’asphyxie, de piétinement et de perte de connaissance parmi les visiteurs. »

Le Premier ministre de facto, Alix Didier Fils-Aimé, a rapidement publié un communiqué annonçant le déploiement du ministre de l’Intérieur et des Collectivités territoriales, Paul Antoine Bien-Aimé, dans le département du Nord afin de « transmettre les condoléances officielles de la Nation aux familles des victimes ». L’objectif n’était pas de mener une enquête permettant à l’État de comprendre clairement ce qui s’était passé — afin d’en tirer les leçons, de punir les coupables et de garantir qu’une telle tragédie ne se reproduise plus jamais.
La Direction de communication de la police (DICOP) a indiqué que le Groupe d’intervention du Service départemental de la police judiciaire du Nord (SDPJ/Nord), agissant sous ordre du Commissaire du gouvernement, Me Enock Zéphirin a interpellé 5 agents de la Police municipale de Milot, Jhon Coxllee alias Myspn, Genovè Octavien, Altidor Arly, Louis Max Andy, Cesaire Wilner Billy et les 2 employés de l’Institut de sauvegarde du patrimoine national (ISPAN), Wilfrid Cesar, Valmyr Techlin, affectés au Nord, pour leur faire supporter seuls le fardeau. Mais le poisson pourrit par la tête. Ce qu’ils tentent de faire, c’est condamner le menu fretin pour racheter les gros poissons.

Cette histoire de décréter trois jours de deuil national sur l’ensemble du territoire — précisément les mardi 14, mercredi 15 et jeudi 16 avril 2026 c’est pour tromper les masses. Qui pis est, cette décision a été prise à l’issue d’un Conseil des ministres extraordinaire, tenu dans l’intention spécifique d’apaiser la colère des proches des victimes et de leur assurer qu’ils n’auraient pas à supporter les frais funéraires. Une telle réaction fait écho à celle de l’individu responsable des activités se déroulant sur le site ; toutefois, le gouvernement n’a aucun intérêt à voir la population se soulever. Plutôt que de tenter de donner l’exemple pour prévenir la récurrence de tels incidents, il s’engage dans une opération de dissimulation — un moyen de maintenir le peuple sous contrôle. Pour sa part, le maire de Milot a décrété une période de congé de trois jours — des jours fériés exceptionnels devant être observés par tous les établissements d’enseignement publics et privés de la commune — s’étendant du lundi 13 avril au mardi 14 avril 2026.
L’État organisera des funérailles de masse afin de blanchir ses transgressions, veillant à ce que tout puisse simplement reprendre son cours habituel jusqu’à ce que survienne la prochaine catastrophe.
