Alors que les rideaux viennent de tomber sur la 6e édition de la «Dakar Usa Week», les relations économiques entre Dakar et Washington franchissent un nouveau palier. Avec des échanges commerciaux dépassant le milliard de dollars et des investissements stratégiques touchant aussi bien l’agro-industrie que le numérique, Washington réaffirme sa confiance dans le marché sénégalais. Entre le succès d’entreprises emblématiques comme Wave ou Seaboard, et les nouvelles opportunités offertes par l’Agoa et les Accords Artemis, Mme Jennifer Davis Paguada, chargée d’affaires de l’ambassade des Etats-Unis à Dakar, dresse pour nous un bilan exhaustif. Dans cet entretien exclusif, Mme Paguada, entourée de Jake Miner, Conseiller commercial, Katherine Ketchum, Conseillère économique et cheffe de la section économique, revient sur les ambitions de la diplomatie commerciale américaine, les secteurs porteurs pour les investisseurs et les leviers nécessaires pour consolider davantage cet axe transatlantique.
La 6e édition de la Dakar Usa Week vient de s’achever. Quel bilan peut-on tirer en termes de participation, mais surtout en ce qui concerne les engagements d’investissements annoncés ?
La «Usa Week» a connu un véritable succès ces derniers jours, avec notamment la cérémonie de lancement devant une salle comble, en présence du ministre de l’Industrie et du commerce. Plus de 15 entreprises américaines ont participé activement à l’événement. Quatre sociétés ont fait le déplacement depuis les Etats-Unis, et plus de 10 entreprises américaines basées au Sénégal -des noms bien connus comme Citibank, Hertz, Wave, Kosmos, Concentrix ou encore Seaboard- ont soutenu l’initiative. Les opportunités identifiées sont nombreuses, et je suis convaincue que notre partenariat économique s’est encore renforcé grâce à la «Usa Week».
Dans quelle mesure cet événement a-t-il eu un impact sur les relations commerciales entre les deux pays ?
La «Usa Week» n’est pas seulement une célébration de l’engagement commercial américain ; c’est aussi une réaffirmation de nos valeurs communes : l’innovation, le partenariat et la volonté d’encourager un commerce et un investissement mutuellement bénéfiques. Cet événement et les valeurs qu’il incarne, stimulent notre progrès commercial de part et d’autre de l’Atlantique.
Vous avez affirmé lors de la cérémonie d’ouverture de la «Usa Week», que l’avenir économique entre le Sénégal et les Etats-Unis semblait prometteur. Qu’est-ce qui vous fait dire cela ?
Plus d’un milliard de dollars de biens et services sont échangés chaque année entre nos deux pays. Nous avons déjà constaté de nombreuses réussites d’entreprises américaines au Sénégal, et nous savons que ce chiffre continuera d’augmenter. En septembre dernier, nous avons assisté aux toutes premières exportations de viande bovine américaine de qualité vers le Sénégal, et la première livraison de blé américain en dix ans.
Plus récemment, Starlink a lancé ses opérations pour étendre l’accès à internet ; Boeing a signé un accord historique avec le Sénégal ; l’entreprise de cybersécurité Queralt travaille avec le gouvernement sénégalais pour répondre à des besoins urgents en cybersécurité ; et notre équipe a fourni un nombre record de services commerciaux aux entreprises américaines qui reconnaissent toutes une chose : le Sénégal est un partenaire incontournable pour les sociétés américaines souhaitant réussir en Afrique.
Les entreprises sénégalaises, de leur côté, continuent d’exporter vers les Etats-Unis en franchise de droits grâce à l’Agoa. Beaucoup connaissent ici Zena’s Exotic Fruits ; leurs produits sont également vendus dans des supermarchés à travers les Etats-Unis. En 2025, le Sénégal a exporté près de 220 millions de dollars de biens et 240 millions de dollars de services vers les Etats-Unis -un volume impressionnant qui a vocation à croître davantage.
Au-delà des discours, quel objectif concret visez-vous pour la croissance des échanges commerciaux bilatéraux dans les deux prochaines années ?
La diplomatie commerciale est une priorité du gouvernement américain, et nous sommes convaincus que si les conditions équitables et transparentes sont réunies pour les entreprises américaines, l’investissement augmentera.
