CONAKRY- Dans la haute banlieue de Conakry, au cœur du quartier Entag, s’étend un vaste espace où carcasses de véhicules, moteurs usagés et pièces détachées s’entassent à perte de vue. Bien plus qu’un simple dépotoir automobile, la casse d’Entag est un véritable pilier de l’économie informelle et fait vivre des centaines de familles.

Considérée par ses responsables comme la plus ancienne et la plus grande casse de la capitale en termes de superficie, elle fonctionne comme une ruche à ciel ouvert. Le bruit des marteaux, des clés à molette et des moteurs en test rythme le quotidien des travailleurs.
Sur place, un ancien véhicule de marque Nissan est en cours de démontage. Autour de la carcasse, plusieurs jeunes s’activent avec méthode. Portières, moteur, alternateur, boîte de vitesses : chaque pièce est soigneusement retirée, triée puis mise de côté. L’objectif est de récupérer les éléments encore fonctionnels afin de leur offrir une seconde vie sur d’autres véhicules.

À quelques mètres de là, Mohamed, jeune électromécanicien, travaille sur une dynamo d’engin. À l’aide d’outils rudimentaires mais maniés avec précision, il démonte, nettoie et répare la pièce avant de la proposer à la vente. Pour lui, la casse représente une véritable alternative dans un contexte marqué par le chômage des jeunes diplômés.
« On n’a pas forcément trouvé du travail dans les grandes entreprises, alors on crée notre propre activité ici. Moi, je répare le cœur de la dynamo. Si le client vient, on la lui revend. Chez nous, il y a des pièces importées d’Europe et des pièces d’occasion », explique-t-il.
Comme Mohamed, de nombreux jeunes techniciens ont transformé ce site en atelier à ciel ouvert, mettant leur savoir-faire au service d’une clientèle variée : chauffeurs de taxis, conducteurs de camions, propriétaires d’engins lourds ou simples particuliers.

À Entag comme dans les autres casses de Conakry, le commerce de pièces détachées constitue l’activité principale. Certaines proviennent de véhicules hors d’usage récupérés localement, tandis que d’autres sont importées, notamment d’Europe. Pour de nombreux conducteurs, la casse représente une solution économique face au coût élevé des pièces neuves.
« Sans la casse, beaucoup de véhicules resteraient immobilisés. Ici, il y a des pièces importées neuves et d’autres d’occasion récupérées sur des véhicules démontés », confie un client venu chercher une pièce spécifique.
Malgré quelques litiges occasionnels entre vendeurs et acheteurs, les différends sont généralement réglés à l’amiable. Une structure syndicale veille à la médiation. « Il y a parfois des problèmes, mais la section syndicale intervient pour les résoudre afin d’éviter d’aller devant les autorités judiciaires », explique Mohamed Konaté, syndicaliste.

Derrière cette intense activité se cachent toutefois d’importantes difficultés structurelles. Le bureau de la section syndicale d’Entag plaide pour l’obtention d’un espace mieux aménagé et plus adapté aux besoins des travailleurs.
Selon ses responsables, un terrain situé en périphérie de Conakry permettrait d’organiser davantage l’activité, de réduire les risques liés à l’insalubrité et d’améliorer les conditions de travail.

Avec l’expansion rapide de la capitale et la construction d’infrastructures modernes dans la zone, la cohabitation devient de plus en plus compliquée.
« Aujourd’hui, la capitale s’agrandit et nous avons besoin d’un endroit approprié pour exercer notre activité. Les nouvelles installations ne peuvent pas cohabiter avec la casse. Nous demandons aux autorités de nous aider à trouver un site adapté pour travailler plus tranquillement », plaide le responsable syndical.

En attendant une éventuelle relocalisation, les acteurs de la casse poursuivent leurs activités dans des conditions parfois précaires, mais avec détermination.
À Entag, derrière la rouille des carcasses et le bruit des outils, se dessine une autre réalité : celle d’hommes et de femmes qui, dans l’ombre, maintiennent en mouvement une partie du parc automobile de Conakry et assurent, pièce après pièce, la subsistance de leurs familles.

Un reportage de Sayon Camara
Pour Africaguinee.com
Créé le 31 janvier 2026 13:16