Ce nouveau chapitre de la crise haïtienne qui s’ouvre sur le départ clandestin des troupes kényanes de la Mission Multinationale d’Appui à la Sécurité (MMAS) et l’arrivée échelonnée de forces répressives anti-gangs ne connaîtra jamais de résolution satisfaisante, ni ne modifiera le climat de violence ambiant, si l’on prend en compte la psychologie destructrice de l’impérialisme. De plus, rien ne justifie cette intervention ruineuse, militaire et meurtrière.
Cette vaste offensive prétendument destinée à assainir le paysage de la violence et de l’insécurité s’avérera n’être qu’une pure illusion. Au contraire, elle risque fort de nous mener précisément là où la majorité de la population n’a absolument aucun désir d’aller, n’offrant aucune lueur d’espoir pour un avenir meilleur. Mais comment empêcher que cela ne se produise, alors que tous nos dirigeants agissent sans ambigüité, tels des délinquants s’alignant sur les positions les plus extrêmes de l’impérialisme ?
Le désespoir qu’inspire cette crise démontre qu’il n’y a aucune lumière au bout du tunnel. La véritable illusion réside dans ce semblant de calme que l’impérialisme américain prétend nous apporter par le biais de sa force répressive anti-gangs.
Il y a près d’un quart de siècle, c’est ce même système impérial qui nous occupait par l’intermédiaire de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH). Personne au monde ne pourrait croire même une seconde que l’impérialisme américain était motivé par le respect de la volonté du peuple haïtien. Car même les dirigeants qui évoquaient la « démocratie » étaient précisément ceux qui sabotaient le processus, garantissant ainsi la détérioration de la situation dans le pays.
le peuple haïtien n’attend que le jour où les barrières de l’insécurité alimentaire seront démantelées et où les murs de l’inégalité seront complètement brisés.
À l’époque, les Casques bleus violaient nos jeunes garçons et filles tout comme la MMSA a commis aujourd’hui les mêmes atrocités barbares à l’encontre de mineurs haïtiens et malgré tout, l’impérialisme continu de nous bercer d’illusions. Ces faits sont déjà fort révélateurs ; ce sont ces mêmes choses qui vont perdurer. Au point qu’aujourd’hui, nous voyons des gens applaudir l’arrivée toute récente de soldats tchadiens et de nouvelles troupes salvadoriennes sur le territoire national.
Il est clair que le peuple haïtien cherche, avant toute chose, à vivre en sécurité et en paix, à retrouver du travail et à mettre un terme à cette escalade sans fin de l’insécurité. Il n’attend que le jour où les barrières de l’insécurité alimentaire seront démantelées et où les murs de l’inégalité seront complètement brisés.
Pourtant, ce jour n’arrivera pas tant que le pays restera dominé et occupé par de grandes puissances tutélaires exploitantes dont les propres objectifs sont illusoires et diffèrent totalement des aspirations de la majorité de la population. Sur le plan politique, la transition autrefois considérée comme une période exceptionnelle et temporaire est devenue permanente, semblant vouée à ne jamais prendre fin. Et c’est précisément ce que nous finissons par croire, aveuglés par tous ces messages et discours dénués de fondement.
Une force répressive en remplace une autre, uniquement pour perpétuer les mêmes pratiques, notamment la conduite oppressive du gouvernement américain en Haïti, pays qui est depuis plus d’un siècle la principale victime de crimes commis par l’impérialisme dans les Caraïbes. La réalité de la situation haïtienne depuis plus de quarante ans, ce sont les élites politiques et économiques du pays, une minorité de privilégiés, agissant en collusion volontaire avec les États-Unis qui ont orchestré cette crise afin de provoquer la ruine définitive d’Haïti.
Le fait que la République dominicaine assure la logistique de cette nouvelle force, et apportera un soutien politique à cette mission, ne semble tirer la sonnette d’alarme chez personne en Haïti. Pourtant, il s’agit là d’une manœuvre destinée à nous rendre politiquement dépendants de la République voisine. Or, même cela, ne suffit apparemment pas, à attirer l’attention de certains sur le danger imminent auquel le peuple haïtien est confronté. C’est se nourrir d’illusions que d’attendre de la part des dirigeants racistes de la République dominicaine qu’ils soutiennent notre réhabilitation.
Une telle situation réduirait bien sûr et considérablement notre marge de dignité et transformerait cette aide en une attitude purement dominante. Nos voisins dominicains n’ont pas conscience que la lutte haïtienne est la leur. Elle est celle de tous les peuples combattant pour un idéal de dignité, de souveraineté et de respect de l’homme vis-à-vis de ses semblables.
Les « Affranchis » d’aujourd’hui qui gouvernent l’État haïtien ne voient aucun problème à cet état de fait, car seuls leurs intérêts constituent leur seule patrie. Tant qu’ils continuent d’amasser de l’argent et de s’enrichir, rien ne semble troubler ces fossoyeurs.
Dans ces conditions, si tous les autres protagonistes se résignent à la volonté des puissances impérialistes, nous, à Haïti Liberté, resterons inébranlables dans notre position de principe. Même si la classe politique y compris les membres d’une certaine « Gauche réformiste » s’incline devant la détermination américaine à dicter l’avenir de ce pays, notre orientation politique anti-impérialiste ne faiblira pas d’un iota dans son opposition au système capitaliste, qui œuvre sans relâche au démantèlement de la nation. Nous ne cesserons de préconiser à tout instant et en tout lieu la « Résistance et compter d’abord sur nos propres forces. »
C’est l’absence de volonté de défendre le pays qui explique l’état lamentable dans lequel se trouve actuellement le peuple. La réponse appropriée à cette politique impérialiste force motrice de l’oppression des peuples et de la division de la classe ouvrière devrait être l’unité du peuple. Or, une telle unité est encore loin d’être réalisée.
Cette nouvelle mission étrangère en Haïti sera incapable comme les précédentes d’ouvrir la moindre voie vers une solution viable et pérenne. D’ailleurs, elle n’est pas venue entraver l’œuvre de l’impérialisme, un processus qui perdure depuis longtemps mais plutôt la renforcer, l’amplifier.
Par conséquent, toutes les forces impérialistes opérant en Haïti sous le couvert des Nations unies doivent être expulsées par l’intervention consciente des masses populaires ! Non au fantasme impérial ! D’une seule voix, nous ne devons pas nous laisser duper par les chimères de l’impérialisme, car la réalité est tout autre.
C’est par la défense de notre pays, par tous les moyens, que nous apporterons aux marionnettes du pouvoir et aux envahisseurs internationaux la réponse qu’ils méritent. En fin de compte, la cause légitime du peuple haïtien triomphera du pouvoir néocolonial et pro-impérialiste.
