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La hausse du prix de l’essence en Haïti — dont le tarif est fixé par l’État — déclenche inévitablement d’importantes manifestations et des troubles sociaux.
Le 6 juillet 2018, sous la pression (comme toujours) du Fonds monétaire international (FMI) — farouchement opposé aux subventions —, le gouvernement haïtien du président Jovenel Moïse avait annoncé qu’il augmenterait le prix du gallon d’essence de 38 %, celui du diesel de 47 % et celui du kérosène de 52 %.
Cette décision avait embrasé la capitale, provoquant trois jours d’émeutes massives — du 7 au 9 juillet — à travers Port-au-Prince et sa banlieue ; des magasins, des stations-service et des bâtiments administratifs ont été incendiés, et le Premier ministre Jack Guy Lafontant avait été contraint à la démission.

Toutefois, la violence des manifestations de 2018 a également été attisée et alimentée par une opposition bourgeoise qui cherchait à évincer Jovenel Moïse de la présidence qu’il avait assumée l’année précédente.
Aujourd’hui, cette même opposition bourgeoise se range derrière le gouvernement du Premier ministre *de facto* Alix Didier Fils-Aimé — dont elle fait désormais partie — lequel a, le 2 avril, procédé à une nouvelle flambée des prix des carburants : l’essence est passée de 560 à 725 gourdes (5,53 $) le gallon, soit une hausse de 29 % ; le diesel, de 620 à 850 gourdes (6,48 $) le gallon, soit 37 % ; et le kérosène, de 615 à 845 gourdes (6,44 $) le gallon, soit également 37 %.
Malheureusement pour Fils-Aimé et sa clique, en 2026, la crise économique haïtienne — tout comme la popularité de leur gouvernement *de facto* — est bien plus grave qu’elle ne l’était sous Jovenel en 2018. En dépit de la présence de deux forces mercenaires parrainées par les États-Unis — la société Vectus Global d’Erik Prince et la « Gang Suppression Force » (GSF), adoubée par l’ONU —, leur emprise sur le pouvoir demeure précaire.

Le 6 avril, de nombreuses manifestations ont éclaté le long de quatre des principales artères de Port-au-Prince : Bourdon, Nazon, la route de Delmas et la route des Frères. Delmas a été particulièrement touchée, des barricades de pneus et de véhicules en feu bloquant la route aux points stratégiques de Delmas 32, 33, 39, 42 et 75.
Le transport de personnes étant l’un des rares moyens de subsistance encore opérationnels en Haïti, de nombreux chauffeurs de « tap-tap » et de taxis-motos ont tenté de faire fermer certaines stations-service pour protester contre ces hausses. D’autres chauffeurs de taxi et de bus ont tenté de poursuivre leurs itinéraires, mais ont été bloqués par les manifestants. Parallèlement, certains groupes de manifestants ont confisqué les clés de voiture des conducteurs le long des routes.

Ces incidents se sont produits malgré le déploiement par la Police nationale d’Haïti (PNH) de nombreuses et importantes unités anti-émeutes — notamment la Compagnie d’intervention pour le maintien de l’ordre (CIMO) — lesquelles avaient toutefois tendance à rester regroupées plutôt que de se disperser. La tension était extrême entre la foule en colère et les policiers, lourdement armés et équipés de véhicules blindés.
Plusieurs « tap-tap » descendant Delmas depuis Pétion-Ville ont été contraints par les manifestations d’immobiliser leurs véhicules et de faire descendre leurs passagers. De nombreux manifestants ont juré de poursuivre leur mobilisation jusqu’à ce que les autorités annulent (comme l’avait fait Jovenel en 2018) la hausse des prix, que le gouvernement impute à la guerre au Moyen-Orient. L’attaque unilatérale, illégale et non provoquée menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran a fait grimper le prix du baril de brut à 110 dollars au moment de la publication de cet article, un tarif qui continue d’augmenter chaque jour.
Au cours de la dernière décennie, le gouvernement a justifié les hausses du prix du carburant par la flambée des cours mondiaux du pétrole. Toutefois, certains observateurs font remarquer que lorsque les prix du carburant ont chuté ces dernières années — par exemple, au début de la crise du COVID, lorsque le baril de pétrole est tombé à environ 38 dollars en avril 2020 — les prix à la pompe n’ont pas baissé en conséquence.

Les manifestations massives observées le 6 avril sont presque certaines de reprendre de plus belle dans les jours à venir, d’autant que les répercussions de ces hausses de prix commencent à se faire durement sentir sur les coûts du transport, de la cuisine et de l’alimentation. « Ces manifestations ont mis en lumière l’équilibre fragile qui règne dans la capitale, où les décisions économiques se heurtent rapidement aux risques sécuritaires et à la colère populaire », a observé Juhakenson Blaise dans le *Haitian Times*. « Alors que l’on s’attend à de nouvelles pressions sur les prix, les syndicats de transport et les observateurs avertissent que de nouveaux troubles sont probables si aucune mesure d’allégement n’est mise en place. »
Pour sa part, le syndicaliste Fignolé Saint-Cyr a catégoriquement dénoncé cette mesure d’ajustement du prix du carburant, adoptée par le Conseil consultatif institué par le Cabinet du Premier ministre — et plus précisément par le Premier ministre *de facto* (et, par ailleurs, illégitime), Alix-Didier Fils-Aimé.