Alors que le système électoral était déjà défaillant et corrompu, les États-Unis par leur ingérence effrénée et sous le couvert des Nations unies (dont la mission, de 2004 à 2017, visait à stabiliser Haïti et à promouvoir la bonne gouvernance) ont progressivement démoralisé la vie politique du pays, transformant ce dernier en un foyer de corruption et de violence. Depuis lors, le pays n’a pas été en mesure d’organiser la moindre élection. C’est dans ce contexte que, le 20 juillet dernier, devant le Conseil de sécurité des Nations unies, la ministre haïtienne des Affaires étrangères, Raina Forbin, a annoncé que tout était prêt dans le pays pour avancer dans la bonne direction concernant « le rétablissement de la sécurité et l’organisation d’élections libres, crédibles, inclusives et participative. »
Il s’agit, en somme, d’un scénario, d’une partition jouée et rejouée, visant à complaire à une classe bien précise. Quelques jours plus tard, le 23 juillet, comme pour répondre au gouvernement, le Conseil électoral provisoire (CEP) lui a officiellement soumis le calendrier électoral. Dans ce calendrier, le CEP a fixé le premier tour des élections au 13 décembre 2026 et le second au 21 février 2027, les résultats définitifs des deux scrutins devant être annoncés le 7 mars 2027. Une manière de contourner l’échéance du 7 février 2027, mais rien ne garantit que des élections auront vraiment lieu. Rappelons que le CEP avait précédemment publié un calendrier électoral prévoyant le scrutin pour le 30 août 2026, afin qu’une nouvelle administration puisse prendre le pouvoir le 7 février 2027, après onze années sans élections.
Connaissant la mentalité de cette classe dirigeante et de ses alliés naturels, l’impérialisme occidental, rien n’est jamais acquis tant que leurs intérêts sont en jeu ; tant qu’ils n’ont pas une vision claire de leurs objectifs et des décisions qu’ils imposent, sans que cela ne vise à perpétuer leurs méfaits. À cet égard, le pays est tiraillé entre deux courants : d’un côté, l’État et ses parrains, qui souhaitent maintenir le véhicule sur la même trajectoire, une voie sans issue, et de l’autre, la majorité de la population, issue des classes défavorisées, qui aspire à une autre voie, à un changement de cap pour sortir des calamités qu’elle a subies. Malheureusement, ce sont les forces politiques dominantes qui contrôlent le pays et en dictent la marche. Cela signifie que la destination finale dépend de leur seule volonté. C’est d’ailleurs pour barrer toute implication des masses populaires sur la scène politique qu’ils entretiennent l’insécurité et la pauvreté afin de semer la frayeur et le trouble. En un sens, il s’agit de les démobiliser, les affaiblir, s’assurant ainsi que tout reste entre leurs mains et que rien ne vienne les perturber ou les détourner de leur orientation.
Affichant cette volonté de faire avancer le processus électoral, le gouvernement a organisé, le samedi 25 juillet 2026 au Palais national, une réunion stratégique de haut niveau sous le thème : « L’implication de l’administration publique dans l’application du décret électoral du 2 juin 2026 ». Lors de son intervention, le Premier ministre, Alix Didier Fils-Aimé, a déclaré : « Cette initiative visait, dans le strict respect des prérogatives constitutionnelles et institutionnelles, à accompagner le CEP dans l’accomplissement de cette mission et à créer les conditions indispensables à la tenue d’élections libres, crédibles, transparentes et conformes aux exigences démocratiques ». Le régime de transition et ses tuteurs ne voient pas les choses sous le même angle, ils n’ont pas les mêmes intérêts, mais convergent vers une même finalité. Le gouvernement souhaite se maintenir au pouvoir le plus longtemps possible sans organiser d’élections, tandis que les impérialistes veulent en organiser pour renouveler les visages de leurs agents tout en perpétuant le même système politique.
Les bouleversements ne sont pas vains et c’est pourquoi les mesures prises sont toujours inappropriées et inefficaces, qu’il s’agisse de la force militaire pour réprimer les gangs (FRG) ou les mercenaires d’Éric Prince, censés épauler la police et les forces armées haïtiennes pour rétablir la sécurité et une certaine stabilité. C’est une stratégie de duperie. Cette approche a déjà lamentablement échoué, car on ne résout pas un problème social par la force des armes. La situation pourrait, certes, se calmer momentanément, mais les troubles reprendront encore plus vite, puisque les causes et les sources du problème demeurent intactes. Bref, rien n’est fait pour garantir une paix durable dans le pays ; au contraire, la situation ne fera qu’empirer, comme toujours. Et l’impérialisme ne voit aucun inconvénient à cela ; c’est pourquoi il cherche des solutions superficielles pour nous mystifier, tout en refusant de laisser le peuple haïtien assumer la responsabilité de résoudre ses problèmes.
L’enjeu électoral qui est soumis à la Nation est une épée de Damoclès condamnant le pays à passer de nombreuses années supplémentaires sous le joug de cette crise multidimensionnelle concoctée par les laboratoires impérialistes. Ce crime n’est pas le premier et ne sera pas le dernier. C’est la volonté d’une minorité qui chercherait ainsi à violer le droit de la majorité à diriger les destinées du pays au bénéfice de Washington. Si on laisse faire aux tenants du vieil ordre de domination anachronique, Haïti restera indéfiniment à genoux aux pieds des États-Unis triomphants.
Cette mascarade électorale n’est qu’une manœuvre de plus pour tenter de perpétuer leur démagogie et imposer au pays un autre régime, contraire aux aspirations légitimes du peuple haïtien. Dans les conditions actuelles, seul le peuple sait le mal qu’il subit ; lui seul peut y remédier par le biais de forces nouvelles, grâce à un gouvernement d’unité et de solidarité nationale, populaire et progressiste. Dès lors, nous ne pouvons recourir à aucune forme d’élections, car il revient au président de la République de prendre un arrêté pour convoquer le peuple en ses comices et non un Premier ministre dont la légitimité est, au demeurant, contestée.
Il est certain que la liberté n’est pas offerte, elle s’arrache ! Laissons au peuple haïtien le droit d’agir et de réagir en adulte, conscient de ses devoirs et de ses responsabilités historiques, afin que la dignité haïtienne soit restaurée et ne soit plus sinistrement bafouée.
Personne n’est dupe, c’est de la démagogie qui perdure.
