Si les marchés affichent encore un calme apparent, la mécanique d’une crise pétrolière majeure est déjà en marche. Le professeur d’économie Ridha Chkoundali prévient : le monde navigue à vue, et le prochain choc pourrait faire basculer les économies les plus vulnérables dans une spirale dont elles auront du mal à sortir.
Dans le pire des cas, le prix du baril de pétrole pourrait franchir le seuil des 150 dollars une perspective que Ridha Chkoundali, professeur d’économie, n’a pas hésité à mettre sur la table lors de son intervention sur l’émission Ecomag, diffusée sur les ondes radiophoniques d’Express FM, ce vendredi 17 avril 2026.
En cause : l’extrême vulnérabilité des corridors maritimes stratégiques, par lesquels transite l’essentiel de l’approvisionnement énergétique mondial. Le détroit d’Ormuz seul concentre 23 % des flux pétroliers mondiaux ; le détroit de Bab-el-Mandeb en achemine 13 % supplémentaires. Tout incident sur ces axes pourrait déclencher un choc immédiat et violent sur les marchés.
Les prix actuels, gravitant autour de 90 dollars le baril, ne doivent pas faire illusion. Selon Chkoundali, ils reposent sur une hypothèse fragile : que les États-Unis parviennent à garantir la fluidité des approvisionnements, notamment via le détroit d’Ormuz.
Or, les signaux de terrain demeurent contradictoires, et cet équilibre apparent pourrait voler en éclats à la moindre escalade géopolitique. Le FMI lui-même, dont l’approche annuelle est citée en référence, ne peut s’affranchir de cette incertitude structurelle.
Les trois visages de l’avenir
Face à cette instabilité, l’économiste a esquissé trois trajectoires possibles. Dans le scénario de référence, le conflit est contenu d’ici mi-2026, les prix se stabilisent entre 90 et 100 dollars le baril, et la croissance mondiale respire, mais sans véritable soulagement.
Le scénario négatif voit quant à lui les tensions persister, le baril grimper entre 100 et 115 dollars, et l’inflation ainsi que le ralentissement économique s’installer dans la durée.
Enfin, le scénario sévère envisage une escalade incontrôlée frappant les infrastructures énergétiques, faisant s’envoler les prix entre 110 et 130 dollars, voire bien au-delà, les économies fragiles encaissant alors le choc de plein fouet.
Si les pays exportateurs comme l’Arabie Saoudite ou les Émirats arabes unis pourraient tirer profit d’une hausse des cours, la situation est radicalement différente pour les pays importateurs d’énergie.
La Tunisie figure parmi les économies les plus exposées : coûts d’importation en hausse, déficit commercial aggravé, finances publiques sous pression, et, au bout de la chaîne, un pouvoir d’achat citoyen inexorablement rogné.
La dimension géopolitique, avec la Chine de plus en plus présente dans l’équation internationale, ajoute une couche supplémentaire de complexité, menaçant non seulement les marchés énergétiques, mais aussi les chaînes d’approvisionnement mondiales et les flux technologiques.
La mise en garde finale
Pour l’économiste, l’économie mondiale entre dans une période où chaque décision politique peut avoir des répercussions en cascade. Une gestion prudente du conflit pourrait limiter les dégâts ; une escalade mal maîtrisée, en revanche, ouvrirait la porte à des scénarios dont le coût, humain, social et économique, serait particulièrement lourd à porter pour les nations les plus vulnérables.