Chaque fois qu’un ouragan, un tremblement de terre, une inondation ou un incendie frappe la population haïtienne, les dirigeants décrètent invariablement des journées de deuil national ; alternativement, ils rejettent la responsabilité des dévastations qui en résultent sur la nature, ou invoquent une force surnaturelle comme cause de tels dommages. Quelle que soit la nature de l’événement, une excuse est toujours avancée par les dirigeants haïtiens simplement pour dissimuler leur propre culpabilité.
Bien souvent, ce qui s’est produit n’est ni un simple accident ni un événement imprévu qu’il suffirait de déplorer. Il est naturel que des drames, des tragédies ou des catastrophes surviennent ; ce qui est anormal, cependant, c’est que le sujet ne soit abordé qu’après que les dégâts ont été commis. Cela s’explique par le fait qu’aucune mesure préventive n’a jamais été prise, aucune politique n’a jamais été mise en place pour prévenir ce type de désastre. En d’autres termes, personne au sein de l’appareil d’État ne pense à anticiper l’imprévu. Cela signifie-t-il pas que de telles préoccupations ne figurent pas parmi les priorités des fossoyeurs d’Haïti ?
Dans ce pays, nous vivons au quotidien dans un état de catastrophe. Il est rare de trouver à la tête de nos administrations d’individus dont les intentions soient de bonne foi. Ce qui s’est passé à Milot, ce 11 avril, plus précisément à la Citadelle Laferrière, quelle que soit l’interprétation que l’on choisisse d’en donner, ne s’explique que par une seule cause : l’absence de l’État haïtien et la négligence d’un système dont la vocation n’est nullement de défendre les intérêts du peuple ou le bien-être de la population. Les faits démontrent que, à travers tout le pays, le désastre règne en maître. Il ne s’agit pas là d’une fatalité puisque la pauvreté et la corruption font partie des œuvres du gouvernement. La violence de cette politique a pour effet de ne conduire aucun entretien approprié des sites historiques du pays.
Les autorités haïtiennes demeurent indifférentes, même à ce qui aurait pu être dans leur leurs propres intérêts à savoir qu’une Citadelle bien entretenue pourrait générer une fortune colossale pour la deuxième ville du pays, voire pour toute la région du Grand-Nord. La seule exigence est son aménagement dans le cadre d’un investissement pour garantir que le site ne tombe pas en ruine totale. Rendre ce monument accessible aux visiteurs devrait être la responsabilité non seulement de l’État, mais aussi de la classe aisée, en clair du secteur économique. Malheureusement, cette bourgeoisie parasite, stérile apatride, ne parvient pas à s’identifier au symbolisme et à la grandeur historique de la Citadelle. Elle n’a fait aucun effort pour en tirer parti comme moyen d’injecter des devises dans l’économie nationale. Il est alors même vain d’évoquer la possibilité de capitaliser sur le patrimoine culturel du pays pour générer des revenus.
De telles questions ne présentent pour les gouvernements passés ou présents aucun intérêt. Mais la vérité nous oblige à dire que tous les gouvernements qui préfèrent tendre la main à la Banque mondiale (BM) et au Fonds monétaire international (FMI) pour maintenir le pays sous perfusion, portent une part égale de responsabilité, sinon plus. Tout cela n’a fait que souligner une réalité à laquelle on ne peut se soustraire : l’événement a coûté la vie à de nombreuses personnes et, fait tragique entre tous, à des jeunes du pays. Le véritable coupable et c’est indiscutable n’a qu’une seule identité : l’État haïtien.
La responsabilité incombe aux gouvernements passés et présents, au système politique même que nous pratiquons actuellement : un système gangrené par la corruption, l’irresponsabilité, le copinage et le népotisme. C’est un système qui méprise, exploite et assassine son propre peuple. Il n’offre aucune orientation susceptible de prévenir de telles tragédies. C’est ce système criminel qui étouffe la jeunesse. Ce drame n’est en aucun cas un acte isolé ; il s’inscrit dans une politique établie dans la longue lignée des assassinats de jeunes issus des quartiers populaires. Tel est le sort réservé à ces familles et à ces jeunes défavorisés, qui n’ont d’autre perspective que de vivre dans le dénuement et de fait, prêts à se précipiter dans les bras de n’importe quel charlatan pour survivre. C’est une conséquence directe du mode de fonctionnement de l’État haïtien. Est-ce là une fatalité ? Non ! C’est le résultat d’une politique réfléchie, celle d’un gouvernement qui, de façon inconsidérée sinon malveillante voire même criminelle, met sa propre population en danger.
Notre pays est non seulement en deuil, mais aussi bouillonnant de colère contre ce gouvernement d’oligarques, le premier responsable de ce qui vient de se passer à Milot. Pour se dédouaner, se donner bonne conscience, ce gouvernement de maîtres chanteurs se limite à décréter trois jours de deuil national ; promettre de prendre en charge les obsèques et assurer les frais funéraires pour les familles des victimes. Et comble de l’outrage, ces cyniques ont proféré un mensonge colossal et éhonté en assurant à l’opinion publique qu’ils feront toute la lumière sur cette tragédie. Hélas ! Presque une insulte à la mémoire des victimes.
Cet incident n’en est pas un. La cause profonde des événements survenus à la Citadelle quelle qu’en soit la source immédiate réside, en réalité, dans le régime d’exploitation capitaliste que dirigent actuellement le Premier ministre de facto Alix-Didier Fils-Aimé et ses acolytes. Ils sont tous responsables du drame et à un degré moindre les sept personnes interpellées par la police. Ils sont tous complices de cette tragédie qui identifie l’État haïtien comme une menace directe pour ses citoyens dans la mesure où la tâche d’un gouvernement c’est d’assurer la sécurité des biens et des personnes placés sous sa responsabilité.
À tout moment, une tragédie majeure peut survenir dans une société, mais à aucun moment elle ne doit être du fait de la négligence de ses dirigeants. La responsabilité incombe toujours à ceux qui sont désignés, rémunérés et assermentés pour défendre la vie du peuple de la Cité. Il est grand temps que les masses populaires s’organisent de concert avec leur propre classe et s’unissent pour affronter leurs ennemis communs afin de les empêcher de continuer à perpétrer leurs actes destructeurs. C’est précisément la raison pour laquelle, il est impératif de renverser cette classe d’apatride si longtemps au pouvoir et au service de l’impérialisme américain et de la barbarie capitaliste !

