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Dans le cadre de la lutte que mènent nos pays contre l’invasion des criquets pèlerins, le Centre National de Lutte Anti Acridienne du Niger se fait distinguer ces dernières années. Au pays tout comme dans la sous-région, le centre que dirige M. Zakari Yaou Seydou fait bouger les lignes grâce aux moyens mis à disposition par les plus autorités du pays. Le professionnalisme et l’expertise des agents, ajoutés aux prières collectives, ont fait que tous les pronostics en matière d’attaques acridiennes n’ont pas eu lieu dans notre pays.
M. le directeur comment se présente la situation des menaces acridiennes au Niger et dans la sous-région ?
Permettez-moi de clarifier un peu les choses. Le CNLA s’occupe uniquement de ce qui est criquet pèlerin. Il y a d’autres types de criquets, par exemple arboricoles. Nous, notre mission spécifique, c’est la gestion du criquet pèlerin dans la zone du CLCPRO, on a pour mission de surveiller le criquet pèlerin dans la sous-région. La surveillance est faite au niveau des onze (11) pays membres du CLCPRO. En réalité, chaque pays a une mission et nous avons des réunions périodiques. Souvent, nous nous réunissons en ligne et de fois en présentiel. Au cours de ces discussions, on fait la situation globale. Et c’était un peu ça en 2025. Il était prévu une situation très menaçante au Tchad, au Niger et au Mali. Suite à ces réunions, on avait retenu en 2024 et même début 2025 qu’il y avait des situations dans les pays du Nord, au Maroc, en Algérie, chez notre voisin libyen et en Tunisie. Ces trois (3) pays, notamment le Maroc, l’Algérie et la Tunisie, étaient en pleine lutte et, comme vous le savez, la situation de la Libye est une situation inconfortable, il n’y avait pas suffisamment de suivi, il n’y avait pas suffisamment de traitement et c’était cette situation qui représentait une inquiétude pour nous autres les pays du front, à savoir le Tchad, le Niger un peu le Mali et la Mauritanie. Dieu Merci, on peut, peut être dire que AL KUNUT a marché. En tout cas, par la bénédiction de Dieu, la situation a été sous contrôle alors que tous les indicateurs étaient réunis pour constituer une menace. Il faut aussi féliciter nos autorités qui ont mis tous les moyens à notre disposition. Nous avons de la logistique, nos véhicules étaient en état, nous avons jusqu’à 54 000 litres de produits pour nous permettre de faire les premières opérations. D’un autre côté, dans le cadre de la même activité, on a assuré une surveillance en permanence. Cela a consisté à faire des prospections acridiennes. On a notamment fait la zone de Termit, l’Aïr et même une partie du Tamesna. Bref, on était régulièrement en mission de prospection dans toutes les zones probables du criquet pèlerin. Ce qui nous a un peu encouragés, en dehors de la zone de Termit où on a constaté une certaine population qui n’a pas atteint un seuil de traitement. Il s’agit notamment de deux sites qui avaient jusqu’à 400 individus à l’hectare. C’était vraiment le minima qu’il faut franchir pour assister à des traitements. On a envoyé une autre mission de vérification qui a constaté que cette population de criquet pèlerin a migré vers d’autres zones.
Mais, la surprise était ce qui s’est passé en Mauritanie et le scénario le moins probable, c’était ça qui était devenu le scénario le plus fort. Nous avons assisté à des invasions réelles et c’est dans ce sens que nous avons appuyé même ce pays ami avec des experts nigériens qui sont partis d’abord pour une première évaluation conformément aux principes du CLCPRO. Après ça, il y a eu d’autres experts notamment notre directeur du suivi environnemental et santé, il y a un autre expert qu’on a envoyé pour les aider dans le cadre du suivi du traitement.
Où est ce qu’ils en sont aujourd’hui en Mauritanie ?
Rien que la semaine passée, on a tenu une réunion en ligne avec nos collègues de la Mauritanie. Au début, le traitement se faisait par camion mais, finalement, compte tenu de l’évolution de la situation, on était obligé, suite à la réunion, de recommander qu’on passe à un traitement aérien. Donc à la date d’aujourd’hui, ils sont en phase de traitement aérien. Dieu merci, dans le cadre de la complémentarité, les amis du Nord, je crois que ça doit être le Maroc, ont encore appuyé avec la flotte aérienne et même un appui en produits pour permettre à ce pays de faire face à cette situation.
Le problème du criquet pèlerin, comme on le dit en haoussa : ‘’IN GUEMEN DAN UWANKA YA KAMA DA WUTA SHAFA MA NA KA RUWA’’, autrement dit « si un incendie se déclare chez ton voisin, aide le à le circonscrire ‘’. On était obligé tous de nous focaliser sur ça, parce que si ce n’est pas fait, il y a une période, quand les conditions ne sont pas favorables ça va migrer vers les pays du nord. Et nous aussi, si rien n’est pas fait dans ces zones aussi, il y a une forte probabilité que ça arrive chez nous entre mai et juin. C’est pourquoi, c’est un cercle, quand ça apparaît quelque part, chacun doit faire un effort pour assurer la maîtrise de cet ennemi commun que nous appelons criquet pèlerin.
Comment se porte le partenariat sous régional ?
S’il y a un secteur où ce partenariat est une obligation, c’est par rapport au criquet pèlerin. C’est un combat commun, c’est un ennemi commun, si tu le ne traites pas chez ton voisin, tu vas le traiter demain chez toi. C’est pourquoi, quand ça commence chez le voisin, il faut tout faire pour aider le voisin à le maîtriser pour te permettre, même s’il y a un retour que tu aies un faible retour. Si tu ne l’aides pas, le retour va être un retour écrasant et quels que soient tes moyens, ça serait difficile à gérer.
Quels sont les grands défis pour 2026 ?
En 2026, comme je vous le disais, nous sommes aussi dans le même schéma. La petite inquiétude que nous avons malgré tous les efforts fournis en Mauritanie, la situation a persisté et rien qu’aujourd’hui même, nous avons échangé avec les collègues des autres pays. La situation est un peu présente chez nos amis sénégalais et, au cours de la réunion, il est prévu qu’on envoie encore une mission d’experts pour évaluer. Le Sénégal était franchement un pays où c’est attendu moins. Chez nous, Al Kunut a contribué à maîtriser la situation. Pour la petite histoire, en juillet, on était obligé de nous réunir pour évaluer et voir comment on pouvait justifier la non invasion ou la non présence du criquet pèlerin dans notre pays. Toutes les analyses issues de l’expertise dans les normes donnaient tous les indicateurs d’une invasion du criquet pèlerin dans notre pays, et Dieu merci, à chaque étape, on informe nos chefs hiérarchiques et les autorités. Vraiment, il faut les féliciter, ils nous ont donné tous les moyens pour y faire face. C’est pourquoi, je l’ai dit au début de mes propos qu’on a assuré une surveillance en permanence parce que la lutte contre le criquet pèlerin, c’est surtout de l’anticipation. Il y a un seuil où il faut agir, soit tu le maîtrises à ce niveau, où il va être une situation de débordement total et ça va être une situation difficile à maîtriser.
ONEP