Nous souhaitons également continuer à mobiliser les outils américains de financement -l’Exim Bank, la Development finance corporation (Dfc), ou encore l’U.S. Trade and Development Agency- afin d’aligner les décisions de financement sur les priorités stratégiques de l’Afrique.
A ce jour, la Dfc a investi plus de 500 millions de dollars au Sénégal depuis 2014.
Quels sont les secteurs moteurs de notre partenariat, et quels sont ceux qui restent sous-exploités, selon vous ?
A mesure que l’économie sénégalaise se diversifie, nous observons une dynamique importante dans les secteurs du pétrole et du gaz, des mines, de l’innovation numérique, de l’agro-industrie et des infrastructures -des domaines dans lesquels les partenariats américains offrent expertise de pointe et solutions durables.
Le secteur spatial émergent du Sénégal est particulièrement prometteur : son adhésion aux Accords Artemis en juillet 2025 a marqué une étape majeure et ouvre la voie à une coopération scientifique accrue, tout en réaffirmant l’engagement du Sénégal envers l’exploration pacifique et responsable de l’espace.
Certes il y a des entreprises américaines qui sont présentes au Sénégal, mais leur nombre pourrait être plus important. De quelles garanties supplémentaires (juridiques, fiscales, financières, liées à l’environnement des affaires…) ont-elles besoin pour franchir le pas ?
Les entreprises américaines disposent déjà d’une présence significative au Sénégal. Plus de 50 d’entre elles y opèrent ou y font des affaires, et elles y rencontrent le succès et s’investissent dans les communautés où elles travaillent. Vous avez utilisé Wave ce week-end ? Des millions de personnes au Sénégal le font chaque jour -c’est une entreprise américaine.
Vous avez mangé du pain ce matin ? 60% de la farine utilisée dans la production de pain au Sénégal proviennent de moulins appartenant à Seaboard, une autre entreprise américaine. Saviez-vous que l’entreprise américaine Concentrix est le deuxième plus grand employeur du secteur privé au Sénégal ? L’entreprise familiale Ibs est le seul producteur de produits Coca-Cola au Sénégal. Et Delta assure trois vols par semaine entre les Etats-Unis et le Sénégal, facilitant rencontres d’affaires et investissements. Au total, les échanges commerciaux entre nos deux pays ont atteint environ 1, 1 milliard de dollars en 2024.
Pour attirer davantage d’investissements, les entreprises américaines recherchent avant tout la prévisibilité, la transparence réglementaire et le respect de l’Etat de Droit -des priorités que partage également le gouvernement sénégalais.
Depuis l’arrivée de Trump au pouvoir, la doctrine de Washington est «plus d’économie et moins d’aide». Comment les relations économiques bilatérales entre le Sénégal et les Etats-Unis en sont-elles le reflet, et comment évoluent-elles globalement ?
Comme nous l’avons souligné lors de la «Usa Week» -la première édition organisée depuis le Covid-, nous considérons le Sénégal comme un partenaire commercial à part entière. Les entreprises américaines reconnaissent le potentiel du marché sénégalais et sa position stratégique en tant que porte d’entrée vers l’Afrique de l’Ouest, comme en témoigne leur forte participation à la «Usa Week».
Nos relations économiques bilatérales en témoignent, avec un volume total estimé à 660, 3 millions de dollars pour les échanges de marchandises entre les Etats-Unis et le Sénégal en 2025.
En ce qui concerne nos relations globales, les liens entre les Etats-Unis et le Sénégal sont solides et profonds. Outre des relations commerciales croissantes, ils s’appuient sur une coopération dynamique en matière de sécurité, un partenariat actif dans le domaine de la santé publique, illustré par la récente signature d’un nouveau protocole d’accord sur la santé, et la promotion de nos nombreux intérêts communs. Nous sommes fiers de la solidité de notre relation bilatérale et nous nous réjouissons de continuer à collaborer avec le Sénégal en tant que partenaire commercial à part entière.
La Mcc va arriver à terme dans quelques mois et a permis de réaliser beaucoup de projets. Est-ce qu’il y a une opportunité pour un autre compact ?
Maintenant, nous n’avons pas d’autre compact. Nous travaillons pour terminer notre compact Mcc cette année, pour lequel nous sommes incroyablement fiers en termes de réalisations. Nous cherchons toujours de nouvelles opportunités pour les entreprises américaines ici et les entreprises sénégalaises aux Etats-Unis.
Propos recueillis par Bocar [email protected]